Mort de Surcouf : « on est les premiers d'une grande série »

Article interdit aux suicidaires 145

La nouvelle est officielle depuis mercredi : Surcouf est entrée en liquidation judiciaire. Afin de faire le point, nous avons contacté Emmanuel De Souza, délégué syndical CFDT au Surcouf de Bordeaux Mérignac.

Un manque de communication de la direction

Créée en 1992 à Paris avec un seul et unique magasin, Surcouf s'est ensuite étendue à travers le pays. Rachetée par Pinault-Printemps-Redoute (PPR) en 2000, puis revendue en 2009 à Youg's, son actuel propriétaire, la société va donc définitivement quitter le paysage français d'ici ces prochaines semaines. Le Tribunal de Lille a ordonné la poursuite de l'activité jusqu'au 30 novembre 2012. Ensuite, sauf miracle, Surcouf disparaîtra de la carte.


Pour Emmanuel De Souza, délégué syndical CFDT chez Surcouf, cette situation est l'épilogue de plusieurs années difficiles pour les employés, et en particulier l'année 2012. Il faut dire que depuis le mois de février dernier, la communication des dirigeants de Surcouf est particulièrement réduite. Le délégué syndical nous parle ainsi de « quatre ou cinq communications » en neuf mois, alors qu'entre temps, la société a mis un plan de cession de magasins et s'est mise en vente à un éventuel repreneur, qui n'a jamais vu le jour.

Les employés sont fixés

Selon le syndicaliste et employé de Surcouf, cette annonce de la liquidation de leur société est bien entendu un coup sur la tête, et en même temps une sorte de soulagement. En effet, il était « important pour les employés d'avoir une date butoir » nous a-t-il confié, alors que le manque de communication de la direction impliquait un grand nombre de questions pour les employés. Dorénavant, ils savent à quoi s'en tenir, quand bien même la nouvelle est mauvaise.

Les « employés sont sereins » rajoute De Souza. Ils ont « besoin de tourner la page ». Et si Pôle emploi se profile à très court terme pour les 378 salariés de la société, la fin du calvaire de ces dernières années est aussi un soulagement. Il faut dire que Surcouf connait des difficultés depuis 2005 et l'explosion des ventes par Internet.

« Une politique sociale néfaste »

Depuis, la société a donc été revendue à Youg's, des magasins ont fermé leur porte, et depuis 2010/2011, « un nouveau système de rémunération a été mis en place, loin d'être à l'avantage des salariés ». De quoi « démoraliser les employés ». Pour Emmanuel De Souza, présent chez Surcouf depuis douze longues années, son entreprise a de façon évidente été « mal gérée » ces dernières années, avec des « dépenses inutiles » (tel le transfert du siège de Paris à Lille), ceci en sus d'une « politique sociale néfaste », le nouveau plan de rémunération en étant le meilleur exemple.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Le pouvoir est dorénavant entre les mains du liquidateur judiciaire. Pour l'instant, les syndicats et les employés n'ont « pas eu le planning du liquidateur judiciaire », mais nous devrions en savoir plus d'ici la fin de la semaine prochaine. Toutefois, rien n'assure pour l'instant que tous les magasins resteront ouverts jusqu'au 30 novembre prochain. « Il est possible que certains magasins ferment avant » note le syndicaliste de la CFDT, ceci selon les décisions du liquidateur.

« La bataille est déjà perdue »

Bien entendu, « les syndicats vont tenter de négocier avec le liquidateur judiciaire », mais pour la CFDT, « la bataille est déjà perdue ». En effet, au regard de la situation financière de Surcouf, il sera bien difficile d'obtenir plus que le minimum légal. Un Plan de Sauvegarde de l'Emploi sera donc mis en place.

Trois réunions du Comité Central d'Entreprise (CCE) sont prévues d'ici ces prochaines semaines. Mais le pessimisme est de mise. Seule bonne nouvelle d'après De Souza, « la plupart des employés ont une trentaine d'années », ils sont donc jeunes et ils devraient vite rebondir, même si la période actuelle du marché du travail ne prête pas à un élan d'optimisme.

« On est les premiers d'une grande série » 

Enfin, le syndicaliste s'est montré particulièrement alarmiste pour tout le secteur des boutiques spécialisées similaires à Surcouf. Selon lui, « internet a fait énormément de mal » du fait des changements de comportement des consommateurs. « Dans un avenir proche, d'autres grandes enseignes pourraient nous suivre. On est les premiers d'une grande série » prévoit-il. 

Concernant la lettre assassine des syndicats envers Hugues Mulliez, l'actuel patron de Surcouf, De Souza nous précise qu'elle a été envoyée à Arnaud Montebourg et à la direction mi-septembre. Aucune réponse n'a été reçue.

Publiée le 12/10/2012 à 17:21
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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