Interview de Hervé Rony (SNEP)

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p.1 - Interview du SNEP
snep Le Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP) vient tout juste de publier les résultats du marché de la musique en France pour les 9 premiers mois de l'année 2007. Hervé Rony, directeur général du SNEP a accepté de répondre à nos questions sur l’état de ce marché et la situation du piratage.

Dans cette longue interview, il revient sur l’approche radar, la création d’une autorité indépendante qui pourrait être chargée de ces questions, de la problématique des libertés individuelles, du filtrage protocolaire, sans oublier la mission Olivennes.

Le SNEP est une association interprofessionnelle qui défend les intérêts de l'industrie française du disque. On retrouve sur ses bancs toutes les principales majors, d’Universal à SonyBMG en passant par des éditeurs plus confidentiels.


PC INpact - Le marché de gros de la musique a enregistré une baisse de 20,5% sur les 9 premiers mois 2006. Les ventes physiques tombent de -22,2% à 409,3 millions d’euros et les ventes numériques +8%, mais à seulement 34,6 millions. À quoi ou qui attribuez-vous cet état de fait ?

Hervé Rony - À qualité de production égale, on l’explique comme on le fait depuis plusieurs années : l’accès gratuit, le P2P et le fait que les gens abandonnent l’idée de payer de la musique.

C’est le problème numéro un auquel on a à faire. Après on peut discuter du bien-fondé du P2P, de la situation actuelle, de la stratégie… Mais le problème considérable est ce phénomène à caractère social présent chez de nombreux consommateurs et selon lequel il n’est plus légitime de payer de la musique.

Donc la question du prix du disque…

Cette question est pervertie par le débat faussé entre gratuité et paiement. Le prix du disque à 13 ou 14 euros n’est pas excessif pour un bien que vous conservez toute votre vie et dont l’essentiel du coût ne correspond pas à ses frais techniques, mais à tout ce qu’il y a dedans.

On peut faire des efforts de prix : il y a eu une baisse du prix des albums de 20%, il y a des offres illimitées, etc., et il y a eu une progression de 45% des téléchargements, mais on voit bien qu’on n’arrive pas du tout à créer un effet de bascule.

La difficulté majeure est celle de ces Français qui disent « pourquoi j’irai acheter de la musique ? » Je lisais encore voilà peu le commentaire de cet internaute qui réagissait dans un commentaire, disant en substance « j’ai 25 ans, je suis ingénieur, j’ai un pouvoir d’achat, je n’achète plus de disques, plus de musique, je préfère acheter autre chose ». Cette personne a donc de l’argent, mais préfère acheter autre chose puisque la musique est gratuite !

Comment appréciez-vous les offres initiées par Deezer ou Neuf (catalogue Universal) voire celle de Radiohead consistant à vendre directement aux internautes, selon le prix de leur choix ?


Ce sont des formules très différentes les unes des autres. C’est bien qu’une maison de disque et un FAI se consacrent à faire du business ensemble. C’est une étape intéressante, on doit sortir de la guerre de tranchées avec les FAI, à supposer qu’ils acceptent de contribuer et prendre leur part à la lutte contre les téléchargements illégaux. L’histoire de Deezer est intéressante aussi et le site a signé avec Sony BMG, la Sacem, etc. Quant à Radiohead, le groupe cherchait une maison de disque, actuellement il n’en n’a pas…et je ne sais même pas où ils en sont financièrement.

Je suis assez pragmatique : il ne faut avoir peur de rien, il ne faut pas que l’industrie se réfugie dans des craintes. On n’a pas peur des nouvelles technologies : il n’y a pas de craintes à avoir sur des business modèles. On saura en développer, d’autres sauront en développer avec nous, il y a une multitude de solutions marketing. Est-ce qu’on passe alors d’une offre très simple – une mono exploitation de l’enregistrement où on achète un disque dans un magasin – à une multi exploitation ? Je pense que oui.

C’est l’intérêt du numérique. On peut s’adresser aux amateurs de musiques baroques ou aux fans d’artistes populaires d’une façon radicalement différentes. Tout cela, c’est une richesse et il y a actuellement une dynamique de l’industrie pour expérimenter ces modèles.
par Marc Rees Publiée le 09/11/2007 à 17:06