Vista : l'histoire de la remise à zéro (2/2)

Petite guerre civile chez le géant du logiciel 185

La crise de Longhorn a commencé tandis que les concurrents commençaient à proposer des fonctions dont Bill Gates souhaitait qu’elles fassent partie intégrante du prochain Windows. La situation a commencé à devenir difficile quand Google Desktop et SpotLight sont apparus, reprenant le concept annoncé de WinFS. Le fond était différent, mais il s’agissait d’infliger un camouflet public à Microsoft. L’opération a été une réussite.

Microsoft, prisonnier d’une structure et d’une organisation bureaucratiques, ne pouvait que réagir mollement. Le pire pour Jim Allchin restait sans doute la culture associée au développement du monde PC. La plupart des sociétés ont été embrigadées dans un rythme visant à proposer un maximum de fonctions dans le temps le plus court. Les problèmes engendrés par une telle philosophie étaient multiples : un nombre important de bugs, et donc de patchs, et l’impossibilité d’ajouter des fonctions avec le nombre croissant de patchs car on ne pouvait plus prévoir les effets d’une modification.

Dans un tel contexte, le démarrage du projet Longhorn dans cette manière traditionnelle de développement ne pouvait contenter Jim Allchin qui détestait ce qu’il appelait lui-même la culture « fast and loose ». Comment imaginer travailler de cette manière quand plus de 4000 ingénieurs devaient assembler leur code et tester ensuite la version qui en résultait ? La tâche était titanesque et relevait du grotesque : la moindre erreur demandait un temps incroyablement long pour être localisée.

De son côté, Allchin avait tout de même commencé à préparer sa petite révolution, notamment en appelant à l’aide fin 2003 deux hommes, Brian Valentine, un vétéran de l’équipe travaillant sur Windows, et Amitabh Srivastava, un puriste parmi les informaticiens qui ne travaillait même pas pour Microsoft. Et pendant que les trois réfléchissaient à ce que le projet Longhorn devait être, la tempête soufflait à l’extérieur car les concurrents se déchaînaient. En avril 2004, Google lance Gmail qui entre en concurrence directe avec MSN Hotmail, et la Fondation Mozilla fait parler d’elle avec les premiers faits d’armes de Firefox. Le temps presse.

Valentine et Srivastava  travaillent sur une nouvelle philosophie de conception et de développement et finissent par arriver à la même conclusion. Ils en réfèrent donc à leur chef Jim Allchin et lui exposent leur idée : Windows doit être éclaté en composants librement interconnectables. L’idée tranche radicalement avec ce qui se fait chez Microsoft depuis le début et d’ailleurs, dans un premier temps, déplait fortement à Bill Gates, qui n’avait pas imaginé que le système provoquerait autant de remue-ménage. Eclater le système en composants pour que ces composants puissent faire l’objet de mini projets séparés articulés autour d’un axe commun, accélérer le développement, dynamiser les échanges, repenser entièrement la conception d’un système d’exploitation : le projet est vaste.

Bill Gates souhaite que le projet retourne à son état initial. Allchin et Valentine, qui présentent le nouveau plan, insistent. Il est finalement décidé d’attendre le retour de Steve Ballmer, à ce moment là en déplacement. Les quelques semaines qui suivent montrent un Bill Gates plutôt mécontent de l’évolution des évènements, mais Srivastava motive les troupes en profitant de la volonté générale de faire bouger les choses.

abracadabra,Longhorn apparait....Pour autant, les développeurs n’étaient pas tous unanimes, car s’ils voulaient que le projet soit entièrement repensé, les outils et les méthodes étaient également à repenser et cela signifiait une montagne de changements en perspective. En octobre 2004, Srivastava et son équipe avaient commencé à automatiser le processus de test, entre autres choses qu’il fallait revoir pour accélérer le cycle de développement et proposer enfin la réactivité nécessaire à Microsoft.

Les temps ont été difficiles au début, car certains développeurs faisaient réellement de la résistance. Lors d’une réunion pour exposer les changements de méthode, un développeur a interrogé Valentine à propos des mérites et avantages de tous ces changements. Valentine aurait répondu de manière assez directe : « Votre code est-il parfait ? Etes-vous parfait ? Si ce n’est pas le cas, fermez-la et aidez-nous ».

Au fur et à mesure que les mois avançaient, les changements introduits ont réellement commencé à apporter leurs fruits. Le travail restait tout de même délicat. Le noyau n’était pas réécrit de zéro, la base reprise était un mélange de Windows Server 2003 SP1 et de Windows XP SP2. Il fallait permettre au système de garder l’héritage des logiciels développés pour l’environnement Win32, mais également proposer à niveau égal toutes les nouvelles technologies réunies sous la bannière de WinFX.

Transformer Windows en un jeu de construction de type Lego aura présenté d’ici la sortie de Vista un travail gigantesque car le système n’a jamais été pensé dans ce but. La grande majorité des composants de Vista sont entièrement neufs, même si le système contiendra ce qu’il faut pour supporter un maximum d’anciennes applications. L’un des premiers avantages que l’on verra à l’éclatement du système sera la possibilité d’installer Vista Server avec un nombre de composants restreint, avec la possibilité de ne même pas installer l’interface graphique.

Les nouvelles méthodes vont permettre également de proposer un nombre bien plus important de versions bêta aux 500 000 personnes ayant accès au bêta test, réunissant les inscrits au programme (dont votre serviteur) et les abonnés MSDN Universal. On peut comprendre maintenant pourquoi tout semble s’accélérer d’un coup chez Microsoft alors qu’un tel retard s’était accumulé jusqu’à présent. Une bêta par mois pour Vista, la bêta 1 de WinFS totalement inattendue, la bêta 2 de Monad et l’ensemble des outils qui gravitent autour de Vista et de la prochaine génération de logiciels chez Microsoft, comme la suite Expression.

Les outils développés pour Vista servent également désormais à l’équipe en charge d’Office, et les premiers résultats seraient très encourageants. Le regret de Jim Allchin aujourd’hui est qu’il aurait souhaité que cette petite révolution dans la société soit arrivée bien plus tôt.

Quoi qu’il en soit, la concurrence ne reste pas inactive et pratiquement tous les acteurs préparent leur réponse à Vista, des distributions Linux aux différents outils et logiciels séparés comme Firefox. De son côté, Apple prépare également sa réponse, nommée Leopard, qui sortira dans la même période que Vista, soit à l’automne 2006. le système profitera alors pleinement de ses racines ‘intelliennes’.

PS : remerciements à Patrick pour son mail ;)
Par Vincent Hermann Publiée le 27/09/2005 à 12:02 - Source : Wall Street Journal
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