Le compte à rebours de la chronologie des médias

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Objectif et mission

Objectif : amortir les films sur les différents modes d’exploitation et territoires

L’exploitation cinématographique repose sur une double logique de segmentation chronologique et territoriale, instaurée en France par le décret d’application du 4 janvier 1983 de la loi sur la communication audiovisuelle.

Les producteurs, distributeurs et exploitants ne sont pas libres de fixer les dates comme ils l’entendent entre la sortie en salles et la diffusion à la TV, en DVD ou en vidéo à la demande (VoD). A noter qu’un film qui n’est pas diffusé en salles n’est pas encadré par la chronologie des médias.

Mission : protéger les salles de cinéma face à l’arrivée de la TV

C'est avec la télévision que l'idée d'une chronologie des médias émerge. Il s’agit de protéger les salles de cinéma dont la fréquentation connaît une baisse constante à mesure que les ménages s'équipent de postes récepteurs TV.

C’est tout l’équilibre de la filière qui est remis en cause. Avant l’arrivée du petit écran, les distributeurs cinéma jouaient un rôle crucial dans le financement de la production : la recette des exploitants de salles était la base principale sur laquelle la rentabilisation et le financement des films s’effectuaient. Mais face à leur désengagement, largement dû à la chute de la fréquentation des salles, d’autres acteurs prennent le relai.

À partir des années 80, les diffuseurs ont donc été mobilisés pour contribuer au financement de la production cinématographique, tout particulièrement les chaînes de télévision, Canal+ devenant même le premier guichet du cinéma français.

Les montages financiers des films s’inscrivent alors dans un processus de quasi-institutionnalisation par lequel les différents investisseurs conditionnent leurs apports aux engagements des autres partenaires. La chronologie des médias vient définir l'ordre et les délais dans lesquels les diverses exploitations d'une œuvre cinématographique peuvent intervenir après la sortie en salles.

En fait, il s’agit de maximiser les revenus sur les différents médias

La chronologie des médias est en fait une décision marketing. Il s’agit de maximiser les revenus sur les différents médias : la salle, le DVD, la VoD, la TV. Des fenêtres de diffusion des films sont donc définies. Elles établissent des délais précis entre les différents modes de diffusion d’un film. Tout cela afin d’obtenir une exploitation optimale en rassemblant le plus d’audience possible sur chacun des médias.

On est passé sur une logique de préfinancement. En échange d’une partie des droits d’exploitation et de fenêtres d’exclusivité, les risques artistiques et financiers sont mutualisés entre les divers acteurs économiques.

chronologie des médias

Concrètement, après sa sortie en salles, où il reste de moins en moins longtemps, plusieurs vies attendent un film. Quelques mois plus tard, il revient en DVD dans le commerce en même temps qu’en VoD. Au bout d’un an, Canal+ a le droit de le diffuser, puis c’est au tour des chaînes du câble et du satellite ainsi que, plus tard, des hertziennes. Autant d’étapes qui sont censées constituer des sources de revenus.

Avec une chronologie des médias beaucoup plus souple, la consommation des films aux États-Unis apparaît un peu moins lésée. Outre-Atlantique, le système résulte d’accords contractuels entre producteurs et distributeurs selon des objectifs commerciaux. Une chronologie basée sur des accords contractuels laisse ainsi plus de liberté pour l’expérimentation. Le cadre européen s’est donc peu à peu détourné d’une approche strictement réglementaire, afin de favoriser les solutions contractuelles.
par Sophie Boudet-Dalbin Publiée le 15/05/2012 à 09:22