[Édito] Sexisme chez les geeks/joueurs : aux médias de montrer l'exemple

Y'a du boulot 924

Ces derniers jours, un billet de la joueuse Mar_Lard a fait grand bruit. Titré « Sexisme chez les geeks : Pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier », ce billet a déchainé les passions, à l'instar de son coup de gueule sur Joystick et son article douteux sur Tomb Raider. Et pour avancer sur le sujet, les médias ont tout intérêt à montrer l'exemple.

Des agressions souvent faites en privé

Le très (très) long billet de Mar_Lard a fait grand bruit pour bien des raisons. D'un côté, les exemples de sexisme collectés ces dernières années sont édifiants et répugnants. De l'autre, le sujet traite en particulier du monde des jeux vidéo, alors que le titre parle des geeks, ce qui n'a pas été sans réaction. Mais peu importe que la forme de l'article gêne certains, que des généralités peuvent énerver, que le titre ne corresponde pas à la perfection au contenu (la définition du mot geek étant critiquable par ailleurs) ou que cela manque de pédagogie : la réalité est que les membres de sexe féminin dans les milieux des joueurs et geeks se prennent plus ou moins régulièrement des réflexions malvenues, déplacées voire carrément agressives, au point de pousser les femmes à fuir ou à se faire passer pour des hommes quand c'est possible. Ceci que ce soit sur un forum, un chat communautaire, dans un jeu multijoueur, des commentaires d'un site, etc. Cela ne se voit pas toujours, dès lors que ces messages déplacés et agressifs sont souvent envoyés en privé. Les autres hommes n'en ont ainsi pas forcément conscience, pensant leur communauté plus saine qu'elle ne l'est en réalité. La vidéo ci-dessus montre toutefois que cela peut aussi arriver en public.

Bien entendu, ces propos sexistes de certains membres (trollesques, humoristiques ou réellement pensés) ne sont pas propres aux milieux geeks et des joueurs, c'est évident. Cela s'applique en réalité à la société en général. Et la misandrie existe aussi bien entendu, bien que les proportions et les conséquences soient certainement incomparables, tout du moins dans le milieu high-tech. Mais ce n'est pas une raison pour rester les bras croisés pour autant. Des pistes pour améliorer la situation sont d'ailleurs données dans le billet original. Les principales solutions sont l'identification du problème (ne pas faire l'autruche), l'intervention systématique en cas d'agressions caractérisées, témoigner du soutien aux femmes agressées, avoir des règles strictes dans les communautés (forums, etc.) et ne pas hésiter à utiliser les outils mis à disposition (signalement, etc.).

Les médias ont aussi un rôle

L'une de ces pistes aborde aussi les médias. « Avoir un recul critique sur vos médias préférés est une preuve d’amour : relever les contenus sexistes, racistes, etc. n’est pas une trahison mais une volonté d’amélioration. Vous êtes les consommateurs, les clients de ces industries créatrices : exigez des contenus de qualité. Vous n’achèteriez pas un comic mal imprimé, un jeu vidéo bourré de bugs… mais les mêmes truffés de contenus nauséabonds, sans problème ? Exprimez-vous, discutez les contenus problématiques sur les réseaux sociaux, sur votre blog… Il y a plus de façons de se faire entendre que jamais auparavant, profitez-en pour contribuer à l’amélioration de vos médias. Il n’y a pas de mal à apprécier des contenus problématiques, mais il est redoutable de nier leurs défauts. Faites comprendre aux créateurs que vous attendez mieux de leur part…et si vous vous sentez, votez avec votre argent. »

Dans cette optique, Gameblog, visé par le billet (comme la plupart des médias de jeux vidéo), a immédiatement réagi. Grégory Szriftgiser (RaHaN), l'un des fondateurs du site, a ainsi fait la judicieuse remarque via son compte Twitter : « 1e étape, donc : reconnaître qu'on fait partie du problème. » Effectivement, si tout le monde peut améliorer la situation (les consommateurs, les lecteurs, les développeurs, les internautes, les modérateurs, les administrateurs, les forumeurs, etc.), les médias ont bien évidemment aussi leur part.

