Le BitTorrent en route vers le commercial

Ah ma pauv' dame, c'est bien du malheur ! 25
Ceux pour qui le BitTorrent était une bannière du monde du téléchargement rapide et gratuit risquent d’être surpris par la direction que va prendre la technologie et surtout la structure qui l’encadre. Une levée de 8.75 millions de dollars, grâce à la société Doll Capital Management, va relancer BitTorrent sur un tout autre chemin.

La quête de la légitimité et de la respectabilité passe nécessairement par un brassage de billets verts. C’est une règle douloureuse pour tout support d’échange Peer-to-Peer aujourd’hui. Créée en 2002 par Bram Cohen, la technologie BitTorrent devait servir à l’origine pour le téléchargement simple et rapide des différentes distributions Linux. La technologie était si efficace qu’elle fut très vite récupérée pour une foule d’utilisations, jusqu’à représenter (paraît-il) 30% de la bande passante d’Internet fin 2004 (selon CacheLogic).

La société BitTorrent est en transformation latente depuis qu’Ashwin Navin, un ancien employé de Yahoo, avait rejoint les rangs. Devenu « chief operating officer », lui et Cohen auraient commencé à réfléchir aux possibilités qui s’offraient pour emmener la technologie vers un avenir plus brillant. La solution : bâtir une véritable plateforme de téléchargements qui regrouperait des films, des musiques, des jeux et des logiciels, qu’ils viennent d’Hollywood ou d’autres éditeurs/producteurs.

Cherchant des appuis qui s’avéraient absolument obligatoires dans leur aventure, Navin et Cohen se sont installés à San Francisco. Après un passage obligé par les RIAA et MPAA, la levée de fonds permet désormais d’envisager cette fameuse plateforme de téléchargements de manière plus concrète. Le but est ambitieux : donner aux clients ce qu’ils veulent voir. Mieux que ça, BitTorrent se poserait en champion de l’échange de données, et devrait ainsi convaincre les « fournisseurs » potentiels de mettre leurs œuvres sur ce support pour un téléchargement éventuel (payant, bien sûr).

Navin a confirmé que la société était en pourparlers avec certains acteurs majeurs, sans plus de précision. Pour prouver sa bonne foi, la société se met en relation avec les sites proposant des milliers de liens Torrent. Ces sites, aussi appelés « superhubs », font une bonne partie de la réputation de la technologie comme support du piratage. Autre étape importante : la société s’est engagée à utiliser toutes les méthodes de protection que les sociétés éditrices voudraient mettre en place.

Un mouvement global sur lequel les analystes doutent, car la majorité pense que les majors ne sont pas encore prêtes à se lancer psychologiquement dans le P2P. BitTorrent est pourtant prêt à s’adapter et de l’aveu même de ses dirigeants, la société préférera plier que casser. Elle intégrera ainsi à la plateforme les technologies RSS et podcasting qui empiètent déjà sur un bout de platebande de BitTorrent.

Pour le reste, les cartes sont, comme d’habitude, entre les mains des majors.
Par Vincent Hermann Publiée le 29/09/2005 à 08:23 - Source : Business Week
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