Laurent Joffrin dénonce le « vide juridique » qui présiderait Internet

J'offre un Hoax 162

Le directeur de la publication du Nouvel Obs, Laurent Joffrin, vient de lancer un coup de gueule contre la diffusion de fausses informations sur Internet, par mail notamment. D'après lui, « les accusations les plus folles, protégées par le vide juridique qui préside au fonctionnement de la Toile, peuvent circuler librement ». Or Internet n'est pas forcément la zone de non-droit décrite par le journaliste... Bien au contraire.

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« Les adversaires de toute régulation d’Internet devraient - parfois - réfléchir aux implications de leur allergie à toute application à la toile des règles professionnelles ou des lois en vigueur dans les autres médias » avertit Laurent Joffrin, directeur de la publication du Nouvel Observateur, dans une tribune publiée sur le site de l'hebdomadaire. Le journaliste regrette en effet qu’un faux texte concernant la Commission de rénovation et de déontologie présidée par Lionel Jospin ait circulé ces dernières semaines sur Internet. D’après lui « le texte accuse - sans aucune source - ses membres de percevoir des rémunérations extravagantes (plus de 100.000 euros pour certains). [Le texte] conclut par ces mots : "La commission va coûter au contribuable 2.444.000 euros sans compter les frais annexes. Faites passer le message, il faut faire le travail que la presse refuse de faire" ». On trouve d’ailleurs encore facilement sur Internet des blogs reprenant ces allégations.

 

« Or tout est faux dans ces accusations, écrit Laurent Joffrin. Les membres de la commission travailleront à titre gratuit, les personnes consultées aussi (comme il est de tradition dans ce type d’exercice) ». Le directeur du Nouvel Obs lance alors son coup de gueule : « de boîte e-mail en boîte e-mail, le texte circule sans que personne ne puisse s’y opposer et sans que les vraies informations sur le sujet, publiées par la presse sérieuse, ne soient jamais prises en compte. Pourquoi ? Parce qu’il est très difficile d’engager des poursuites en diffamation contre un texte anonyme, parce que ceux qui le font circuler n’encourent aucune sanction et surtout, parce que par un étrange renversement, une partie du public considère que ce qui circule anonymement sur le Net est plus fiable que les informations publiques et vérifiées publiées dans les journaux ou sur les sites des organes d’information qui ont pignon sur rue ».

 

Il poursuit son plaidoyer quelques lignes plus loin : « Ainsi les accusations les plus folles, protégées par le vide juridique qui préside au fonctionnement de la Toile, peuvent circuler librement, détruisant les réputations, accréditant les visions les plus complotistes de l’Histoire, faisant, en tout état de cause, le jeu des extrêmes et des adversaires de la démocratie. »

Le Net loin de la zone de non-droit décrite par Joffrin

Même si le coup de gueule lancé par Laurent Joffrin peut paraître légitime, certaines de ses affirmations demeurent discutables. En effet, contrairement à ce qu’il prétend, « les accusations les plus folles » ne sont pas forcément protégées par un vide juridique propre à Internet.

 

Il existe en effet un régime de responsabilité en ligne, qui vise par exemple les diffamations et injures proférés dans les espaces ouverts aux internautes (commentaires, etc.), lequel a d’ailleurs été révisé à l’occasion de la loi Hadopi. Comme nous l’expliquait le juriste Lionel Thoumyre en novembre 2009, celui qui est responsable d'un forum est désormais « tenu pour responsable d’un contenu simplement illicite dont il a eu connaissance et qu’il n’a pas retiré. Cela veut dire qu’il [doit] supprimer des contenus injurieux ou diffamatoires. Et s’il ne le fait pas, le juge [peut le condamner] ».

 

En ce qui concerne les échanges par mail, ils ne relèvent pas d'un « vide juridique », mais tout simplement de la correspondance privée, au même titre que des lettres traditionnelles. 

Par Xavier Berne Publiée le 28/08/2012 à 08:15
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