[Édito] Le marché de la musique va mieux, et si on remettait tout à plat ?

Soyons optimistes ou essayons de l'être 165

Les DRM, ce sont eux. La loi DADVSI, eux. Hadopi ? Eux aussi. Les représentants des ayants droit de la musique et les majors ont poussé depuis de nombreuses années à la mise en place de systèmes contraignants et à l’application de lois parfois troublantes, bien aidé par d’autres secteurs il est vrai (vidéos, logiciels, jeux vidéo, livres, etc.). Et si cette situation appartenait au passé ?

SNUT PV DADVSI

Une répression vraiment utile ?

Il n’y a pas si longtemps, acheter de la musique en ligne ne permettait pas d’en jouir totalement du fait des DRM. Et aujourd’hui encore, une personne partageant de la musique risque 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende, malgré l’Hadopi, ceci dans le cadre de la contrefaçon. Une peine ahurissante quand on sait qu’un homicide involontaire est puni au maximum de 3 ans de prison et de 45 000 euros d’amende, ou encore que des actes de cruautés envers un animal impliquent une peine inférieure.

Appliquées dans de nombreux pays dans le monde, notamment dans les pays développés, avec bien sûr des spécificités en fonction des territoires, ces lois et systèmes ont été mises en place du fait de l'écroulement du marché musical. Internet étant le bouc émissaire idéal, les lois ont donc particulièrement visé le réseau des réseaux. Mais bonne nouvelle, le secteur musical retrouve des couleurs. Les premiers signes positifs ont germé en 2011, ils ont été confirmés l'an passé, et ils le seront de nouveau en 2013. Bref, le marché de la musique stagne voire progresse désormais. Un évènement majeur, historique en quelque sorte. Un marché qui n'a plus connu pareille fête depuis près de dix ans.

Cette embellie a une raison bien simple : les ventes de singles (simples) sous format CD sont désormais quasi inexistantes et ne peuvent donc plus diminuer. Quant aux albums, toujours sous format CD, ils continuent de diminuer, mais à un rythme relativement limité. A contrario, la musique en ligne poursuit sa croissance, que ce soit du côté des téléchargements ou du streaming. Bref, désormais, le disque « piratage » qui tourne depuis 10 ans risque d'être un peu trop rayé, tout du moins pour le secteur musical, le marché de la vidéo étant en régression encore aujourd'hui.

L'argument du piratage bientôt passé de mode

Pour le marché de la musique, cette inversion de tendance est un évènement majeur dès lors que le téléchargement illégal ne pourra plus être pointé du doigt comme cause de tous les malheurs du monde. Il pourra toujours être critiqué pour réduire la croissance, mais son poids argumentaire sera inévitablement moindre que lors d'une chute continue du marché.

Cela signe-t-il pour autant la mort d'Hadopi par exemple ? Pas nécessairement, dès lors que certaines voix pourront toujours avancer que c'est grâce à l'Hadopi que le secteur a retrouvé des couleurs et que les offres légales progressent. Néanmoins, si l'Hadopi devait survivre encore quelques années, ce qui n'est pas certain (pour une raison économique avant tout), il serait judicieux aujourd'hui de réduire son volet répressif - inutile, dangereux, voire contre-productif - et au contraire d'appuyer la mise en avant des offres légales.

Le rapport Linkstorm de l'Hadopi publié cette semaine pointe d'ailleurs plusieurs points essentiels. Tout d'abord, les personnes qui téléchargent illégalement des films le font en grande partie pour une question de prix, mais aussi de choix et d'habitude. Mais surtout, rechercher du contenu légal sur les moteurs en ligne pointent parfois plus vers des sites illégaux que légaux. Une situation dramatique pour le marché légal, où l'illégal a non seulement toujours des atouts majeurs en sa faveur (disponibilité, qualité, prix bien sûr, etc.), mais qui plus est, il est aisément accessible en cherchant sur le web, ce qui n'est pas toujours le cas des offres légales, au référencement misérable.

Hadopi Linkstorm

Les raisons de ne pas acheter légalement des films sur la toile. 

Améliorer encore et encore l'offre légale

La marge d'amélioration des offres légales est donc encore élevée et le gouvernement, l'Hadopi et bien sûr les éditeurs ont tout intérêt à miser sur ce point. Si l'accès illégal et gratuit aux œuvres a logiquement toujours de l'avenir, surtout auprès des moins aisés, une offre légale complète et pratique ne pourra connaître que du succès. Si les services de streaming audio ont un nombre d'adeptes qui ne cesse de grimper partout dans le monde, c'est aussi parce que le catalogue est conséquent et que le service est simple à utiliser. Certes, les prix peuvent paraître élevés, mais certains sont prêts à payer, ce qui prouve que le tarif n'est pas le seul critère lié à l'accès illégal.

Ces des dernières années, les industriels ont perdu du temps et de l'énergie à verrouiller leurs œuvres culturelles dématérialisées, à faire de la pédagogie prenant souvent les internautes pour des enfants sans cervelle et parfois à punir bêtement et simplement le moindre téléchargement (aux USA notamment). Si les offres légales ont aussi été développées, fort heureusement, tous les sujets n'ont toujours pas été traités et certains services restent encore incomplets et peu pratiques. De plus, en voulant s'attaquer aux vilains téléchargeurs, les représentants des ayants droit s'en sont surtout pris à leur propre client, le monde n'étant pas divisé entre les anges acheteurs de Sofiane et Nabila et les diaboliques pirates téléchargeurs du Poussin Piou. Faire de la pédagogie, c'est avant tout gagner la confiance des potentiels clients.

Assainir un climat délétère

En surfant sur la bonne dynamique du moment, le secteur musical a donc tout intérêt à appuyer au maximum sur la pédale d'accélération des offres légales, afin de les rendre crédibles aux yeux d'un maximum de personnes. Pour cela, rien de mieux que de laisser tomber le bâton et de montrer une plus grosse carotte. L'intérêt de tous est ici en jeu. Les maisons de disques n'ont en effet aucun intérêt à passer pour des censeurs et les rois de l'influence politique, image qu'ils ont savamment façonnée ces dix dernières années. Quant aux internautes, ils ont tout à gagner à un assouplissement des lois, à une offre légale plus attrayante et à une plus grande consommation.


L'inversement de la tendance des résultats financiers du monde de la musique doit avoir pour vertu d'assainir un climat on ne peut plus délétère ces dernières années. De l'opposition et des conflits, pourquoi ne pourrions pas aboutir à une situation aujourd'hui plus équilibrée, plus raisonnable et plus sage ?

I have a dream. 

Publiée le 16/03/2013 à 09:42
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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