Le compte à rebours de la chronologie des médias

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Défi #1 : encourager la VoD par abonnement

La fenêtre S-VoD ne peut pas rester à 3 ans après la sortie en salle

Tandis que le streaming illimité est LE modèle économique d’avenir pour le marché de la vidéo à la demande, il n’en est qu’à ses balbutiements en France. La faute notamment à une chronologie des médias qui interdit de proposer du cinéma en ligne par abonnement durant 36 mois après la sortie en salles. 

Pour les plateformes de VoD, la première fenêtre de diffusion (achat et location) demeure courte, suivie d’une longue fenêtre durant laquelle le film est uniquement disponible sur les chaînes TV. La deuxième fenêtre VoD (par abonnement) n’intervient donc que longtemps après, au bout de 36 mois : 3 ans !

La fenêtre d’exclusivité Canal doit être assouplie

Les films les plus récents, qui représentent pourtant la grande majorité des consommations en ligne, sont disponibles 4 voire 6 mois après leur sortie cinéma, uniquement à l’achat ou en location. Ensuite, quelques mois après, ces films disparaissent des plateformes VoD durant la fenêtre de diffusion TV. Et ils ne réapparaissent qu’au bout de 36 mois dans les offres de VoD par abonnement. Les nouveautés ne peuvent donc être proposées dans les offres de streaming illimité qu’au bout de 3 ans !

Du coup, certains acteurs tentent de contourner les exclusivités des chaînes payantes pour la VoD. Par exemple, le DuoPass de VideoFutur, cumule des offres de VoD en location ou à l’achat, et de location de DVD. A la différence de la VoD, les films distribués en DVD ne sont en effet pas retirés des bacs durant la fenêtre de diffusion TV. Mais face à un Netflix, une telle offre ne tient pas la route.

L’arrivée de la télévision connectée bouscule la chaîne de valeur

Le service à la demande américain compte ainsi depuis 2011 plus d’abonnés que la chaîne du câble Comcast aux US. Une progression qui s’explique par une offre dématérialisée de films extrêmement riche, simple et multiplateforme. Il a ainsi été le premier, depuis 2006, à offrir la location de films à la demande en streaming à un prix assez bas, pour 7,99 dollars par mois sans engagement de durée, parmi un large catalogue. L’arrivée prochaine de Netflix en Europe précipite donc le lancement d’offres de S-VoD, en France notamment.

Et il est urgent que les acteurs français occupent le terrain, d’autant que sinon, il risque fort d’être conquis par de nouveaux acteurs comme Google TV, Apple TV, Hulu ou Netflix qui déferleront grâce à la télévision connectée.

Celle-ci va vous permettre d’allier les plaisirs. Depuis le petit écran, vous pourrez accéder aux contenus stockés sur votre ordinateur, votre iPhone, votre tablette connectée. En même temps, vous pourrez naviguer sur le Web tout en regardant un programme diffusé sur l’écran de télé, et accéder aux différents services Internet, tels que Yahoo!, Amazon, eBay, Facebook, Twitter, YouTube, CanalPlay, Netflix.

cinéma

Les dérogations doivent être revues pour les films non financés par des chaînes

Une protection très forte de Canal+ a été consentie et apparaît légitime puisqu’il s’agit d’un acteur incontournable dans le financement de la production des films en France.

Mais quand la fenêtre Canal s’ouvre, les fermetures de fenêtre VoD peuvent sembler quelque peu étonnantes : un film qui n’a pas reçu de préachat par une chaîne de TV se voit tout de même imposer un délai de 36 mois avant de pouvoir être proposé en S-VoD ; une hérésie en matière de financement des œuvres. A partir du moment où il y a une fenêtre qui n’est pas exploitée, il faudrait pouvoir avancer toutes les autres. Cela rendrait l’exploitation des films beaucoup plus fluide. Une augmentation des obligations de préfinancement des films de la part des plateformes pourrait ainsi se négocier en contrepartie de ces assouplissements. Mais rien n’est moins sûr puisque le modèle de Canal serait alors menacé.

Le rapport Hubac préconise donc une révision de la chronologie des médias pour permettre aux ayants droit, en cohérence avec le décret SMAD(3), d’autoriser l’exploitation de leurs œuvres non financées par des chaînes en S-VoD 22 mois après leur sortie en salles, voire dès le 10e mois pour tous les films ne faisant pas l’objet d’une exploitation en exclusivité par les chaînes de télévision des fenêtres concernées.

Toujours est-il que dans un marché global fortement compétitif, où la capacité d’innovation s’avère primordiale, la France est emblématique de la difficulté pour les pays européens de rester concurrentiels.

(3) Décret qui a transposé en droit national la directive européenne dite SMA et a mis notamment en place des seuils de déclenchement concernant la contribution des SMAD (services de médias audiovisuels à la demande) au financement audiovisuel et cinématographique, français et européen
par Sophie Boudet-Dalbin Publiée le 15/05/2012 à 09:22