Samsung mise à son tour sur le blocage de la publicité, l'IAB France prépare une étude

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Crédits : BrianAJackson/iStock/Thinkstock
Applications ANALYSE

Samsung est en train de diffuser une nouvelle version de son navigateur Android permettant d'activer des bloqueurs de contenus. Une évolution pensée en partenariat avec un outil de blocage de la publicité. Pendant ce temps, l'IAB France annonce une étude sur les attentes des internautes.

Un nouvel acteur vient d'entrer dans la danse pour ce qui est du blocage de la publicité mobile : Samsung. Après Apple et ASUS, c'est ainsi au géant coréen d'annoncer sa propre solution. Comme pour ASUS, et contrairement à Apple, il n'est pas question de proposer une solution intégrée dans les paramètres de l'OS, cela passe par un navigateur spécifique : Samsung Internet (en toute simplicité), qui passe en version 4.0.

Sur son site dédié aux développeurs, la société joue au même petit jeu que d'autres et n'indique pas proposer une solution de blocage de la publicité. Officiellement, le but est de protéger votre vie privée en ligne, vous éviter de télécharger des malwares, mais aussi de charger plus rapidement les pages web, en nécessitant moins de données et en consommant moins de batterie.

Il est ainsi question de permettre la mise en place de bloqueurs de contenus pour lesquels aucune liste n'est fournie. Mais un partenariat avec la société Rocketship a été annoncé dans la foulée. Pour le moment, seul Android 5.0 est supporté, ce sera bientôt le cas d'Android 4.x

Samsung s'approprie Adblock Fast sous Android

Editrice d'Adblock Fast, elle dispose de versions de son outil sous Chrome, Opera, ou encore iOS. Pour Android, elle a donc accordé une exclusivité à Samsung et à son navigateur puisque sa fiche sur le Play Store indique qu'« Adblock Fast nécessite et bloque les publicités dans Samsung Internet 4.0 et supérieur (pas dans les autres applications) ». On apprend aussi au passage qu'il n'est pas question d'intégrer les « publicités acceptables » d'Eyeo (la société qui édite Adblock Plus).

La société vante d'ailleurs l'efficacité de son outil, présenté comme plus léger, plus économe en mémoire et en CPU, mais aussi se limitant à uniquement 7 règles (contre un peu plus de 49 000 pour AdBlock et Adblock Plus). Reste à voir le résultat dans la pratique, notamment avec l'évolution du contournement des bloqueurs.

Adblock FastGoogle appréciera

Dans sa FAQ, on notera que l'équipe indique qu'elle n'a pas conçu Adblock Fast pour faire de l'argent et que l'application ne repose sur aucun modèle économique précis. Le studio d'applications était alors indiqué comme assez rentable pour ne pas avoir à dépendre de sociétés tierces pour cette activité. La somme éventuellement récupérée suite à l'accord avec Samsung n'a pas été précisée.

Quand l'annonceur se vante de protéger vos données

Comme pour ASUS, le but du Coréen est ici de proposer un navigateur qui fait référence, en misant sur le blocage de la publicité pour attirer les utilisateurs en masse. Une manière de grimper en parts de marché et de se démarquer de Chrome, bien plus aisé à mettre en œuvre en proposant avant tout un bon navigateur, quitte à se mettre à dos les éditeurs.

Car comme dans le cas d'ASUS, on se demande comment Samsung va réagir lorsque son navigateur va se retrouver face à des publicités vantant un produit... Samsung. La société est en effet un acteur important du marché de la publicité en ligne, et elle use et abuse elle-même des outils de tracking qu'elle dénonce pour le suivi de ses campagnes.

Le monde de la publicité peine à comprendre ce qui arrive

Dans tous les cas, la montée en puissance du blocage de la publicité sur mobile ne fait plus de doute. Avec un acteur de poids comme Samsung qui rentre dans la danse après Apple, les éditeurs, annonceurs et régies vont devoir commencer à prendre en compte l'évolution du marché et penser leur pratique de manière différente. 

En France, l'IAB en est encore à annoncer le lancement d'une étude « sur les attentes des internautes : pourquoi ils installent ces logiciels, comprendre leurs motivations ». Une problématique pourtant déjà bien analysée, les bloqueurs de publicité montant en puissance depuis plus de dix ans.

Des études il en existe déjà des dizaines, bien qu'elles soient le plus souvent assez intéressées, et visent à vanter les choix de ceux qui les commandent. Teads vient ainsi de publier le résultat d'une étude menée par ses soins, qui détaille plutôt bien tout ce qui irrite les internautes :

Etude Teads PublicitéEtude Teads Publicité
Des constats clairs, mais des définitions qui restent floues

Elle appuie sur le problème des pre-rolls, mais assez peu la question des vidéos en lecture automatique qui débarquent dans un contenu texte (« annoying », ou pas ?), tout en évoquant l'intérêt de formats « skippables ». Tant d'éléments qui vont dans le sens du format phare de la société, qui n'est jamais cité directement : InRead.

Si certains commencent à comprendre, le retard pris par l'industrie sur cette question reste donc gigantesque. Et personne n'a encore sans doute pris la mesure de ce qui est en train de se passer, malgré un mea culpa qui est pour le moment resté sans effet.

Everything is Fine
Crédits : K.C. Green

De leur côté, les éditeurs (dont les sites de streaming qui ne sont pourtant pas des adeptes de la protection des contenus) commencent seulement à jouer avec des solutions de blocage des bloqueurs sans vraiment changer leurs pratiques. Cela reste pourtant la clef d'une situation plus apaisée.

Si tout le monde se focalise d'ailleurs sur la question des espaces et des formats publicitaires, beaucoup oublient encore celle de la récolte des données à l'heure du programmatique. Invisible, cette question reste néanmoins essentielle. Avec l'augmentation des pouvoirs de la CNIL et l'entrée en vigueur du règlement européen sur la protection des données, on peut néanmoins s'attendre à du changement. Même si là encore, un réveil des acteurs et une prise de conscience anticipée seraient sans doute une issue favorable.

Publiée le 01/02/2016 à 12:00
David Legrand

Directeur des rédactions et responsable des L@bs de Nancy. Geek de l'extrême spécialisé dans l'analyse des produits high-tech, les réseaux sociaux et les trios d'écrans. Adepte du libre.

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