Hadopi : comment sont sélectionnés les films surveillés ?

Arnaqueur alpagué 65

Le jugement de Saint-Gaudens a consacré pour la première fois la condamnation d’un abonné pour le téléchargement d’un film. Appliquant la loi Hadopi, le tribunal de police lui a reproché de ne pas avoir su empêcher cette mise à disposition malgré plusieurs vagues d’avertissements. Les faits nous offrent l’occasion de revenir sur le traitement pré-Hadopi des films sur les réseaux P2P. Comment se fait la sélection des œuvres mise en surveillance ?

l'arnacoeur

Capture d'écran Google Images

Ce traitement est le fait de l’ALPA, l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle. Elle est l’une des cinq organisations d’ayants droit à avoir obtenu l’autorisation de repérer des IP automatiquement sur les réseaux P2P. Comme la SACEM, la SPPF, la SCPP ou la SDRM, elle est en contrat avec l’entreprise TMG pour effectuer cette collecte. Si la musique surveille 10 000 titres, côté ALPA c'est 100 films, séries et documentaires qui sont examinés.

60 films, dont tous les titres présents dans plus de 100 salles

Comment sont choisis les films mis en surveillance ? Selon un document interne déjà diffusé dans nos colonnes, l’ALPA choisit d’abord 60 titres sortis au cinéma ou en DVD. Pour les sélectionner, rien de plus simple. Tous les films distribués à plus de 100 copies en salle rentrent automatiquement dans la liste. L’attention se porte donc sur les blockbusters davantage que sur les films d’auteur à faible tirage… Et dans cette logique, les sorties toutes fraîches chassent les titres déjà exploités depuis plusieurs semaines. Voilà d’ailleurs pourquoi l’Arnacoeur avait été mis sous surveillance puisqu’il apparaissait à l'époque parmi les meilleures entrées.

Et pour les DVD ? De fait, « les films reviennent ensuite sur la liste 15 jours avant leur sortie en DVD ». Ces sorties sont souvent accompagnées d’une campagne publicitaire que l'ALPA veut donc protéger pénalement.


En 2011, l’ALPA précisait que si cette liste de 60 films peut paraître faible, « il faut savoir que les 50 films les plus téléchargés représentent 80 % des téléchargements et les 100 films les plus téléchargés 90 %. » Les films ne sont pas les seuls surveillés. Il y a environ 20 séries de télévision qui sont mises en attention par le couple ALPA-TMG. 

Précisons qu’outre les 60 films et les 20 séries, s’ajoutent 5 films de catalogue. Ce sont des titres à succès, mais anciens comme Danse avec les Loups. « C’est la seule catégorie où l’arbitraire dans le choix de l’ALPA est fort » reconnaissait l’organisation. Enfin « il y a 5 places pour les documentaires et les captations de spectacles vivants » et 5 œuvres dans une catégorie « divers ».

Résumons :

  • 60 films (dont tous les films sortis à plus de 100 copies et les films prochainement en DVD)
  • 20 séries télévisées
  • 5 films de catalogues (Danse avec les loups, etc.)
  • 5 documentaires
  • 5 spectacles vivants
  • 5 oeuvres diverses

La problématique de l'empreinte

En 2011, l’association se plaignait toutefois d’un manque de collaboration patent des chaînes de télévision. «Malheureusement les chaînes françaises ne coopèrent pas avec l’ALPA, à part Canal+, et les chaînes américaines ne donnent les finger print de leurs séries qu’à leur sortie en France, alors que le piratage se fait bien en amont, lors de la sortie aux États-Unis ». Pour pouvoir observer les fichiers, TMG doit en effet connaître l'empreinte de ces vidéos. C’est le seul moyen qui permet la récolte automatisée des 25 000 IP/jour.

Mais ces problèmes de jeunesse sont désormais révolus. « Nous étions en période de rodage, rappelle aujourd'hui  le délégué général de l'ALPA Frédéric Delacroix, maintenant le système d’empreinte tourne et tous les films dont nous disposons de l’empreinte ont vocation à rentrer dans la plateforme. » Tous les membres de l’ALPA fournissent ainsi les empreintes adéquates, même sur les contenus en VO.

Publiée le 23/02/2013 à 10:30
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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