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La lutte contre la cybercriminalité au Fort de Rosny-sous-Bois

Marc Rees le 26 janvier 2013

Dans le Fort de Rosny-Sous-Bois, nous avons pu rencontrer différentes équipes spécialisées contre certaines formes de criminalité. Première d’entre elle, le RAMI, le département de Répression des Atteintes aux Mineurs sur Internet qui prend en charge notamment la pédopornographie.

Cyberpatrouille vs pédopornographie

L’une de ses caractéristiques ? Les membres de ce département ont la possibilité de mener des cyberpatrouilles, qui les autorisent donc à agir sous pseudonyme ou fausse identité. Ils peuvent se faire passer pour des mineurs en ligne ou des majeurs « dans un cadre bien légal ». De compétence nationale « on est habilité à tout faire de A à Z » jusqu’à l’interpellation, nous explique l’un de ses membres (qui refuse d’être pris en photo, par sécurité). Des objectifs ambitieux, mais des moyens très modestes avec seulement neuf gendarmes en poste… Ils sont cependant épaulés par des sections de recherche locales, formées à la cyberinfiltration durant un stage de cinq jours à Rosny. Ils sont une cinquantaine en France, y compris les neuf gendarmes de la section RAMI, qualifiés « N-Tech ». Des services équivalents existent au sein de la police nationale.

 

Lors des cyberinfiltrations, ces gendarmes peuvent donc agir sous pseudo aux fins de constater des atteintes aux mineurs sur Internet. Contrainte forte : ils ne peuvent pas provoquer ces infractions. L’usage de ces pseudo conduit parfois à des situations cocasses où un gendarme discute sans le savoir avec un policier… Un service centralise les pseudo déclarés, histoire d’éviter ce genre d’incidents ou d’y passer trop de temps.

 

cybercriminalité

« En dix minutes, j'en ai un qui se mastrurbe »

Les forces de l’ordre travaillent sur des profils préétablis. Celui d’un majeur pédophile ou d’un mineur par exemple. Puis ils se connectent. « Si je m’appelle Isabelle et que j’ai 12 ans, en dix minutes, j’en ai un qui se masturbe devant l’écran… » L’ordinateur utilisé est spécialement préparé, anonymisé, « histoire de ne pas se faire repérer… »

 

L’IP est précieuse, mais sa quête parfois épineuse. Quand l’interlocuteur utilise des masques, comme un VPN, les gendarmes sont obligés de travailler par d’autres voies. « On cherche autre chose, on essaye de gagner sa confiance… » Histoire d’exploiter la brèche, s’y faufiler… mais toujours sans provoquer l’infraction.

 

Les gendarmes travaillent en binôme systématiquement. « C’est le genre d’action où on peut avoir tendance à vouloir aller assez vite pour accrocher quelqu’un. Justement, il faut qu’on laisse venir, sans rentre-dedans ». Les équipes travaillent en heure décalée. « Internet à 14h, cela marche moins bien que le soir ». Et il faut penser à des détails évidents. « On est des mineurs, il faut jouer sur le fait que des parents sont là. » Avec des contraintes. « On n’utilise évidemment pas de webcam, moi déguisée en fille, cela ne passerait pas… » nous dit ce gendarme avoisinant le mètre quatre-vingt, avec un petit rictus. Les gendarmes sont obligés de jouer avec la confiance des pédophiles, qui ont plus ou moins le sentiment d’être à l’abri, chez eux, derrière leur écran.

Surveillance du P2P, des réseaux sociaux, etc.

Le département scrute également les réseaux P2P. « Le groupe d’investigation fait de la veille semi-automatique. On lance un logiciel qui va scanner les réseaux P2P, en général eMule, eDonkey, avec des mots clefs. Le lendemain matin, ce logiciel revient avec des adresses IP de personnes qui ont téléchargé des fichiers pédos. Fichier pédos, c’est le titre, cela ne veut pas dire toujours qu’il s’agit d’un tel fichier ! Il faut ensuite vérifier ». À cette fin, ils récupèrent des éléments de preuves. C’est « une comparaison automatique sans redistribution puisqu’on ne peut évidemment pas diffuser. Nous avons un petit logiciel (développé par des Scandinaves, NDLR) qui ne fait aucune diffusion », et qui, assure-t-on, ne se voit pas et est totalement transparent… S’en suit alors un procès-verbal, selon le contenu effectif, premiers pas de la procédure.

 

Dans la pièce de ce service, on peut voir deux ordinateurs saisis récemment. « Lors de la perquisition, dès qu’on a trouvé ce qu’on cherche, pour nous c’est bon. Même si on trouve dix images et qu’il y en a 500. » Après saisie vient le temps de l’analyse des informations stockées.

 

« Quand vous travaillez toutes la journée sur de telles photos… La matière est assez délicate. » Pour gérer la manipulation de ces contenus pédos, les membres du RAMI profitent d’un soutien psychologique. « On a deux visites annuelles programmées obligatoirement, ou à la demande si cela ne va pas ».

 

Pour l’analyse des photos, une base de données est alimentée avec tous ces contenus. Gérée par le centre national d’analyse des images pédopornographiques, elle fonctionne avec l’empreinte numérique des fichiers. Les gendarmes peuvent travailler avec des mécanismes de reconnaissance de visage. « Ça marche, mais pas tout le temps. On ne peut pas trop compter dessus ». Lorsque les gendarmes ont le doute sur l’âge d’une personne, 16 ou 18 ans, ils la classent automatiquement dans la catégorie mineure. Les enquêteurs recherchent aussi les éléments d’arrières plans pour tenter de deviner la localisation, des indices, raccrocher ce contenu à une série et faire remonter aux autorités nationales compétentes à l’étranger par exemple. Sur les vidéos, les accents des intervenants serviront aussi dans ce travail de fourmi réalisé sur ces contenus odieux.

 

Sur les réseaux sociaux, les gendarmes reconnaissent qu’il est rapide de faire fermer une page Facebook qui contient ce type de contenus. La présence d’un représentant en France facilite évidemment les démarches. « Mais avoir l’identification d’une personne (adresse IP, NDLR) est un peu plus compliqué » puisqu’il faut alors passer par les États-Unis.

 

Le direct download de contenus pédopornos accessible via Google par exemple ne se rencontre pas. « Mais sur TOR, on trouve bien des sites dédiés… ».

« On n'a pas beaucoup de contact avec la Russie »

À l’international, les sources les plus importantes de contenus pédopornographiques sont souvent dans les pays de l’Est avec lesquels la collaboration n’est pas simple… « On n’a pas beaucoup de contact avec la Russie… » regrettent-ils. Les gendarmes travaillent évidemment aussi avec Interpol vis-à-vis des FAI, l’identification des IP est très rapide. « Je dirai une heure, deux heures et si c’est urgent des procédures permettent d’obtenir l’information encore plus rapidement », via le Guichet Unique Téléphonie et Internet (GUTI). Les gendarmes le concèdent ; il n’est pas évident, si ce n’est presque impossible de remonter aux producteurs initiaux de ces contenus.

 

Une cinquantaine de personnes sont condamnées chaque année. L’infraction est caractérisée « à partir du moment où ils montrent ou nous donnent des photos, nous font des propositions, nous donnent rendez-vous, etc. ». Outre des moyens d’une faible envergure, leur activité est encadrée par la politique pénale des parquets qui réclament un minimum d’images avant de lancer la machine judiciaire. « À Paris, trois images, ce n’est même pas la peine, ils ne suivent pas. En Corrèze, une demi-image suffit » caricature, à peine, notre interlocuteur.