La gestion du net écartée du sommet de Tunis

Icann't go to Tunis 32
Les déclarations entendues ici et là avant l’organisation du sommet laissaient espérer un bouleversement important de l’organisation d’internet. En fait de révolution, un simple « pschhhhit » s’est fait entendre.

Le Sommet Mondial sur la Société de l'Information (SMSI) s’est ouvert ce mercredi à Tunis, jusqu’au 18 novembre. L’objet initial de la réunion devait être l’ouverture du monde des nouvelles communications aux pays en développement, mais rapidement des pressions se faisaient sentir sur la gouvernance du net. En clair, de nombreux pays, notamment de l’hémisphère sud justement, estiment qu’il serait temps de changer les règles du jeu et que l’Icann confie enfin ses pouvoirs à l’ONU, instance jugée plus démocratique.

sommet tunisLes Etats-Unis ont immédiatement rejeté cette idée : « Ce serait comme avoir plus de cents conducteurs pour un seul bus. A l'heure actuelle nous avons un seul conducteur et jusqu'ici il a fait du bon boulot », exposait ainsi Michael Gallagher, vice-secrétaire américain au commerce. Si l’Icann est indépendante sur le papier, ses liaisons avec l’administration centrale ne font guère d’illusion. Or, perdre ainsi ce pouvoir, reviendrait à laisser s’échapper un moyen important de contrôle sur l’ensemble du réseau mondial et sur les noms de domaines en particulier. D’un autre côté, cela laisserait des pays à la situation politique vacillante, contrôler une petite portion du net, ce qui n’est pas acceptable à leurs yeux.

Finalement, alors que le sommet allait s’ouvrir, un accord a été trouvé à la dernière minute. L’accord a l’apparence du compromis, mais cache en réalité une défaite pour les adversaires de la situation actuelle. On promet ainsi la création d’un forum chargé d’étudier plusieurs grandes questions telle celle du spam, et la réduction de la fracture numérique. Des points cruciaux, certes, mais nulle remise en cause de la mainmise d’Internet. Les Etats-Unis garderont donc les clés du net et le contrôle des 259 extensions de domaine (.com, .net, etc.) comme ils le souhaitaient. Cultivant un optimisme à tout épreuve, l’Union Européenne voit néanmoins là les prémices d’une « internationalisation de la gouvernance d’internet, ainsi qu’une amélioration de la coopération entre gouvernements ».
Publiée le 17/11/2005 à 07:52
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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