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[Édito] Édito : Internet, cette caverne d'Ali Baba pour tous les secteurs en crise

C'est comme le Loto, mais avec plus de chances

Le milieu du journalisme est bien difficile. D'un côté, les revenus publicitaires sont loin d'atteindre des niveaux strastophériques en ce moment, de l'autre, les lecteurs ont de moins en moins envie de payer pour des informations qu'ils estiment pouvoir obtenir gratuitement ailleurs. En somme, c'est la crise, et ces dernières années en France, quand un secteur souffre, sa vache à lait libératrice est toute trouvée : Internet.

 

Cette semaine, les principaux évènements sur PCINpact ont été le lancement de l'iPhone 5, le premier Hadopisé condamné, l'ouverture de l'IDF ou encore nos actualités internes (futurs concours et recrutement d'un développeur). Mais cette semaine a aussi été marquée par les réactions des industriels et de Google suite à la publication la semaine dernière d'un projet de certains journaux français visant notamment à taxer les liens des moteurs de recherches et des agrégateurs d'actualités, à l'instar de l'Allemagne. Et le débat a tout pour durer encore des semaines voire des mois, d'autant que l'idée d'une telle taxe existe déjà depuis au moins 2010.

 

Mais pourquoi la presse s'attaque-t-elle à Google (principalement) alors que ce dernier leur apporte un nombre de visiteurs non négligeable ? Il faut avant tout analyser quels sont les différents modèles financiers adoptés par la presse pour essayer de comprendre ce qui paraît insensé :

 

Le modèle classique : vous le connaissez tous. Il s'agit du duo publicité plus coût du journal (à l'unité ou par abonnement). Ce modèle existe aussi sur le web, avec du semi-gratuit semi-payant chez certains quotidiens. La presse papier gratuite, elle, se contente de la publicité. La dépendance aux ventes est donc importante, notamment afin de mieux vendre les publicités. Faire des Unes accrocheuses permet ainsi de tirer de solides revenus, et cela concerne tout aussi bien la presse people que des journaux sponsorisés par des milliardaires ou disposant du monopole sur le sport.

 

Le modèle Canard Enchainé : disponible exclusivement sous format papier - le Canard a bien un site web, mais aucune information n'y est publiée - l'hebdomadaire satirique a pour autre principale caractéristique de ne diffuser aucune publicité. En somme, le Canard est totalement dépendant de ses ventes et donc de ses lecteurs. Autant dire qu'il s'agit d'un cas rare en France dans la presse papier, même si d'autres existent sur Internet (Arrêt sur Images, Mediapart, etc.). Pour la plupart des organes de presse, ce modèle est cependant bien difficile à copier tant il demande une fidélité importante des lecteurs.

 

Le modèle Owni : encore plus rare que le point ci-dessus, le modèle d'Owni a dans un premier temps consisté à publier du contenu sans aucun but lucratif direct. La société était auparavant sponsorisée par 22mars, une société spécialisée en design, en développement et en conseils en stratégie éditoriale, Owni est totalement gratuit et ne diffuse aucune publicité. Depuis un certain temps, 22Mars est devenu une boîte de logiciel et s'est complètement dissociée d'Owni. Ce dernier vit désormais de la vente de son contenu éditorial et de ses travaux de data journalism.

 

Le modèle web des pure-players : les sites d'information créés à partir de rien et exclusivement sur le web sont pour la plupart gratuits et se basent donc soit sur la publicité pour vivre, soit sur les abonnements (voir plus haut). Certains sites, dont votre serviteur, exploitent aussi d'autres sources de financement, les comparateurs de prix par exemple.


Le modèle sponsorisé : très utilisé par les blogueurs, plus ou moins officiellement, ce modèle est parfois malheureusement exploité par certains de nos confrères, quasi systématiquement sans l'afficher ouvertement. Ce modèle, parfois appelé aussi publireportage, consiste tout simplement à se faire payer (en nature assez souvent) en échange de la publication d'un article très positif envers le produit (ou un pays ou un lieu). Nous ne donnerons pas de noms, mais cela concerne tout aussi bien des organes de presse bien connus que des petits acteurs, parfois concurrents de PCINpact.

