AppGratis : Fleur Pellerin s'oppose à Apple, entre neutralité et régulation

La bascule politique 82

Comme prévu, Fleur Pellerin s’est rendue ce matin dans les locaux de la société iMediapp. La ministre déléguée à l’économie numérique s’est penchée sur le cas de l’éditeur de l’application AppGratis, supprimée de l’App Store brutalement par Apple. Elle s’est montrée inquiète des « décisions unilatérales » et souhaite « réguler ces écosystèmes ».

pellerin

Une « dépendance économique assez préoccupante »

La suppression d’AppGratis ne peut décidément plus passer inaperçue. La polémique enfle et Apple se retrouve accusée de bien des maux. La firme a brutalement débranché l’application de son App Store et les explications données au Wall Street Journal ont été plus que succinctes. Elle ne s’est pas exprimée depuis, laissant ainsi la place à iMediapp, éditeur d’AppGratis, qui a pu prendre la parole et raconter sa version des faits.

Fleur Pellerin s’est donc rendue ce matin au chevet de l’entreprise malade. Car derrière AppGratis se cache une structure embauchant pas moins de 45 personnes. En outre, iMediapp a reçu un important investissement du fonds Iris Capital (Orange et Publicis) à hauteur de 10 millions d’euros en janvier dernier. Une application et un investissement français mis en péril par la décision radicale d’une entreprise américaine.

La ministre a indiqué avoir « conscience que cette situation crée un malaise très profond au sein de cette société. La brutalité avec laquelle AppGratis a été déréférencée est difficile à qualifier ». Elle pointe sévèrement du doigt la décision « unilatérale » capable de provoquer « l’effondrement » d’un modèle économique. À ceux qui auraient mis en avant le fait qu’AppGratis n’aurait pas existé sans l’App Store lui-même, la ministre aborde le « besoin impératif de prévisibilité » des entreprises qui développent une activité sur une plateforme telle que celle d’Apple.

« Le sujet c’est la neutralité » 

« Je comprends que la société Apple a procédé au déréférencement extrêmement brutal et unilatéral de l’application AppGratis, sans aucun préavis, avec une brutalité qui parait difficile à qualifier et qui met donc en péril la situation financière et humaine de l’entreprise » poursuit la ministre. Mais alors que l’on aurait pu s’attendre à un commentaire sur les raisons succinctes avancées par Apple, elle fait l’impasse : « Je ne reviens pas sur les raisons qui ont conduit Apple à déréférencer l’application de son magasin, ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est la neutralité ».

Mais quelle neutralité ? La ministre aborde bien entendu « celle des réseaux », mais s’interroge ensuite : « On peut légitimement se poser la question de savoir si elle ne devrait pas s’envisager plus largement, c’est-à-dire si elle ne devrait pas être étendue à ces plateformes, dont certaines ont des positions de marché très confortables […] et qui en font donc parfois des acteurs incontournables ». Des positions qui ne permettent pas, selon la ministre, d’avoir des comportements « assez peu compatibles avec le principe de neutralité ». Elle reconnaîtra peu après qu’il s’agit ici d’un cas « qui s’éloigne un peu de la définition originale de la neutralité ».

L’économie et la politique intimement liées

Fleur Pellerin s’est particulièrement inquiétée de la « pérennité des investissements et des efforts des PME françaises ». Et de rappeler que les Français sont les deuxièmes producteurs d’applications au monde derrière les États-Unis. L’affaire, qui vient de prendre un tour politique avec l’implication de la ministre, y plonge définitivement : « En lien avec Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances, je souhaite que les services de Bercy puissent étudier les moyens de droit, de régulation pour défendre les intérêts des entreprises françaises qui sont pénalisées par de telles décisions ».

La ministre basculera ensuite dans un rôle de médiatrice : « Aujourd’hui, ce que je souhaite dans le cas particulier d’AppGratis, c’est qu’Apple puisse renouer le dialogue, pour trouver les moyens techniques de rétablir la situation antérieure. Il y a forcément des solutions à examiner le silence de cette entreprise ». Des propos qui font écho bien sûr aux vœux de Simon Dawlat qui indiquait avant-hier chercher encore des explications complémentaires auprès d’Apple.

La ministre ne se sera au final pas exprimée sur les autres aspects de l’activité AppGratis. Le fonctionnement même de l’application bouscule en effet les classements opérés par l’App Store en devenant une source promotionnelle tierce. En outre, l’application est accusée de vendre des lots de téléchargements pour des sommes fixes. Un point sur lequel nous reviendrons dans une prochaine actualité.

Ceux qui souhaitent voir l'intervention de la ministre pourront la consulter chez nos confrères de Clubic.

Publiée le 11/04/2013 à 18:20
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

Soutenez nos journalistes

Le travail et l'indépendance de la rédaction dépendent avant tout du soutien de nos lecteurs.

Abonnez-vous
À partir de 0,99 €

Publicité


chargement
Chargement des commentaires...