Fin des forfaits illimités et empreinte environnementale du numérique, une maladresse sénatoriale

Le fond vs la forme 124
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Crédits : luza studios/iStock
Téléphonie
Sébastien Gavois

Des sénateurs viennent de rendre un rapport sur l’empreinte environnementale du numérique. Un exercice risqué, tant il est aisé de se perdre dans les chiffres sur le sujet. Il a donc été décidé de communiquer sur 25 propositions, dont une pour « interdire » les forfaits mobiles illimités et « rendre obligatoire » une tarification à la consommation.

L’empreinte environnementale du numérique est un sujet qui fait débat depuis quelques années. S'il y a une sorte de consensus sur le fait qu'il faut constamment améliorer les pratiques, tant du côté des constructeurs, que des services ou des consommateurs, études et rapports se multiplient en se contredisant. Parfois selon les intérêts de chacun.

L'impact énergétique du numérique : une notion déjà prise en compte

Les efforts sont néanmoins nombreux. De la part des constructeurs de puces parce qu'ils ont tout intérêt à renforcer l'efficacité énergétique de leurs produits, vue comme un élément important de l'analyse concurrentielle. Mais aussi des grandes plateformes et services, car leur consommation énergétique n'est pas un détail de leurs coûts opérationnels ou dans le dimensionnement de leurs infrastructures. Tout comme leurs besoins en bande passante.

C'est ce qui guide une partie de l'innovation du secteur. Par exemple dans la course à la compression vidéo, focalisée actuellement autour de codecs comme AV1 (chez Netflix avec Intel, ou encore VLC avec Dav1d). Ou encore dans la conception de datacenters, qui cherchent à rapprocher leur indicateur d'efficacité énergétique (PUE) de 1, avec des solutions de refroidissement comme le watercooling (OVHcloud) ou l'adiabatique (Scaleway).

À cela s'ajoutent les engagements et objectifs « Green » de chacun. 

Les propositions c'est comme les acteurs du numérique : du bon et du moins bon

Pour le vérifier, la mission d’information relative à l’empreinte environnementale du Sénat a planché sur un rapport, diffusé hier, fruit de plus de six mois de travaux et de l’audition de près d’une trentaine de personnes en début d’année. Il est accompagné d’une feuille de route – qui sera transmise au gouvernement – comportant pas moins de 25 propositions autour de quatre axes. Pour un résultat... mitigé.

En effet, dans les grandes lignes, on retrouve les poncifs habituels de l'exercice : faire prendre conscience à l'utilisateur de son impact environnemental à travers le numérique, viser un usage « écologiquement vertueux » du numérique, agir au niveau des terminaux dont la conception et le renouvellement posent questions, mais aussi des datacenters.

On y relève quelques idées intéressantes comme le fait d'interdire la lecture automatique des vidéos, renforcer la lutte contre l'obsolescence logicielle, réduire la TVA sur les réparations et les produits reconditionnés (qui fût retoquée à l’Assemblée nationale en 2018), informer sur l'empreinte carbone des produits, etc. (nous y reviendrons prochainement). 

On sent également la patte de Patrick Chaize, président de la mission et de l'AVICCA (Association des villes et collectivités pour les Communications électroniques et l'Audiovisuel), avec la proposition d'« atteindre les objectifs du plan France très haut débit pour améliorer la connectivité fibre, réseau le moins énergivore ». Selon une note de l'Arcep « un utilisateur de réseau 4G consommerait de l’ordre de 50 kWh d’électricité, contre 5 kWh pour une ligne fibre optique » pour 80 Go sur un an.

Puis il y a les exemples douteux, comme le fait de « privilégier le téléchargement d’une vidéo à son visionnage en streaming », dont l'impact dépend de nombreux facteurs (débit, qualité, technologie, la vidéo est-elle regardée entièrement, en une ou plusieurs fois, etc.). Mais cela est en réalité une erreur de la synthèse du rapport qui oublie de mentionner que l'objectif serait d'inciter au téléchargement en Wi-Fi plutôt que la lecture en streaming depuis un réseau mobile.

On note aussi les réflexes habituels comme « créer un observatoire de recherche des impacts environnementaux du numérique (afin notamment de mener des recherches sur les impacts des technologies émergentes) ». Et autres taxes visant notamment les plateformes étrangères comme « l’introduction d’une taxe prélevée sur les plus gros émetteurs de données, afin d’inciter à une injection plus raisonnable de données sur le réseau », version « Bercy » de la non-neutralité du Net.

Puis, il y a la proposition qui va faire du bruit médiatique, que l'on retiendra avant tout collectivement. Non pas parce qu'elle est intéressante ou mauvaise, mais parce qu'elle est mal formulée, incitant ainsi aux « reprises à clics ». La proposition N°15 veut ainsi « interdire les forfaits mobiles avec un accès aux données illimitées et rendre obligatoire une tarification proportionnelle au volume de données du forfait ». Ou comment perdre une idée intéressante dans une bêtise.

Les forfaits mobiles illimités n'existent pas vraiment

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