Dans les coulisses d'un label indépendant

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Société
Entrée en coulisses

Aujourd’hui, lorsque l’on parle d’industrie musicale, l’on pense avant tout aux grandes majors et aux opérations financières qui les accompagnent, un peu à l’image du récent rachat d’EMI par Universal Music. Pourtant, les labels indépendants conservent encore leur place au sein de la filière musicale, en proie à une sérieuse crise structurelle depuis maintenant près d’une décennie. Mais, en 2013, que signifie être un label indépendant ?

 

label musique concert

 

Pour répondre à cette question, le responsable du label indépendant Talitres, Sean Bouchard, nous a ouvert ses portes. Ce nom ne vous est d’ailleurs peut-être pas totalement inconnu, puisqu’en juin dernier, nous l’avions déjà évoqué dans nos colonnes, en raison de sa lettre ouverte à destination de « Poule Mouillée », en référence au pseudonyme utilisé par un internaute ayant publié un lien de téléchargement direct vers l’album d’un des groupes qu’il produit. Nous ne reviendrons d’ailleurs pas sur les sempiternelles questions du piratage et du téléchargement.

 

talitres

Chaque année, Talitres édite entre 5 et 9 nouveaux albums - rythme variable en fonction de l’actualité de ses artistes, des nouvelles découvertes... et aussi de sa trésorerie. Le label se focalise avant tout sur des artistes en développement : « Permettre à un artiste d’émerger, lui offrir une exposition médiatique et commerciale en France comme à l’étranger, l’encadrer dans ses choix artistiques et stratégiques demeure une grande partie de notre travail, explique ainsi Sean Bouchard. C’est un travail de fond, parfois payant, parfois financièrement catastrophique, mais toujours humainement enrichissant ».

 

Mais depuis la création de Talitres en 2000, Sean Bouchard a dû diversifier les fonctions du label. À la production d’album s’ajoutent désormais de nombreuses activités : spectacle vivant, activités éditoriales, merchandising... La structure juridique de l’organisation a elle aussi évolué en conséquence. D’un statut associatif, le label est devenu SARL.

 

PC INpact vous propose ainsi un dossier complet afin de découvrir les coulisses d’un label indépendant, savoir ce que gagne ce type de structure, et quelles sont ses activités. Le sociologue Gérôme Guibert, spécialiste des musiques actuelles, nous a par ailleurs accordé une interview (en page 5) afin de mieux appréhender ces acteurs de la filière musicale.

Quelle répartition sur le prix d’un CD ?

Première question intéressante que nous avons souhaité poser à Sean Bouchard : lorsqu’un CD est vendu, quelle somme d’argent revient habituellement à chacun des différents intermédiaires ?

 

répartition cd album talitres

 

Sur un CD au prix de vente de 16 euros, il faut tout d’abord enlever les 19,6 % de TVA - soit 2,62 euros qui partent dans les caisses de l’État. Ensuite, explique Sean Bouchard, 3,38 euros environ vont généralement à l’intermédiaire qui vend le disque (FNAC, Virgin Megastore,...). Le distributeur, en charge d’acheminer tous les albums dans ces magasins, prend la plus grande commission : 4 euros en moyenne.

 

Il faut ensuite soustraire le prix de fabrication du disque (le pressage), de l’ordre d’un euro environ, ainsi que les droits de reproduction mécanique à verser à la SACEM, d’un montant de un euro également. Viennent alors les artistes, qui sont rémunérés différemment en fonction du contrat qui les lie au label. Sean Bouchard estime à 2 euros en moyenne la somme qui revient aux auteurs de l’œuvre. Reste enfin le label, qui touche quant à lui près de 2 euros sur chaque album vendu, soit 12,5 % de ce qu’a versé le client lorsqu’il a acheté son CD.

 

Afin de mieux se faire une idée, il faut rapporter ces proportions aux nombres d’albums vendus chaque année par Talitres. « C’est de l’ordre de 2 500 albums physiques par nouvelle sortie en moyenne en France », confie Sean Bouchard. À cela s’ajoutent les ventes en Europe et à l’international, ainsi que les ventes après concerts. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, il s’avère que les CD sortis il y a plusieurs années continuent de se vendre, et représentent même 20 % des ventes annuelles du label. « L’avantage qu’on a à l’heure actuelle c’est qu’on a assez peu de références qui sont en totale dormance : on arrive toujours à vendre les anciennes références ».

Et sur le prix d’un album numérique vendu sur iTunes ?

Cette répartition n’est toutefois pas du tout la même lorsque les titres des artistes produits par Sean Bouchard sont vendus sous forme numérique, par exemple sur iTunes. Ce sont finalement le label et l’artiste qui empochent la plus grande part du gâteau avec près d’un quart de la somme (2,16 euros) versée par le consommateur. iTunes n’est cependant pas bien loin derrière, avec 2,11 euros de conservés sur 8,99 euros payés par le client. La plateforme musicale reverse néanmoins des droits à la SACEM, de l’ordre de 80 centimes environ pour cet exemple. 

 

répartition itunes album talitres

 

La vente de musique enregistrée constitue peut-être le coeur des activités de Talitres, mais ce ne sont pas ses seules sources de revenus...

Publiée le 05/01/2013 à 11:53