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Interview de Hervé Rony (SNEP)

Marc Rees le 09 novembre 2007
On arrive aujourd’hui à un marché de la musique qui se radicalise. Pour paraphraser Belmondo, des acteurs deviennent flics quand le public est taxé de voyou. On ne retrouve plus le lien passionnel qui unissait ces deux bords. Comment faire pour rétablir cette confiance mutuelle ?

Si j’avais la réponse, je serais un homme heureux. C’est très compliqué. On assume, un certain divorce entre une partie du public et nous. Il ne faut pas être dupe d’une certaine rupture qui s’incarne sur les forums et les blogs entre l’industrie du disque et un certain nombre d’internautes.

En même temps je ne vois pas ce que représentent ces gens-là, qui ils sont. Il y a un effet amplificateur qu’internet exprime très bien et qui en même temps est très troublant. Si je me souviens bien lors des débats de la DADVSI, les anti-DRM, vous les mettiez sur Internet et on avait l’impression que la France était à feu et à sang. Ils ont été faire une manifestation devant le Sénat, ils étaient 350. Voilà. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas les écouter, mais on doit relativiser le problème.

Dans la masse des gens, il ne faut pas surdramatiser la situation. Tout le monde regarde son nombril dans les forums, mais c’est quelques milliers de personnes, pas plus. Quand on a fait notre forum de discussion (FaceFace), j‘étais frappé : une fois que vous aviez eu 250 ou 300 internautes qui s’exprimaient de la même façon que sur les autres forums, je me suis dit : on a les 300 militants de base qui de toute façon, quoi qu’on fasse, attaqueront l’industrie du disque.

emule

Maintenant il faut retrouver un lien avec les amateurs de musique. La meilleure solution, je ne suis pas le maître aux fenêtres, est de multiplier les offres légales. Les gens vont s’habituer.

Je crois aussi qu’il y a une génération perdue, et une génération qu’on peut récupérer.
Une partie de la population un peu plus âgée continue à acheter des disques, et est indifférente à ces débats-là. Vous avez une population qui, elle, a pris de plein fouet l’arrivée du P2P, s’en est nourri et du coup ne veut même pas imaginer possible d’acheter de la musique. Mais, vous avez en même temps une nouvelle génération qui arrive, un peu intermédiaire : elle découvre la musique, avec ses offres légales et illégales. Ce qu’il faut, c’est qu’on améliore les offres légales de manière à ce que ces jeunes publics – des enfants de 8 ou 10 ans qui auront bientôt 15 ou 16 ans – trouvent assez naturel que FNAC.Com ou Deezer existe et qu’eMule n’a plus la même modernité, le même côté excitant qu’il avait pour la génération d’avant. Il est possible de retrouver un lien avec le consommateur, mais peut-être, je ne devrais pas le dire, il y a une génération perdue.

Cet affrontement était aussi un peu inévitable : on ne peut pas trouver des consensus en permanence, il y a eu un affrontement à un moment donné quand nous nous sommes sentis agressés un matin, où nous avons découvert qu’on prenait nos œuvres sur internet. Un certain fossé s’est créé en France comme ailleurs. C’est dommage, car on parle moins d’artistiques et moins de création.

Merci Hervé Rony.