Google prié de déréférencer plus de 550 millions de liens en 2015

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Crédits : tucko019/iStock Editorial/Thinkstock
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Google a été prié de déréférencer plus de 550 millions de liens de son moteur de recherche en 2015, un record absolu. Mais si les ayants droit ont ainsi recours de manière croissante aux services du géant de l’internet, ceux-ci ne semblent pas pour autant trouver cela très efficace...

Souvent considéré comme la principale porte d’entrée vers les sites de piratage, Google reçoit quotidiennement plusieurs centaines de milliers de requêtes dites « DMCA » – du nom de la législation américaine relative au copyright. Les ayants droit qui estiment qu’une page permet d’accéder illégalement à une œuvre protégée peuvent signaler celle-ci à la firme de Mountain View, qui doit alors procéder à son déréférencement, sous peine de voir sa responsabilité engagée. L’objectif ? Faire disparaître le lien vers cette page des résultats du moteur de recherche (même si la page visée, elle, reste accessible à ceux qui entrent directement son URL dans leurs navigateurs).

Encore une hausse de plus de 50 %

Au cours de cette année, Google aura ainsi été enjoint à retirer plus de 558 millions de liens, contre 345 millions pour 2014. Ce bond de 60 %, calculé par le site spécialisé TorrentFreak à partir des données fournies par le moteur de recherche, ne fait que souligner une fois de plus l’attrait des ayants droit pour cette procédure. Une hausse de 55 % avait déjà été enregistrée entre 2013 et 2014, plus légère que celle de 400 % entre 2012 et 2013...

Le cap symbolique du milliard de demandes de retrait fut par ailleurs dépassé cette année, au mois d’octobre.

google dmca 2015
Crédits : Google Transparency Report

Les trois domaines les plus visés par ces requêtes furent « chomikuj.pl », « rapidgator.net » et « uploaded.net ». La présence des deux célèbres hébergeurs de fichiers est plutôt étrange dans la mesure où il est généralement impossible d’accéder à leurs pages de téléchargement depuis Google (il faut passer par un site tiers qui répertorie chaque lien de téléchargement direct par film, série, etc.).

Parmi les plus gros demandeurs, figurent plusieurs sociétés spécialisées agissant pour le compte d'ayants droit, ainsi que la BPI (British phonographic industry), qui représente les majors du disque du Royaume-Uni.

Interminable jeu du chat et de la souris

Si la firme de Mountain View continue de se montrer très discrète quant aux suites accordées à ces requêtes des ayants droit, elle confiait l’année dernière avoir accepté de déréférencer plus de 99 % des URL lui ayant été notifiées en 2013. Les pages restantes correspondaient à des demandes incomplètes, ou bien étaient tout simplement erronées, Google n’ayant pas trouvé de contenu manifestement illicite sur les pages notifiées. Dans ce rayon, on se souviendra par exemple de Microsoft, qui avait réclamé le déréférencement de la page Wikipédia d’Office 2007, sa propre suite bureautique, ou des demandes visant au retrait d’un nom de domaine complet, etc.

Si le nombre de requêtes transmises au moteur de recherche explose d’années en années, cela ne signifie pas pour autant que la procédure ait fait ses preuves... Les ayants droit se plaignent régulièrement du manque d’efficacité du dispositif. La RIAA avait par exemple clairement expliqué en 2013 qu’elle se battait « avec un seau » contre « un océan de téléchargements illégaux », dans la mesure où les contenus signalés une première fois finissent la plupart du temps par réapparaître ailleurs. Résultat, les pressions se multiplient sur les hébergeurs, y compris en France, où le gouvernement est régulièrement appelé à accentuer leur responsabilité.

Publiée le 31/12/2015 à 09:37
Xavier Berne

Journaliste, spécialisé dans les thématiques juridiques et politiques.

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