Après tout, les médias high-tech et de jeux vidéo sont tout aussi victimes que coupables de cette situation. D'un côté, n'est-ce pas les médias qui n'hésitent pas à faire une sélection des plus belles babes des salons, ou qui ne posent jamais ou presque de questions sur le traitement des femmes dans les jeux vidéo ou les publicités ? De l'autre, les médias geeks se plaignent régulièrement de n'être lus que par des hommes, les coupant ainsi d'une forte audience et donc de revenus non négligeables. Les médias geeks, même "neutres" d'un point de vue rédactionnel, sont ainsi souvent plus masculins qu'un journal volontairement tourné vers les hommes ; belle ironie. Un cercle vicieux dès lors que ces mêmes médias ont des difficultés à trouver des journalistes femmes, enfermant ainsi d'autant plus le milieu dans sa sphère blindée de testostérones.

Quelles solutions appliquer dans les médias ?

Si les médias high-tech ne peuvent pousser les femmes à se rendre en masse sur leurs sites ou leurs magazines, ils peuvent au moins déjà s'attacher à ne pas les faire fuir et à ne pas les forcer à se cacher comme si elles étaient dans des zones de guerre. Plusieurs solutions pourraient être mises en place :

  • Arrêter de relayer tous les contenus rabaissant de façon explicite les femmes, des publicités (photos) aux slogans douteux, en passant par les babes des salons et les jeux vidéo volontairement sexistes. Cela aura aussi pour impact de forcer les publicitaires, les organisateurs de salons et les éditeurs de jeux vidéo à revoir leurs politiques vis-à-vis des femmes, mais aussi des hommes. Cela leur fera ainsi peut-être prendre conscience que leur cible (les hommes généralement) ne pense pas qu'avec son sexe, et qu'elle a donc aussi un cerveau accessoirement.
     
  • Avoir une modération des commentaires plus dure sur tout ce qui porte aux insultes sexistes (contre les femmes, contre les homosexuels, etc.), même quand ces insultes peuvent paraître anodines et ne suscitent aucune réaction. Le but ici est de lutter contre une banalisation des commentaires.
     
  • Traiter avec égalité l'apport des femmes dans l'informatique et les jeux vidéo, sans le minimiser donc, mais aussi sans l'exagérer. Le but est ainsi d'être neutre sur le sujet et non pas de promouvoir abusivement leur influence.
     
  • Décrire de la même façon (neutre) les femmes du milieu comme nous le faisons pour les hommes. Après tout, les descriptions physiques concernant un homme sont relativement rares, même si dans certains secteurs l'on ne se gêne pas de critiquer certaines caractéristiques (embonpoint, etc.) de quelques personnalités. Mais il est évident que certaines femmes, Jade Raymond dans le jeu vidéo par exemple, sont systématiquement ou presque décrites physiquement dès qu'il est fait mention de leur nom.
     
  • Tenter (quand c'est possible) d'intégrer des points de vue féminins dans les rédactions en recrutant des femmes journalistes. C'est bien entendu plus facile à dire qu'à faire, dès lors que pour une embauche on recevra 99 % CV d'hommes et 1 % CV de femmes et que seule la qualité prime. À moins d'appliquer volontairement une discrimination positive caractérisée, les chances sont donc très minces de voir la situation se transformer à court terme.

Quand bien même le sexisme dans certains milieux serait quasi nul, il n'en reste pas moins qu'en prendre conscience est fondamental et que tout le monde (hommes et femmes) doit agir et réagir sur ce sujet parfois tabou, quand il n'est pas nié par certains.

Publiée le 23/03/2013 à 10:10
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

Soutenez nos journalistes

Le travail et l'indépendance de la rédaction dépendent avant tout du soutien de nos lecteurs.

Abonnez-vous
À partir de 0,99 €

Publicité


chargement
Chargement des commentaires...