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Les Nations Unies et les ambassades européennes sous l'oeil de la NSA

ONU, ONU, ONU hésitation

Les documents dérobés par Edward Snowden ont déjà permis de révéler bon nombre d’opérations menées par la NSA et le monde du renseignement américain. Le lanceur d’alertes a notamment réussi à mettre en lumière l’espionnage réalisé dans certaines ambassades européennes sur le sol américain. Dans un nouvel article du journal allemand Der Spiegel, on apprend désormais que la NSA espionne l’ONU de manière intensive depuis plus d'un an.

prism

Crédits : Mr. T in DC, licence Creative Commons

 

Depuis plus de deux mois, les révélations autour du programme de surveillance Prism et plus globalement du renseignement n'en finissent de créer des vagues. Même si la vaste machinerie de Prism a largement attiré l'oeil du grand public sur les activités anti-terroristes de la NSA, d’autres aspects de son travail ont été mis en lumière. Ce fut notamment le cas pour le piratage des routeurs chinois, lequel autorisait la surveillance de centaines de milliers d’ordinateurs, ou lors de l’espionnage réalisé dans plusieurs ambassades, notamment celles de la France et de l’Allemagne.

La sécurité nationale américaine, un bien large parapluie 

Alors que l’œil inquisiteur des États-Unis semble ne pas connaître les frontières géopolitiques, de nouvelles révélations sont apparues hier dans le journal allemand Der Spiegel. Déjà à l’origine de plusieurs articles portant sur l’impact de Prism en Europe, l’hebdomadaire braque les projecteurs sur l’ONU (Organisation des nations unies). Selon des documents provenant d’Edward Snowden, la NSA se livre à une intense activité d’espionnage, directement au sein des locaux de l’organisation internationale.

 

Selon Der Spiegel, cette activité n’est pas nouvelle. La NSA avait l’œil tourné vers l’ONU depuis des années, mais la sécurité entourant le fonctionnement de l’instance diplomatique avait nettement perturbé l’espionnage. Cependant, durant l’été 2012, la NSA a réussi s’introduire directement dans le système de vidéosurveillance de l’ONU, accédant de fait aux images des caméras de sécurité. La protection protégeant le système a été cassée, et les caméras ont pu être détournées pour d’autres desseins.

Les Nations Unies piratées 

« Le trafic de données nous donne accès aux téléconférences vidéo internes des Nations Unies (youpie !) » indique ainsi une phrase présente dans l’un des documents, toujours selon le journal allemand. Conséquences : dans les trois semaines qui ont suivi le piratage du système vidéo, la NSA aurait décodé 458 communications privées, alors que l'agence plafonnait jusque-là à 12. Des communications qui n’étaient certainement pas enregistrées dans le cadre de la lutte anti-terroriste. L’évènement est plutôt à rapprocher de l’espionnage réalisé par le Royaume-Uni lorsque les services du renseignement anglais (le GCHQ) a fait surveiller les communications électroniques des diplomates et membres des gouvernements lors des deux réunions du G20 en 2009 à Londres.

 

Mais les Nations Unies ne sont pas la seule organisation touchée par les activités de la NSA puisque Der Spiegel aborde également le cas d’une mission diplomatique européenne venue en 2012 dans les nouveaux locaux qui lui étaient réservés à New York. La NSA est ainsi en possession des plans complets du bâtiment, de son infrastructure informatique et a accès à ses serveurs. Des activités qui là encore n’ont que peu de rapports avec le terrorisme.

Plus de 80 ambassades et consulats surveillés 

Aux côtés de cet espionnage, on trouve un autre programme, baptisé « Special Collection Service ». Il s’agit en fait, selon Der Spiegel, de l’appellation générale pour tout ce qui touche à la surveillance des ambassades étrangères. Le programme recoupe donc ce qui avait été déjà révélé sur les ambassades françaises et allemandes, mais le chiffre total dépasse les 80 instances diplomatiques, consulats compris. Une fois de plus, le journal allemand indique que ces activités n’ont aucun lien avec le terrorisme et la surveillance exercée est « intensive et bien organisée ». Une information qui fait d’ailleurs suite aux niveaux d’intérêts des informations pêchées par la NSA. Der Spiegel indiquait en effet il y a deux semaines que les thématiques de la politique étrangère, du commerce international et de la stabilité économique étaient considérées comme prioritaires.

