Domino : avec son bouton connecté, La Poste arrivera-t-elle à aller au-delà de la hype ?

La réalité, c'est plus complexe qu'un CP 36
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Obj. Connectés CES

La Poste était présente en force au CES. Le groupe hébergeait médias et startups sur son stand mais dévoilait aussi une nouvelle initiative : Domino. Un bouton connecté qui a pour but de simplifier vos expéditions de colis grâce à l'internet des objets.

« Si en 2016 t'as pas ton bouton connecté, t'as raté ta stratégie ». C'est un peu ce que nous avons pensé lorsque nous avons appris que le groupe La Poste profitait du CES pour annoncer un tel produit : Domino.

Un bouton connecté : so 2015

Il faut dire que la tendance avait déjà largement marqué 2015. Après les boutons Amazon Dash, nombreux sont ceux qui se sont jetés sur la tendance, de Darty aux vendeurs de pizzas qui voient surtout dans ces boutons des accélérateurs de commandes ou des source de fidélisation. 

Mais derrière une tendance, il y a parfois de bonnes surprises. Nous avons donc décidé de chercher à en savoir plus. Et tout d'abord, à quoi ça peut bien servir un bouton connecté « made in La Poste » ?

La Poste simplifie l'expédition de colis d'année en année

 Basiquement, celui-ci vise à faciliter le processus d'expédition de colis pour le grand public, ce qui relève du défi pour la société. Actuellement, pour expédier un produit, vous devez l'emballer vous-même, remplir un bordereau à la main et le déposer dans votre bureau de Poste le plus proche. Une méthode à l'ancienne qui comprend des points de friction à quasiment chaque étape.

Depuis quelques années, La Poste a donc cherché à simplifier petit à petit la procédure. Cela a commencé par le bordereau qu'il était possible de payer en ligne et d'imprimer avec le service Colissimo en ligne. Depuis un peu plus d'un an il est aussi possible de passer outre le passage dans le bureau de Poste dans certaines conditions.

En effet, si votre colis emballé tient dans une boîte au lettres normalisée, vous pouvez directement demander au facteur de venir le chercher. Il vous suffira de le mettre en place avant 8h du matin. Un avis de prise en charge sera déposé et vous recevrez différentes notifications afin de vous informer des différentes étapes jusqu'à la réception du colis :

Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de tester ce service qui s'avère plutôt pratique. Et surtout, il est sans surcoût. Reste néanmoins le besoin d'emballer le colis et de gérer l'affranchissement à travers le site de La Poste. C'est ce genre de choses que le groupe veut simplifier avec son bouton.

Un objet à distribuer pour faciliter la création de compte

Car de l'aveu même des équipes du groupe, les services en ligne sont encore assez peu utilisés et le fait qu'il faille les connaître et s'inscrire constitue une limite, d'autant que rien n'est vraiment fait pour réellement simplifier les choses pour le moment. On pourrait en effet imaginer qu'une application mobile vienne compléter l'ensemble ou que l'ergonomie soit plus fluide, que l'inscription puisse se faire à travers un compte sur un réseau social, etc. Il n'en est rien.

La Poste veut donc proposer son Domino, qui sera disponible sur demande. Pendant une première phase de test qui va commencer en avril, il sera entièrement gratuit. Le modèle économique, comme bien d'autres détails, reste encore à définir pour la phase commerciale qui viendra ensuite.

C'est le facteur qui va emballer votre produit

Lié à votre boite aux lettres (il se fixe à l'intérieur de celle-ci) et donc à votre adresse, il vous permettra de notifier La Poste que vous avez un produit à expédier. L'application mobile dédiée viendra alors vous demander l'adresse d'expédition. On se demande alors pourquoi elle ne pourrait pas intégrer directement le bouton de manière dématérialisée.

