[MàJ] « Après deux ans de labs Hadopi, c’est fini »

Labs de crocodile 46

Mise à jour : Éric Walter nous indique par téléphone que le coût des labs pour 2011 a été « proche du demi-million d’euros. Le coût 2012 a lui subi de fortes restrictions, mais je n’ai pas de montant pour l’instant ». Quid de la masse salariale ? « En 2011, il y avait autour de cinq salariés, deux en 2012 » évalue-t-il. Quant à l’avenir des contrats, « rien n’est encore décidé. La délibération a été votée hier, cette question doit passer par des comités techniques ». Le secrétaire général de la Hadopi nous l’assure : « on a rogné sur tous les postes budgétaires, toutes les dépenses sont passées au rabot ». Cependant impossible d'avoir le montant exact du budget 2013... La délibération consacrant la fin des Labs vient d'être diffusée à l'instant.

C’est Turblog aka Spyou ou Bruno Spiquel qui le révèle sur son site ce matin. Celui qui avait été nommé « expert associé » au sein de ces entités, rémunéré sur le budget de la haute autorité, l'annonce : les labs Hadopi, c'est fini.

labs hadopi fin délibération

En substance, « cette décision s’inscrit, à l’issue d’un bilan de l’activité des Labs, dans un contexte institutionnel et budgétaire global contraint » lui a indiqué la Hadopi qui n’aura donc pas attendu la fin de la mission Lescure pour prendre cette décision de fermeture.

« Après deux ans à louvoyer entre la rigidité de nos amis qui ont des droits et l’élasticité des internets, après deux ans à me faire traiter d’hérétique d’un côté et de vendu de l’autre, après deux ans à juger sur pièce que l’administration française est un puits sans fond d’où il ne sort jamais rien, même si on tente d’y jeter plein de choses, après deux ans à expliquer à qui voulait bien l’entendre comment fonctionne internet, comment pensent les nouvelles générations, comment l’outil prend de l’importance au point d’être, pour certains, une fin en soi. Une fin classieuse, il faut bien l’avouer. J’ai déjà été « non reconduit » dans quelques missions, mais on ne me l’avait jamais annoncé par email sans même un coup de fil avant. Y’a un début à tout ».

La Hadopi n'est pas à son premier abandon puisqu'elle a déjà laissé tomber sa mission sur les spécificités fonctionnelles du logiciel de sécurisation. Quant à celle sur le filtrage, elle a fait pschittt comme l'a reconnu la Rue de Texel dans son dernier rapport annuel.

Nous attendons des détails de la Hadopi sur cette décision, notamment sur son périmètre exact. Ces « labs » étaient des entités sans aucune existence juridique, avec pour seule légitimité celle que veut bien leur accorder la seule Hadopi. Outre la partie prospective, l’intérêt de ces labs pour la Hadopi était d’accueillir sous son toit ceux qui contestaient le dispositif. On ne compte plus les messages sur Twitter où elle les invitait à venir rejoindre ses murs sous des appellations diverses, dont celle « d’observateurs ». Pour notre part, nous avions refusé sans l’espace d’une hésitation d’y entrer.

Il était logique d'arrêter les Labs

Les cinq labs (Économie numérique de la création, Internet et sociétés, Propriété intellectuelle et internet, Réseaux et techniques, Usages en ligne) étaient cependant une pépinière qui pouvait être utile en théorie…. Sous réserve de corriger les problèmes de gouvernance. « Il aurait été dommage de ne pas les continuer en 2012, il est logique d’arrêter en 2013 » nous confie un proche du dossier.

2 000 euros par mois versé aux experts pilotes, sans oublier la mobilisation de salariés embauchés à la Hadopi, un chargé de mission par Labs et des coordinateurs transversaux, eux aussi salariés. Une question : que va faire la Hadopi des contrats qui devaient s’arrêter en 2013 ? Les renouveller pour un temps moindre que les trois ans ? Ou les transformer en CDI ? Mais cette hypothèse serait un parti trop optimiste quant à l’avenir de la Hadopi.

Selon nos informations, la fin des labs fait suite à la décision du collège votée en décembre. « Compte tenu du contexte, cela n’a rien d’anormal qu’une institution dont l’avenir même est en question ne reconduise pas un système qui devait être relancé chaque année pour un an » nous confie un membre de la Hadopi.

Publiée le 21/12/2012 à 10:53
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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