P2P : Interview du président de la SACEM

Nos confrères de Ratiatum ont interviewé Laurent Petitgirard. Non pas en... 37
sacemNos confrères de Ratiatum ont interviewé Laurent Petitgirard. Non pas en sa qualité de compositeur ou de chef d’orchestre mais pour ses fonctions de président du Conseil d'Administration de la Sacem (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique).

Rappelons que la SACEM est chargée de la gestion collective des droits d’auteur pour la musique. En pratique, son rôle consiste à percevoir et répartir les droits d’auteurs pour rémunérer les créateurs et éditeurs. Elle mène en sus des actions culturelles, de promotion de la musique voire des actions sociales parmi ces personnes. Elle a perçu en 2003, une cagnotte de 708,5 millions d’euros en droits.

Le président de la Sacem tente d'abord d’expliquer pourquoi cette société civile s’investie tant dans le débat judiciaire. Les effets néfastes du P2P sur le chiffre d’affaires des majors ne sont-ils pas encore flous ? Mais pour lui, aucun doute, au regard des chiffres : « La Sacem a perçu et donc réparti 24% de droits en moins pour 2004 que pour 2003 (...). Nous n'avons donc pas à attendre pour savoir "si par hasard" il y aurait préjudice, nous le constatons sans aucune contestation possible ».

Contre le piratage des œuvres, il est personnellement favorable au ralentissement des débits ou la suspension des abonnements plutôt qu’aux hordes judiciaires. Il regrette en outre la baisse dramatique du nombre de contrats d’artistes : « Le paradoxe est que les premières victimes du téléchargement illicite sont ceux qui n'ont pas encore enregistré et qui n'auront jamais leur première chance ».

Face aux DRM (digital right managment), Laurent Petitgirard condamne encore le « manque d'interopérabilité entre les systèmes » si dommageable au téléchargement légal. Selon lui, les DRM sont surtout utiles à l’identification et donc à la répartition des droits. Dans une autre interview, Petitgirard avait affirmé en avoir « franchement assez de voir toute une génération trouver naturel de télécharger des sonneries téléphoniques minables de quinze secondes, en son midi, pour trois euros et trouver dans le même temps qu’il est anormal de payer un euro pour une chanson avec tout le travail que cela représente ».

Il égratigne au passage le si valeureux Pascal Nègre, président d’Universal. La Sacem est en conflit ouvert avec son système payant, E-compil. La major refuse simplement de s’acquitter des droits d’auteur normalement exigés pour de telles diffusions. « Il s'agit d'un acte de contrefaçon » avait déjà averti l’Adami.

Laurent Petitgirard s’oppose en outre fermement au système de la licence légale (un abonnement fixe, un droit illimité au téléchargement) du fait de ses effets « pervers » sur le plan de la répartition. Enfin, sur le fait de savoir si le téléchargement de musique peut s’analyser ou non en une copie privée, il se contente de résumer la situation : «Aussi longtemps qu'il est appliqué dans le cadre du cercle familial, c'est-à-dire qu'il ne dépasse pas un nombre limité de copies, qu'il n'en est pas fait commerce et que la source de la copie est licite, il n'y a aucun problème à son application.».
Par Marc Rees Publiée le 10/02/2005 à 11:32 - Source : Ratiatum
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