DRM : 27 organisations demandent au W3C de rejeter le futur standard EME

Intérêts contraires 202

Il y a un peu plus de deux mois, le W3C publiait un premier brouillon pour un standard particulier. Les Encrypted Media Extensions ont pour objectif de permettre aux entreprises d’utiliser des solutions DRM si elles en ont besoin. Un ajout nettement décrié par une coalition de 27 organisations qui fustigent l’intrusion des DRM dans un standard (le HTML5) dont la mission est avant tout de fournir le même web à tous les internautes.

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« Les DRM restreignent les libertés publiques » 

Le brouillon du standard en devenir Encrypted Media Extensions n’a pas fini se concentrer les critiques. Il faut dire qu’il sert d’interface à deux mondes qui s’associent assez mal en fonction des points de vue : le HTML5 et sa mission d’universalité, les DRM et l’idée de verrou numérique qu’ils transportent. Alors que des entreprises comme Netflix attendent avec impatience un tel standard, d’autres organisations montent au créneau pour dénoncer ce mariage contre-nature.

 

L’APRIL, ainsi que d’autres structures telles que plusieurs partis pirates, l’Electronic Frontier Foundation, la Free Software Foundation, Creative Commons ou encore IT for Change, se sont unies pour « supplier le comité du World Wide Web ainsi que ses organisations participantes à rejeter la proposition EME ». Le groupement rappelle qu’une pétition pour le rejet des EME a déjà réuni plus de 12 000 signatures et explique que les « DRM restreignent les libertés publiques, au-delà même de ce que les lois les plus extrêmes portant sur le droit d'auteur exigent, au bénéfice perçu de ces quelques privilégiés ».

Un standard contraire aux « principes érigés par le W3C » 

La coalition note en particulier plusieurs points posant problème. D’une part, les EME fournissent une infrastructure standardisée pour la gestion des DRM. Cette dernière est possible sous la forme d’un plug-in. Or, il est impossible selon les organisations qu’un tel élément soit open source, à cause justement du type de données qu’il transporterait. Cela reviendrait donc à mélanger le code propriétaire d’un côté et du logiciel libre de l’autre.

 

D’autre part, la coalition estime qu’un tel standard serait contraire aux propres « principes érigés par le W3C ». Les organisations craignent avant tout « une nouvelle prolifération de plug-ins pour jouer des médias sous menottes numériques ». Elles soulignent également que le W3C est signataire des règles des standards et que promouvoir les EME « éloignerait le Web de la comptabilité universelle ».

Inviter des vampires chez soi 

La coalition rejette également plusieurs arguments, notamment celui de dire que les EME ne sont pas en elles-mêmes des DRM, mais simplement une infrastructure connectée au HTML5. Un argument écarté d’un revers par les organisations qui reprennent les propos de Peter Eckersley de l’EFF : « Nous ne sommes pas des vampires, mais nous allons les inviter chez vous ». Autre argument rejeté : la mise en place des EME reviendrait finalement au même que d’aller louer un DVD. Pourquoi ? Parce que « ce point de vue ignore le contexte historique des menottes numériques et la direction dans laquelle les médias se dirigent ». Un futur dans lequel les organisations craignent que les entreprises concernées soient «  à même de contrôler qui visionne quoi, quand et avec quel logiciel ».

 

En conséquence, ces 27 organisations appellent à « un rejet d'EME ainsi que de toute autre prévision de menottes numériques dans les standards du World Wide Web ».

 

Le débat est intéressant, car il met en opposition deux visions du paysage web. Le W3C a effectivement une mission de promotion des standards ouverts afin que le web garde sa mission d’universalité. De l’autre côté, des entreprises souhaitent diffuser des contenus en faisant attention à qui regarde quoi. On imagine effectivement mal un Netflix par exemple permettre l’enregistrement détourné d’un contenu de manière aussi simple que sur YouTube par exemple. Si la demande de la coalition devait être acceptée par le W3C, il faudrait donc trouver une autre solution.

Publiée le 25/04/2013 à 13:00 - Source : APRIL
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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