Il vous suffira ensuite de déposer le produit à expédier dans votre boîte aux lettres, le facteur s'occupera de tout. En effet, il viendra avec un emballage normé afin de préparer le colis lui-même avant de le prendre en charge. Pour le reste, cela suivra une procédure classique d'expédition depuis votre boîte aux lettres. 

Sur le papier, les choses semblent donc parfaites. Dans la pratique, on se demande tout de même comment La Poste va faire pour gérer les nombreux obstacles et problèmes potentiels. C'est d'ailleurs à cela que va servir la phase d'expérimentation qui devrait couvrir toute la France, mais un nombre limité de clients (mais cela peut encore évoluer). 

Le facteur au cœur du dispositif avec de nouvelles responsabilités

Car en préparant lui-même le colis, le facteur prend la responsabilité d'une défaillance à ce niveau. Si c'est une peluche ou une tasse qui est emballée, ce n'est pas la même chose, et il faudra assurer une protection suffisante. En tant que transporteur, si le produit arrive en miette, La Poste peut mettre en cause l'emballage. Si elle en a la charge, ce n'est plus la même chose.

L'autre souci concerne la question de la façon dont la profession va accueillir cette nouvelle mission. Le passage à Facteo n'a par exemple pas fait que des heureux, et il nous est encore récemment arrivé de voir des facteurs pester contre l'appareil lors d'une tournée.

Mais l'un des six facteurs qui s'étaient vu offrir un voyage à Las Vegas pour assurer la présentation des solutions de leur employeur nous assuraient qu'il n'y avait aucun problème, et que cette évolution allait dans le sens de la mutation de leur métier qui repose de moins en moins sur le traitement du courrier et de plus en plus sur les services annexes.

Une mutation surtout voulue par La Poste qui voit son réseau de facteurs comme une chance et une capacité importante à assurer une présence sur le terrain, que ce soit pour assurer ses missions premières, ou de nouvelles au service du groupe ou de sociétés tierces

Dans tous les cas, on imagine bien la détresse de ceux qui auront à monter un emballage dans une entrée sans aucune petite table pour faire cela de manière confortable. Il faudra sans doute que La Poste propose une solution sur ce plan sans quoi ils devront souvent se contenter du siège de leur véhicule ou du coin d'une poubelle.

Sigfox comme partenaire, mais rien n'est définitif

Nous avons aussi évoqué la question de la couverture réseau. Car tout objet connecté qu'il est, ce Domino aura besoin d'assurer une communication constante avec La Poste. C'est pour le moment Sigfox et son réseau déjà déployé en France qui a été sélectionné. Pour rappel, l'opérateur a diffusé ses cartes de couverture il y a quelques jours.

Le groupe ne s'interdit par contre pas d'exploiter d'autres solutions du même genre (comme Lora par exemple lorsque les réseaux seront déployés en France) afin de compléter le dispositif si nécessaire. Là aussi, la phase de test sera essentielle.

De l'idée à la réussite : une série de défis à relever

Au final, si l'idée semble bonne sur le papier, il faudra donc voir comment elle prend forme dans la pratique et quel sera le modèle économique d'un tel dispositif. Car s'il est aisé de faire des démonstrations sur un stand au CES et multiplier les promesses à coup de communiqué de presse, la réalité est souvent bien plus dure que l'analyse des journalistes.

La Poste a déjà montré qu'elle savait innover, elle a aussi montré avec sa nouvelle passion pour l'internet des objets qu'elle savait suivre la tendance du moment et s'adapter à un contexte tel que celui de la montée en puissance de la French Tech. Il lui faudra maintenant convaincre en réussisant à concrétiser une offre viable pour son Domino. Rendez-vous d'ici quelques semaines pour savoir si l'essai est transformé ou non.

Publiée le 12/01/2016 à 17:40
David Legrand

Directeur des rédactions et responsable des L@bs de Nancy. Geek de l'extrême spécialisé dans l'analyse des produits high-tech, les réseaux sociaux et les trios d'écrans. Adepte du libre.

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