Les facteurs bientôt tous équipés d'un smartphone, les syndicats mécontents

Avec une application pour faire fuir les chiens ? 313

La Poste s'est félicitée hier de généraliser à la France entière son système Facteo, à savoir un smartphone avec des applications dédiées aux facteurs. 90 000 facteurs seront concernés d'ici 2015, dont 10 000 dès cette année. Mais si selon La Poste, les avantages sont nombreux et évidents, pour les syndicats, Facteo est loin d'être un paradis.

« Faciliter la vie quotidienne des facteurs » 

Testé depuis l'an passé par environ 1000 facteurs dans certaines régions françaises (Île-de-France, Rhône Alpes, etc.), le Facteo va donc multiplier par dix son nombre d'usagers cette année, pour ensuite passer à 90 000 facteurs dans deux ans.


Mais Facteo est-il vraiment intéressant ? Tout dépend du point de vue. Prenez l'avis de La Poste. Pour la société française, ce smartphone armé d'un stylet va « faciliter la vie quotidienne des facteurs, » ceci grâce aux multiples usages que pourront en faire les employés. Ces derniers pourront bien sûr passer des coups de fil, envoyer et recevoir des SMS et des courriels, surfer sur le net, accéder aux actualités de La Poste et surtout, obtenir des informations sur leurs tournées de courriers (plans, codes, étages, etc.). Facteo permettra aussi la suppression des bordereaux, les clients signant sur le smartphone. Il pourra de plus lire les codes-barres des colis.

 
Pour La Poste, les avantages sont donc conséquents. D'autant que Facteo aidera le facteur à informer « auprès des collectivités locales à l'issue de visites au domicile de personnes pré-identifiées afin de s'assurer de leur bien-être, que le facteur ait ou non du courrier à distribuer à cette adresse », La Poste s'étant engagée à certains services de proximité.

« Cet outil est spécialement conçu pour le facteur et son métier, pour ses usages professionnels et personnels. Il permettra d'améliorer et faciliter la relation avec les clients en simplifiant les procédures et en proposant de nouveaux services » résume La Poste. Bref, les facteurs se mettent à la page. Néanmoins, les syndicats du groupe français ont un avis bien différent.

Chômage, fliquage et impôts supplémentaires 

Pour la CGT Seine et Marne, où des tests ont déjà eu lieu l'an passé, Facteo rime avant tout avec chômage. « La rédition des comptes par Bluetooth réduit fortement la charge de travail des cabinards. » Un avis partagé par Sud PTT 69 : « Vendu par nos directions comme un outil moderne et  sensé améliorer nos conditions de travail, ce téléphone et ses multiples applications (GPS, plans des tournées, accès internet…) permettront surtout à la Poste de supprimer encore plus d’emplois. »


Mais l'emploi n'est qu'un des griefs pointés du doigt par les syndicats. Ces derniers estiment par exemple que la généralisation du smartphone permettra de surveiller d'un peu trop près chaque facteur. « En plus d’être joignable 24h/24h par son chef, le facteur pourra être fliqué à distance. Son itinéraire et son temps de parcours pourront être chronométrés à la seconde près grâce au système de géolocalisation intégré au smartphone. Niveau confidentialité, la Poste pourra avoir connaissance de tous vos appels et de votre historique de navigation internet » a notamment résumé Sud PPT. La Poste a toutefois répondu à cet argument en affirmant que l'activation de la géocalisation sera prise uniquement par le facteur lui-même.


Ce n'est cependant pas tout. La CGT FAPT 77 a dénoncé en octobre dernier un article de la « Charte d’utilisation des Smartphones dans le cadre du projet FACTEO » précisant que « l’attribution et l’usage d’un Smartphone FACTEO constituent un avantage en nature. L’avantage en nature déterminé par l’usage du Smartphone FACTEO est calculé annuellement sur la base forfaitaire de 10% de son coût d’achat TTC, auquel s’ajoute 10% du coût annuel de l’abonnement TTC. » En somme, cet outil de travail obligatoire sera à comptabiliser dans les impôts des facteurs. « C’est tout simplement scandaleux ! » pour le syndicat.

Publiée le 12/02/2013 à 08:32
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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