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[Édito] Le financement participatif peut-il bouleverser l'économie ?

Tout dépend de nous

Le financement participatif, parfois aussi appelé production communautaire ou encore « crowdfunding » en anglais, connait une croissance impressionnante ces dernières années après des débuts difficiles. On peut dès lors se demander si en cas de forte expansion, ce système ne pourrait pas ébranler un pan entier de notre économie.

Denis Robert François Cananna KissKissBankBank

Ici, un projet de Denis Robert (de l'affaire Clearstream) sur le fondateur d'Hara Kiri et Charlie Hebdo, via KissKissBankBank.

Une grande variété de projets

Véritable poil à gratter de bien des domaines sociaux, économiques et même politiques, Internet pourrait bien devenir un véritable problème pour les banques dans les années à venir. Outre le fameux Bitcoin, qui fera l'objet d'un édito plus tard, le crowdfunding est vu par certains comme une révolution, et par d'autres une véritable arnaque. Rappelons tout d'abord rapidement son concept version web : un site permet aux internautes de financer à plusieurs des projets proposés et présentés avec détails par d'autres internautes, ceci avec parfois la possibilité d'obtenir un retour sur investissement en cas de succès (soit sous forme de cadeaux, soit financièrement). Voilà pour la version très courte.


Dans les détails, il existe en fait plusieurs types de crowdfunding. Par exemple, certains financements n'impliquent pas forcément de retours sur investissement. Il s'agit alors de simples dons, le but étant de supporter une cause sociale ou tout simplement un projet qui nous tient à cœur. BFM TV a d'ailleurs réalisé un reportage cette semaine au sujet d'une étudiante ayant financé sa dernière année de thèse par ce moyen. Certaines plateformes sont spécialisées dans un genre artistique (musique, film, etc.) tandis que d'autres visent la montée d'une entreprise, le développement d'un jeu vidéo, la création d'un produit particulier, la production d'un documentaire, la réalisation d'une BD, et même la rénovation d'un édifice. De nombreuses plateformes ont toutefois abandonné la spécialisation pour viser plus large et attirer un maximum d'investisseurs.


Bien entendu, on pourra toujours noter qu'un tel système d'alliance existe depuis plusieurs siècles et n'a rien de nouveau en soi. Mais à l'instar des évolutions apportées à bien des services IRL, le web permet une présentation plus complète, une simplicité inégalable et un accès direct et mondial là où le local prévalait. C'est en cela que le crowdfunding peut être vu comme une révolution. À l'instar de la liberté d'expression et de l'information, le web (via le crowdfunding) est ainsi vu comme une façon de redonner comme jamais du pouvoir au peuple, réduisant ainsi la dépendance des créateurs, artistes et entrepreneurs à une minorité de systèmes établis depuis des dizaines d'années voire des siècles dans certains cas.


Ces plateformes existent depuis plusieurs années, et si vous n'y avez jamais mis les pieds, vous connaissez au moins le nom de certaines d'entre elles. De My Major Company à Ulule, en passant par Kickstarter, KissKissBankBank, Mailforgood, et Lending Club, il en existe en fait des dizaines voire centaines à travers le monde, principalement en Amérique du Nord et en Europe. Lending Club, pendant américain du Français Prêt-d'Union (mais aussi fondé par un Français), a pour caractéristique d'être un site de prêts entre particuliers et d'avoir depuis cette semaine comme actionnaire minoritaire... Google. S'il ne s'agit pas de crowdfunding à proprement parler (on ne présente pas un projet en particulier), cela s'en rapproche néanmoins dès lors que cela demande une collaboration entre de nombreux internautes pour que le système économique fonctionne. Et le fait que Google commence à s'y intéresser prouve qu'il ne faut pas le sous-estimer.

 

crowdfunding jeux video etude AFJV

Données pour l'année 2012.

Un marché encore « faible » mais en forte progression

Mais concrètement, quelles sont les sommes en jeu aujourd'hui ? Si de nombreux projets ne demandent qu'une poignée de centaines ou milliers de dollars ou d'euros, d'autres atteignent des centaines de milliers de dollars/euros et certains (plus rares) ont même chiffré la collaboration en millions, ce qui commence à être sérieux. Au total, selon une étude de Massolution, le marché du financement participatif a atteint 2,67 milliards de dollars en 2012, une somme en hausse de 81 % en un an. Et cela pourrait grimper à 5,1 milliards de dollars cette année selon les prévisions des auteurs de l'étude.

 

Cela reste donc ridicule par rapport aux investissements des banques dans les entreprises. À titre de comparaison, le Français BNP Paribas promettait l'an passé de financer 40 000 projets de PME pour un total de 5 milliards d'euros (soit 6,5 milliards de dollars), ceci entre le 1er juillet 2012 et 30 juin 2013. Nous parlons ainsi de BNP Paribas seule, et hors très grandes entreprises qui plus est. Imaginez alors les montants des investissements toutes banques confondues dans le monde entier. Ceci sans compter les autres types d'investissements.

 

Aujourd'hui, malgré tout le ramdam autour du crowdfunding, le concept version web demeure donc encore assez confidentiel. Mais si ces levées de fonds citoyennes ne sont pour le moment qu'une goutte d'eau, non seulement elles existent et permettent à de nombreuses personnes de réaliser leurs rêves, mais surtout, le secteur est en pleine croissance. Si cette dernière devait se stabiliser dans les années à venir (ce qui n'est pas forcément réaliste), le crowdfunding pourrait représenter 100 milliards de dollars en 2018 et plus de 1000 milliards de dollars en 2022. Certes, nous n'y sommes pas, mais si nous devions parler ne serait-ce qu'en centaines de milliards de dollars ou d'euros, le poids de ces financements ne serait alors plus du tout négligeable.