 

Mais ces modèles ont parfois leurs limites et ne suffisent pas à dégager un bilan économique positif. Certains licencient, d'autres ferment leurs portes ou abandonnent le papier pour le web (avant de couler), etc. Ce qui n'aide pas à améliorer le contenu de la presse, avec des charges de travail supplémentaires du fait du sous-effectif et des pressions toujours plus grandes sur les épaules des journalistes. Non seulement cela n'améliore pas la santé desdits journalistes, mais cela peut surtout impacter leur travail, et par conséquent la qualité de ce dernier. En somme, le poisson se mord la queue et moins il y a de journalistes, plus leur qualité de travail se dégrade, moins les ventes risquent de suivre, et avec les finances.

Pour remédier à ces problèmes et surtout réaliser des économies, certains grands groupes ont décidé d'exploiter les articles des journalistes sur plusieurs supports différents, bien aidés par certaines dispositions de la loi Hadopi par ailleurs. Mais le multi-support a ses limites financières, et cela n'aide en rien à la variété du contenu et à l'emploi.

 

La presse française semble donc se retrouver face à un cul-de-sac. Dos au mur, sans possibilité d'augmenter ses tarifs au risque de faire fuir plus de lecteurs encore et incapables de se remettre en question, certains journaux ont donc eu l'idée lumineuse de vouloir faire payer les charognards de moteurs de recherche et des agrégateurs d'actualités. Après tout, d'autres secteurs (suivez mon regard) réussissent bien parfois à tirer de l'argent d'autres secteurs parfois très éloignés. Alors pourquoi pas eux ? Après tout, qui ne tente rien n'a rien, et qui sait, peut-être qu'à force de lobbying, une petite loi pourrait résoudre le problème.

 

Reste à espérer que si une telle idée venait vraiment à être mise en place, que toutes les entreprises de presse ne subiront pas un boycott (légitime) des moteurs de recherche et des agrégateurs...

Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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Publiée le 15/09/2012 à 09:18

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Il y a 83 commentaires

Avatar de Winderly INpactien
Winderly Le samedi 15 septembre 2012 à 09:27:06
Inscrit le vendredi 19 mai 06 - 8283 commentaires
strastophériques


le poisson se mort la queue


Je savais pas pour france soir.
Avatar de typhoon006 INpactien
typhoon006 Le samedi 15 septembre 2012 à 09:31:29
Inscrit le jeudi 12 mai 05 - 24235 commentaires
Le modèle sponsorisé


Me pose la question pour HFR qui appartient à LDLC.
T'as des infos sur eux ?

Avatar de Yzokras INpactien
Yzokras Le samedi 15 septembre 2012 à 09:55:49
Inscrit le jeudi 31 juillet 08 - 794 commentaires
C'est qui le "suivez mon regard" ?
Avatar de dieudivin INpactien
dieudivin Le samedi 15 septembre 2012 à 10:00:06
Inscrit le samedi 25 août 07 - 649 commentaires
suivez mon regard

Est ce qu'on parlerait, par hasard, des "compensations" de certains droits sur des GPS par exemple pour alimenter un secteur "en crise" qui un bien l'un des seuls a encore faire progresser si grassement ses marges mais que c'est même pas vrai tant qu'il y aura des vilains marins sur les mers des Caraïbes ?
Avatar de Liquid_Brain INpactien
Liquid_Brain Le samedi 15 septembre 2012 à 10:02:34
Inscrit le mardi 5 octobre 10 - 129 commentaires
Faire des Unes accrocheuses permet ainsi de tirer de solides revenus, et cela concerne tout aussi bien la presse people que des journaux sponsorisés par des milliardaires ou disposant du monopole sur le sport.



Scud sur Libé et L’Équipe finement placé.

Il y a 83 commentaires

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