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Le père du Web s’inquiète lui aussi de l’état des libertés sur Internet

De Londres à Lyon

Deux jours après le co-fondateur de Google Sergey Brin, c’est Tim Berners-Lee, le principal inventeur du World Wide Web, qui vient de faire part de ses inquiétudes s’agissant de l’état des libertés sur Internet. Dans plusieurs interviews dont une accordée au Guardian ou à la conférence WWW 2012 du W3C à Lyon, il s’en est notamment pris aux tentatives gouvernementales de contrôler et surveiller le Web.

 tim berners-lee
Crédits: "Tim Berners-Lee"/LMarino, Flickr.

Une tendance de nos démocraties à verrouiller le Web

Alors que le Royaume-Uni voit de nombreuses voix se lever depuis quelques semaines contre un projet de loi envisageant d’autoriser la surveillance des communications des citoyens britanniques (courriers électroniques, échanges sur les réseaux sociaux, appels téléphoniques,...), Tim Berners-Lee s’est dit très préoccupé par toutes ces tentatives gouvernementales ayant pour objet de « contrôler ou espionner le Web » dans nos démocraties.

Le père du Web s’en est particulièrement pris au projet britannique: « cette idée que nous devrions régulièrement enregistrer des informations sur les gens est évidemment très dangereuse ». Pour lui, cette extension des pouvoirs de surveillance du Royaume-Uni mènerait à une « destruction des droits de l'homme » ainsi qu’à la création d’une « énorme quantité d'informations personnelles très vulnérables au vol ou à la divulgation par des fonctionnaires corrompus ». Tim Berners-Lee conclut clairement : « la seule chose importante à faire est d’arrêter ce projet de loi tel qu’il se présente dans sa forme actuelle ».

Outre le projet britannique, c’est le Cyber Intelligence Sharing and Protection Act (CISPA) qui est pointé du doigt par Tim Berners-Lee. Pour rappel, ce projet de loi, qui doit être voté la semaine du 23 avril prochain au Congrès américain, autorise le gouvernement des États-Unis à accéder à de nombreuses données personnelles au nom de la prévention d’éventuelles cyberattaques.

Le père du Web a déclaré que CISPA menaçait « les droits du peuple américain, mais aussi ceux du monde entier, dans la mesure où ce qui se passe aux États-Unis tend à concerner le reste du monde ». Il a ajouté : « même si les projets de lois SOPA et PIPA ont été arrêtés par de fortes mobilisations, il est stupéfiant de voir la vitesse à laquelle le gouvernement américain est revenu avec une nouvelle mais différente menace pour les droits de ses citoyens ».

La stigmatisation du Web au téléchargement illégal

Tout comme Sergey Brin, le co-fondateur de Google, Tim Berners-Lee s’est montré très acerbe à l’égard des industries du divertissement, et plus particulièrement s’agissant des maisons de disques.

Comme le rapporte Wired.uk.co, l’inventeur du Web a déclaré lors de la conférence du W3C le 18 avril 2012 à Lyon que « les maisons de disques ont une voix qui porte lorsqu’il s'agit de discuter de leur propre modèle d’affaires, alors que celui-ci est en réalité périmé ». En référence à ces projets soutenus par les industriels du divertissement, tels SOPA ou ACTA, il a alors ajouté : « le résultat est que des lois ont été créées, faisant comme si le seul problème sur l'Internet était que des adolescents volent de la musique. Le monde est plus grand que ça. L'Internet est plus grand que l'industrie de la musique. L'impact économique de l'internet est plus grand que celui de l'industrie de la musique ».

Surtout, il a déploré que ces projets mènent à ce que les associations d’ayants droit puissent « s’affranchir de la règle selon laquelle quelqu'un doit être puni seulement d’après les procédures judiciaires appropriées ». Tim Berners-Lee n’en demeure pas moins favorable aux offres légales en ligne, considérant qu’il devrait y avoir plus de « moyens de rémunérer les créateurs ». Il a toutefois précisé que « ces systèmes ne doivent pas forcément être créés par les grandes maisons de disques ». En clair, il en appelle plutôt à court-circuiter ces grands acteurs de l’industrie musicale, par exemple en finançant directement les artistes via des blogs.

Les données personnelles au coeur de nombreux enjeux

Tim Berners-Lee constate: « mon ordinateur dispose d'une compréhension approfondie de ma forme physique, de mon alimentation, des endroits où je me trouve. Mon téléphone comprend en étant dans ma poche les efforts physiques que j’ai pratiqués et combien de marches j’ai grimpées, etc. ». Cela lui permet d'affirmer au Guardian qu' « exploiter ces données pourrait fournir des services extrêmement utiles aux personnes, mais seulement si leurs ordinateurs avaient accès aux données personnelles détenues à leur sujet par les géants du web ».

Il y a quelques années, Tim Berners-Lee s’était alarmé de la montée des réseaux sociaux tels que Facebook. Il a ainsi réaffirmé : « l'une des problématiques liées aux réseaux sociaux "silos", c'est qu'ils aient mes données tandis que je ne les ai pas ». Il a toutefois relevé que les géants de l’internet commençaient à céder du terrain face aux pressions des utilisateurs demandant à récupérer leurs données plus facilement, s’appuyant sur les exemples de Facebook et Google. Il en appelle alors les utilisateurs à demander leurs données à Facebook et Google, dans la mesure où celles-ci pourraient conduire à une ère nouvelle de services informatiques hautement personnalisés, ayant « un potentiel énorme pour aider l'humanité ».

