[Édito] Pourquoi les montres connectées peuvent avoir du succès

Oui, on ose 158

C'est enfin parti. Samsung mais aussi Qualcomm ont dévoilé leur montre high-tech, trois mois après la SmartWatch 2 de Sony, et plusieurs mois avant la concurrence (LG, Apple, etc.). Et comme à chaque annonce de ce type de produit, la même question revient : à quoi ça sert ? Une question judicieuse à laquelle nous allons tenter de répondre.

  Samsung Galaxy gear

La Samsung Galaxy Gear.

Un intérêt encore à démontrer 

Depuis près d'un an maintenant, les montres connectées, appelées aussi montres intelligentes, smartwatchs ou encore montres high-tech, commencent à faire du bruit. Le concept en lui-même n'a strictement rien de nouveau, mais avec l'évolution des technologies et la possibilité de produire une puissance énorme grâce à une puce ridiculement petite, peu coûteuse et à faible chaleur, ces montres ont le potentiel d'offrir un grand nombre de services, pour un prix modéré. La démocratisation des smartphones aidant, ces montres se veulent être leur complément.

Mais pour beaucoup, l'intérêt d'une telle montre est faible, pour ne pas dire nul. On ne peut pas publier un article sur le sujet sans qu'une personne se questionne sur le sujet. Après tout, tel que l'on nous vend ces montres, elles ne font que doublons avec les smartphones. En résumé, une montre connectée, c'est un mobile, en moins bien, et dépendant d'un téléphone pour certaines fonctions. De ce point de vue caricatural, effectivement, un tel marché n'a aucun avenir. Mais tentons de dépasser cette vision limitée.

Après tout, si Sony, Samsung, Qualcomm, Apple, Google et bien d'autres dépensent des millions, pour ne pas dire des milliards, dans ces produits, ce n'est pas parce qu'ils ont trop d'argent et qu'ils ne savent pas quoi en faire. Avant eux, des sociétés, spécialisées dans le sport notamment, ont aussi développé des montres. Certes moins évolués, ces appareils intègrent un GPS, mesurent les temps de course, leur allure, la distance parcourue, les calories dépensées, ceci même sur un tapis de course. Certaines vont même plus loin que l'enregistrement des performances, après tout, des applications pour smartphones le font déjà (type Runtastic), en donnant des détails sur la santé de l'utilisateur par exemple. Et d'autres ont l'avantage d'être totalement étanches, ce qui permet aux nageurs par exemple d'utiliser un tel produit. Garmin, Polar, Suunto, Nike, et même Motorola, sont bien connus des sportifs pour ces montres qui se chiffrent plusieurs centaines d'euros parfois.

Compléter voire remplacer le smartphone ?

Entre ces montres dédiées aux sportifs, et les smartphones, où se placent donc les « smartwatchs » que nous délivrent Sony, Samsung, Qualcomm et bientôt d'autres constructeurs ? Quels sont leurs intérêts réels ? Tentons de leur trouver quelques atouts.

  • Recharger moins souvent votre smartphone : si l'on critique régulièrement l'autonomie des montres connectées (qui veut recharger sa montre quotidiennement  ou même tous les deux, trois, quatre jours ?), prenons le problème à l'envers. Certes, cela fait un produit supplémentaire à recharger, mais cela pourrait surtout permettre de recharger son smartphone moins régulièrement. Un atout majeur aujourd'hui, sachant que l'on utilise nos téléphones pour des activités diverses. Dès lors que l'écran consomme énormément d'énergie, si l'on passe par la montre pour regarder l'heure, vérifier ses SMS, ses emails, ses notifications de réseaux sociaux, prendre des notes, écouter de la musique, consulter la météo, prendre et voir des photos et des vidéos, lire des actualités, et pourquoi pas jouer un peu (malgré la taille de l'écran), sans oublier les appels, cela peut avoir un impact non négligeable sur la batterie du téléphone. Reste à savoir si ces gains ne seront pas trop entamés par la connexion entre la montre et le smartphone.

  • Démocratiser les applications « sportives » : si les montres dédiées aux sportifs se développent, tout comme les applications sur les smartphones, les montres connectées pourraient bien faire exploser ce marché. Beaucoup ne sont en effet pas prêt à acheter une montre uniquement pour ces activités, que ce soit faute de connaissance, d'intérêt ou de finances. Quant au smartphone, ce dernier peut parfois être encombrant et installer des applications est encore loin d'être un réflexe. Ces montres, qui à la base peuvent intéresser ceux qui veulent vérifier l'heure tout en regardant leurs emails, SMS, etc. peuvent ainsi amener une population nouvelle à découvrir des outils « sportifs », qui devraient systématiquement ou presque être intégrés dans ces produits. Ne serait-ce que pour la simple marche, ces applications peuvent avoir du succès.

  • Remplacer le téléphone : c'est probablement là où la montre connectée frappera le plus fort. Pour le moment, la plupart des montres sur le marché sont dépendantes d'un smartphone, et celles qui ne le sont pas sont limitées sur bien des points. Mais imaginez dans un futur proche un appareil avec une puce 3G/4G, un écran flexible, une grande puissance, une boutique d'applications complète, etc. En somme, un mobile pouvant être placé autour du poignet, avec des fonctions et des capteurs encore plus poussés vis-à-vis du sport et de la santé, et pouvant être mouillé et donc aller sous l'eau sans aucun problème. Technologiquement, nous sommes déjà proches d'un tel appareil, ce n'est qu'une question de temps pour qu'une commercialisation soit réalisée à un prix à peu près abordable. Cela en ferait assurément l'objet ultime. 

Un appareil différent, des usages différents

Aujourd'hui, prendre des photos sous l'eau est possible, y compris avec un smartphone, mais l'activité est loin d'être démocratisée et il faut être équipé. Avec un tel produit, cela pourrait changer la donne, à l'instar de tout ce qui a trait à la santé. Avec la miniaturisation constante et les écrans flexibles, tôt ou tard, nous aurons l'équivalent d'un téléphone intelligent, ceci avec une autonomie appréciable, c'est une quasi-certitude. Reste à savoir quand de telles montres seront disponibles. En attendant, les constructeurs se placent, quitte à essuyer quelques échecs cuisants dans un premier temps, c'est tout du moins le scénario le plus crédible. Mais être présents le plus tôt sur le marché est toujours intéressant afin d'emmagasiner de l'expérience et avoir un coup d'avance sur la concurrence. De l'autre côté, il arrive parfois que les premiers soient les derniers, et que les derniers soient les premiers. Surtout quand on est aussi puissants qu'Apple et Google. Sony et Samsung ne le savent que trop bien.

Enfin, quant à savoir si le public est demandeur d'un tel produit, il suffit de se rappeler qu'il n'était pas spécialement demandeur des tablettes tactiles pour comprendre que l'offre fait la demande plus que l'inverse, en particulier dans les hautes technologies. Reste tout de même à bien vendre ledit produit pour créer le besoin. Sony n'a pour l'instant pas réussi à atteindre cet objectif, et il est loin d'être certain que Samsung arrive à un meilleur résultat. Là encore, il faudra patienter.

Publiée le 07/09/2013 à 09:42
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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