Wikileaks révèle le nom du pays espionné par la NSA : l'Afghanistan

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Securité

Wikileaks avait promis de révéler le nom du pays décrit en mars comme surveillé de très près par la NSA au point que toutes les conversations téléphoniques en étaient enregistrées. Le site a tenu sa promesse : il s’agit de l’Afghanistan.

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Digitale Gesellschaft (licence CC BY-SA 2.0)

Opposition et colère entre les lanceurs d'alertes

Rappel des faits. En mars dernier, un article du Washington Post révèle une information de taille : la NSA collecte et enregistre en permanence les conversations téléphoniques de tout un pays sur les trente derniers jours. Rien ne permet alors de deviner de quel type de pays il pourrait s’agir, l’article se focalisant sur l’aspect technique que cela implique.

Dans un deuxième temps, le journaliste Glenn Greenwald, le premier à avoir interviewé Edward Snowden, révèle que la NSA dispose d’une opération similaire avec les Bahamas. Ces derniers réagissent en indiquant que ces allégations seront vérifiées et qu’il y aura des conséquences si l’enquête établit la véracité des faits avancés. Les informations n’en restaient pas moins importantes, car elles montraient comment des outils taillés pour la lutte antiterroriste pouvaient être utilisés dans des contextes complètement différents, en l’occurrence la lutte contre les cartels de la drogue.

Pourtant, Wikileaks avait réagi avec colère en apprenant que Glenn Greenwald, qui possède pourtant l’intégralité des documents dérobés par Snowden, ne souhaitait pas donner le nom du pays abordé en mars. La raison invoquée était simple : un contexte particulièrement tendu, et le risque d’y voir apparaître de nouvelles violences. Il s’agissait donc probablement d’un pays au contexte particulier et sans doute de petite taille, si le cas des Bahamas devait être représentatif.

L'Afghanistan, comme les Bahamas 

C’est bien le cas puisque Julian Assange en personne a révélé que le pays n’était autre que l’Afghanistan. Dans son annonce, le fondateur de Wikileaks est visiblement furieux contre le Washington Post et Glenn Greenwald qui se rendent coupables, à ses yeux, d’abonder dans le sens des excuses données par le gouvernement américain pour bloquer les informations. Car c’est bien la crainte d’une « poussée de violence » qui a muselé les auteurs des deux articles.

Assange ne considère manifestement pas la situation sous le même angle : « Nous savons depuis de précédents rapports que le système d’interception de masse de la NSA est un composant clé du programme de ciblage des drones américains. Ce programme de ciblage a tué des milliers de personnes et des centaines de femmes et enfants en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et en Somalie, en violation des lois internationales. La censure de l’identité d’un État victime participe directement au meurtre des innocents ».

Violent plaidoyer contre la censure 

Évidemment, les déclarations de Wikileaks sont éminemment politiques mais le site a tôt fait de rappeler le passé en première ligne. Et de replonger dans l’affaire des câbles diplomatiques en 2010, quand le gouvernement Obama et le Pentagone accusaient Wikileaks de mettre des vies en danger à cause des révélations portant sur des identités parfois secrètes. « À ce jour, nous ne sommes pas au courant de la moindre preuve fournie par une agence gouvernementale que l’une de nos huit millions de publications aurait pu représenter un danger » ajoute le site. Il précise d’ailleurs qu’en 2013, l’ancien Secrétaire à la Défense Robert Gates avait reconnu que les réactions initiales à ces publications avaient été « significativement exagérées ».

Pour Assange, toute la problématique réside en dehors des questions de violences potentielles. Dans l’échange de tweets entre Glenn Greenwald et Wikileaks, le journaliste était littéralement accusé d’être « raciste » et de continuer à raisonner en termes de suprématie américaine, sous-entendant que le peuple concerné, une fois la vérité découverte, serait incapable de digérer l’information. Comme il l’explique dans son billet d’aujourd’hui, Assange estime que l’information doit toujours être diffusée car le contraire reviendrait à maintenir un pays dans l’ignorance de son propre espionnage.

Publiée le 23/05/2014 à 16:00
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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