Pour l’inventeur du Web, la situation de ces entreprises ayant des positions « extrêmement dominantes ou monopolistiques » demeure préoccupante, mais il reste optimiste dans la mesure où « la plus grande capacité des petites entreprises à innover » signifie qu'il est peu probable que les géants actuels du Web puissent « maintenir leur domination indéfiniment ». Il cite ainsi l’exemple des critiques formulées à l’encontre du monopole dont disposait le navigateur Netscape, et dont le support a finalement cessé depuis 2008. De ces expériences, il affirme: « les choses peuvent changer très rapidement ».

Contre le verrouillage des programmes

Le promoteur de « l’internet ouvert » s’est également inquiété du nombre de programmes propriétaires et plus particulièrement s’agissant de ceux liés aux smartphones. Tim Berners-Lee a ainsi affirmé au Guardian: « une des choses que j'aime à propos de mon ordinateur, c'est de pouvoir écrire un programme, en télécharger un puis l'exécuter. C'est quelque chose d’important pour moi, et c'est aussi quelque chose important pour tout l'avenir de l'Internet... de toute évidence, une plate-forme fermée est un frein sérieux à l'innovation ».

Tim Berners-Lee regrette ainsi l’augmentation du nombre de systèmes mobiles fermés et de ces programmes développés uniquement pour un système d’exploitation de smartphone. Comme le relatent nos confrères de Business Mobile, il s’est d’ailleurs déclaré favorable à l’élaboration d’applications web utilisant le HTML5 : « si vous utilisez HTML5, vous n'avez pas besoin de réécrire une application pour chaque système ». Ce langage présente selon lui l’avantage de l’interopérabilité, puisque ces standards sont exécutables depuis tous les systèmes d’exploitation.
Xavier Berne

Journaliste, spécialisé dans les thématiques juridiques et politiques.

Publiée le 19/04/2012 à 10:35

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Il y a 25 commentaires

Avatar de wagaf INpactien
wagaf Le jeudi 19 avril 2012 à 10:56:46
Inscrit le lundi 15 mai 06 - 1774 commentaires
Oui en fait sa vision est similaire à celle de Sergey Brin.

Malheureusement ça ne suffira pas à empêcher CISPA et d'autres lois du même genre vu la mollesse de l'opinion sur ces sujets, même dans les milieux geeks (par ex. les gens préfèrent attaquer Brin plutôt que d'écouter son message). Le soutien de Facebook à CISPA est révélateur: l'impact de ce soutien sur leur image est pour l'instant proche de zéro.
Avatar de zaknaster INpactien
zaknaster Le jeudi 19 avril 2012 à 11:08:22
Inscrit le lundi 26 avril 10 - 2831 commentaires
Oui en fait sa vision est similaire à celle de Sergey Brin.

Malheureusement ça ne suffira pas à empêcher CISPA et d'autres lois du même genre vu la mollesse de l'opinion sur ces sujets, même dans les milieux geeks (par ex. les gens préfèrent attaquer Brin plutôt que d'écouter son message). Le soutien de Facebook à CISPA est révélateur: l'impact de ce soutien sur leur image est pour l'instant proche de zéro.

+10
Avatar de Spezetois INpactien
Spezetois Le jeudi 19 avril 2012 à 11:09:08
Inscrit le jeudi 19 janvier 12 - 596 commentaires
Oui en fait sa vision est similaire à celle de Sergey Brin.

Malheureusement ça ne suffira pas à empêcher CISPA et d'autres lois du même genre vu la mollesse de l'opinion sur ces sujets, même dans les milieux geeks (par ex. les gens préfèrent attaquer Brin plutôt que d'écouter son message). Le soutien de Facebook à CISPA est révélateur: l'impact de ce soutien sur leur image est pour l'instant proche de zéro.


+1

Les gens n'en ont rien à foutre et quand tous ces pseudo-citoyens se réveilleront dans 10 ans, ils ne pourront plus poster leurs photos FB sans avoir un contrôle au c*l.
Avatar de Commentaire_supprime INpactien
Commentaire_supprime Le jeudi 19 avril 2012 à 11:15:42
Inscrit le vendredi 31 octobre 08 - 27155 commentaires
Merci à monsieur Berners-Lee de nous rappeler quelques évidences.

Et j'ai bien aimé son passage sur les OS de smartphone, et sa notion de réseaux sociaux "silos" à propos des données personnelles.

Et après, ne dites pas que vous n'aurez pas été prévenus si vous alimentez des systèmes de surveillance globale. Avec le risque fort d'être repéré et suspect d'office justement parce que vous n'y êtes pas !

Il n'y a pas de big brother, seulement des millions de tiny brothers qui alimentent de leur plein gré, et en pleine inconscience, le système de contrôle social global qui va se retourner contre eux un jour ou l'autre... Pierre Bourdieu parlait de la participation des aliénés à leur aliénation, on y est en plein !
Avatar de IAmNotANumber INpactien
IAmNotANumber Le jeudi 19 avril 2012 à 11:16:15
Inscrit le vendredi 22 octobre 10 - 2036 commentaires
Oui en fait sa vision est similaire à celle de Sergey Brin.


Sauf que là on peu difficilement lui faire reproche d'avoir la moindre arrière-pensée. L'impartialité de Brin est contestable, ps celle de Berners-Lee.

A part ça, intelligence à l'état brut - et lucidité aussi, ce qui n'est pas rassurant.

Quant à FB, rien de surprenant .

Il y a 25 commentaires

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