Quand Microsoft et Skype discutent des brevets logiciels

Entre chiens et loups, quand sonne le Libre ! 28

Il semblerait que les sociétés Microsoft et Skype aient des vues quelque peu divergentes sur les brevets logiciels. Microsoft fait en effet partie des firmes qui se battent pour que les brevets soient implémentés en Europe et dans le reste du monde où ils n’ont pas cours. Il faut savoir que les brevets sont autant de moyens directs pour obtenir de puissantes mannes financières que d’armes ou de défenses contre d’autres sociétés.

Aujourd’hui avait lieu à Londres une conférence sobrement nommée European Leadership Forum. Le président de Microsoft EMEA (zone Europe, Moyen-Orient et Afrique) y a dévoilé ses vues en ce qui concerne ces fameux brevets logiciels tant décriés. Ils sont selon lui un excellent moyen de protéger efficacement les investissements réalisés dans la protection de la propriété intellectuelle. La boucle est bouclée : « La bureaucratie existe pour répondre aux besoins grandissants de la bureaucratie grandissante. »

Pour autant, Microsoft est bien loin d’être la seule société faisant la promotion active des brevets logiciels. On se souviendra notamment de l’implication de Nokia pendant la tension qui régnait à Bruxelles lors du grand débat sur les brevets. On se souviendra également des propos presque effrayants tenus par Michel Rocard : il y expliquait que des représentants des sociétés « erraient » dans les couloirs du Parlement afin de convertir les députés à leurs vues. Ainsi, il exposait certains faits lors d’une interview en février de cette année :

« Nous n'avons jamais pu parler un langage commun avec les représentants des grands groupes que nous avons rencontrés - et notamment ceux de Microsoft. Leur parler de libre circulation des idées, de liberté d'accès au savoir, c'est leur parler chinois. Dans leur système de pensée, tout ce qui est ôté au champ du profit immédiat cesse d'être un moteur pour la croissance. Ils ne semblent pas pouvoir comprendre qu'une invention qui n'est qu'un pur produit de l'esprit ne peut être brevetable. C'est tout simplement terrifiant. Beaucoup d'entre nous, au Parlement, conviennent que jamais ils n'ont eu à subir une telle pression et une telle violence verbale au cours de leur travail parlementaire. C'est une énorme affaire. »

Même si le projet des brevets a été rejeté depuis, on peut être certains que les sociétés impliquées dans sa mise en place ne renonceront pas. Pour autant, toutes les sociétés n’ont pas nécessairement le même point de vue sur le sujet. Niklas Zennström, PDG de Skype qui a été rachetée pour la modique somme de 2.6 milliards de dollars par eBay, déclare que les brevets logiciels sont un frein à l’innovation.

On ne manquera pas de noter le parallèle entre ce message et ceux d’organismes comme la FSF (Free Software Foundation).Niklas Zennström indique également que les brevets devraient être réservés pour des innovations importantes et non pour protéger des inventions absurdes ou des morceaux d’inventions. Il cite en exemple l’achat en un clic de souris déposé par Amazon.

Le sujet de la propriété intellectuelle est particulièrement remonté à la surface lorsque le thème de l’expansion de la Chine a été abordé. Le pays est en effet en plein boum des nouvelles technologies et s’équipe à une allure telle que des dizaines de sociétés y voient le futur de leur croissance. La Chine est malheureusement connue pour être l'un des pires territoires du piratage. Les contrefaçons y sont légions et un grand nombre de sociétés s’inquiètent de la copie sauvage de leurs produits.

Actuellement, des sociétés comme Microsoft ou IBM déposent des centaines de demandes de brevets chaque année. La protection des idées n’est plus tellement au goût du jour, puisque lesdits brevets servent désormais d’armes pour contraindre d’autres sociétés à payer des royalties ou même verrouiller certaines avancées technologiques afin de garder le leadership dans un domaine.

Par Vincent Hermann Publiée le 29/11/2005 à 16:05
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