L'exemple des jeux vidéo

Pour l'instant, quels projets ce système a-t-il permis ? Dans la musique, le fameux Grégoire, financé via My Major Company, est évidemment incontournable et sert d'exemple dans le milieu. Même s'il faut noter qu'il est l'exception qui confirme la règle, de nombreux autres artistes financés ayant mené à des échecs commerciaux (mais pas forcément artistiques). Le plus marquant ces derniers mois n'est toutefois pas le financement d'artistes, de films ou même d'entreprises (bien que cela progresse rapidement), mais la montée en flèche des projets de jeux vidéo. Au point que l'Agence française pour le jeu vidéo (AFJV) a publié une étude sur le sujet et que La Tribune y a consacré l'an dernier un article pointant le phénomène. Du jeu Les Chevaliers de Baphomet : La Malédiction du Serpent (chez Kickstarter), à paraître cette année, à Star Citizen, en passant par Torment Tide of Numenéra (toujours chez Kickstarter), voilà des projets bien ambitieux. Et ne s'agit pas de cas isolés, loin de là.

 

crowdfunding jeux video etude AFJV

Pour vous, financer un projet de jeu vidéo via Kickstarter ou un autre de ses concurrents, c'est avant tout…?

 

Si d'un point de vue global, ce système est encore sans importance dans le monde, nous pouvons néanmoins imaginer qu'à court terme, plusieurs secteurs bien précis seront de façon évidente influencés par le crowdfunding. Le jeu vidéo pourrait être de ceux-là tant le comportement de certains éditeurs agace de nombreux joueurs et pousse ces derniers à prendre leur marché en main. La musique, secteur pionnier dans le crowdfunding, pourrait aussi suivre le mouvement après des débuts plus ou moins difficiles. Et pourquoi pas dans un futur proche la presse, des applications, voire un parti politique, tout du moins dans les pays où cela sera légalement faisable.

 

Enfin, dresser un portrait uniquement positif du financement participatif serait exagéré. Ceux qui pensent pouvoir exploiter ce système pour s'enrichir devraient revoir leurs plans à deux fois. De nombreux projets ne sont pas bénéficiaires et n'impliquent donc aucun retour sur investissement. Pour se lancer dans le crowdfunding, mieux vaut donc y aller pour supporter un projet, quitte à se contenter de la finition du projet (un CD, un documentaire, un jeu). C'est une question de philosophie en somme. Quant aux plateformes qui pourraient prendre votre argent et mal l'utiliser voire le subtiliser, cela est déjà arrivé et nous ne sommes jamais à l'abri d'une nouvelle arnaque. Mais aujourd'hui, certaines plateformes ont plusieurs  années d'existence et ont plus que fait leurs preuves.


Si aujourd'hui, parler de révolution est certainement hâtif, à l'instar de bien d'autres « nouveautés » (les imprimantes 3D par exemple), le potentiel est là, c'est indéniable.

Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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Publiée le 04/05/2013 à 10:10

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Il y a 41 commentaires

Avatar de goodwhitegod INpactien
goodwhitegod Le samedi 4 mai 2013 à 10:28:36
Inscrit le vendredi 31 octobre 03 - 10820 commentaires
Plaisant édito !
Avatar de Wype INpactien
Wype Le samedi 4 mai 2013 à 10:37:24
Inscrit le jeudi 28 juin 12 - 250 commentaires
Sa a de l'avenir, quand on voit que l’équipe de noob a mis en ligne leur projet de film sur ulule hier soir et en environ 14h on déjà récolté 80% du financement ( 28k€/35k€ ), dont 10k€ en 1h30, alors que le délai est de 71 jours c'est assez incroyable

Le créateur de noob fait une très bonne analyse du crowdfunding appliqué au web-serie et autres projets audio-visuel dans la vidéo de présentation du projet:ICI

Avatar de wagaf INpactien
wagaf Le samedi 4 mai 2013 à 10:39:35
Inscrit le lundi 15 mai 06 - 1864 commentaires
À quand des outils permettant de posséder réellement une part de l'entreprise et de participer en ligne à sa gestion depuis une même plateforme ?

Peut-être pas en France à cause des trilliards de papiers administratifs qui devraient être envoyés dans tous les sens, mais dans des pays moins arriérés à ce niveau pourquoi pas ?
Avatar de zogG INpactien
zogG Le samedi 4 mai 2013 à 10:40:21
Inscrit le lundi 15 juin 09 - 2469 commentaires
Le seul soucis du crowdfounding, c'est que comme d'hab certains font nawak.

Suffit de voir kickstarter, certains projets... c'est un peu "oh tiens, comme certains ont fait tel ou tel truc, si je faisais pareil, si ça marche pour lui, ça peut marcher pour moi".

Sans parler des récompenses qui frôlent le ridicule de temps en temps. (toutes les interactions avec les gens qui mènent les projets en gros).

Perso je viens de participer à la campagne Camelot Unchained. C'est quand même marrant à suivre, surtout quand ça passe l'objectif le dernier jour
Avatar de Neliger INpactien
Neliger Le samedi 4 mai 2013 à 10:41:30
Inscrit le jeudi 31 janvier 13 - 177 commentaires
Que j'aime les éditos de PCINpact :)

Il y a 41 commentaires

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