 

Selon l’hebdomadaire allemand, la NSA s’intéresse en outre à l’International Atomic Energy Agency (IAEA), l’agence internationale chargée de surveiller l’ensemble des activités nucléaires sur la planète. Basée à Vienne, en Autriche, celle-ci a fait l’objet d’une surveillance étroite. Cette dernière n’est cependant pas étonnante : le contrôle de la technologie nucléaire est un élément capital du tissu politique mondial, comme l’a prouvé la situation en Iran.

Échos diplomatiques en Europe

En Europe, la surveillance de la NSA a déjà provoqué des réactions, notamment en Allemagne. Angela Merkel en particulier avait exigé des explications, et la commissaire européenne Viviane Reding avait envoyé au ministre américain de la Justice, Eric Holder, une lettre comportant des questions très précises. Le scandale éclatait alors que commençaient les négociations sur l’accord de libre-échange avec les États-Unis.

 

Or, le bourbier du scandale Prism s’invite bel et bien dans le débat politique. Outre-Rhin, Peer Steinbrück a promis d’interrompre les actuelles négociations sur l’accord avec les États-Unis s’il s’avérait que le gouvernement allemand ou les institutions européennes avaient effectivement été épiées par la NSA. Et si évidemment il est élu chancelier en lieu et place de sa rivale, Angela Merkel, lors des prochaines élections en septembre. 

Un climat tendu pour d'importantes négociations 

L’affaire Prism intervient dans un climat juridique étroit en Europe. D’une part, le Vieux continent négocie actuellement la mise en place d’une zone de libre-échange avec les États-Unis. Une zone qui implique nécessairement un climat de confiance et de sérénité entre les acteurs. D’autre part, l’Europe a sur le feu le chantier du règlement sur la protection des données personnelles. Le sujet est suivi de près par les États-Unis qui craignent que des règles trop contraignantes viennent casser ou du moins raboter les ambitions des Facebook, Google et autres Amazon ou Apple. Confronter ces futures règles avec l’ambitieux programme Prism qui s’appuie sur l’analyse des données stockées dans le cloud par les non-résidents américains donne une image pour le moins contrastée aux actuelles négociations…

 

Les États-Unis auront d’ailleurs fort à faire pour calmer le jeu. À l’intérieur du pays, la NSA communique allègrement en insistant surtout sur un point : les activités de surveillance sont parfaitement légales. Depuis, ce discours est empêtré dans des informations contraires, surtout depuis que l’EFF (Electronic Frontier Foundation) a obtenu la déclassification de documents prouvant que la NSA violait ses propres règles. Mais à l’extérieur, de tels arguments n’ont guère de poids, surtout quand les données absorbées concernent la politique, l’économie ou l’énergie nucléaire.

Source : Der Spiegel
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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Publiée le 26/08/2013 à 17:13

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Il y a 67 commentaires

Avatar de ActionFighter INpactien
ActionFighter Le lundi 26 août 2013 à 17:19:46
Inscrit le lundi 7 février 11 - 9679 commentaires
On attend avec impatience les réactions outrés des dirigeants, et surtout les sanctions internationales
Avatar de g30lim4 INpactien
g30lim4 Le lundi 26 août 2013 à 17:19:54
Inscrit le dimanche 3 avril 11 - 199 commentaires
Quand le rêve Américain se pète la tronche lamentablement....




Avatar de Zorglob INpactien
Zorglob Le lundi 26 août 2013 à 17:19:57
Inscrit le mardi 6 juin 06 - 8409 commentaires
[petit HS] Qu'est-ce que je déteste quand un site cheap comme 01net publie un truc très mal traité avant PCI, comme cette news qu'ils balancent ce matin à 11h et qui arrive 6h plus tard seulement chez PCI que j'apprécie. Pas que je privilégie (du tout) la vitesse à la qualité (01net n'arriverait pas à faire de la qualité même en prenant du temps), mais ça m'a contrarié... [/petit HS]
Avatar de Zorglob INpactien
Zorglob Le lundi 26 août 2013 à 17:21:58
Inscrit le mardi 6 juin 06 - 8409 commentaires
On attend avec impatience les réactions outrés des dirigeants, et surtout les sanctions internationales

Embargo sur le fromage
Avatar de eax13 INpactien
eax13 Le lundi 26 août 2013 à 17:22:45
Inscrit le jeudi 2 décembre 10 - 392 commentaires
La confiance règne, on espionne ses alliés au nom de la sécurité nationale

Il y a 67 commentaires

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