Internet Explorer 10 bloquera bien par défaut le tracking publicitaire

Après nous le déluge 39

La fonction DoNotTrack permet à un navigateur de signaler qu’un utilisateur ne souhaite pas être suivi lors de sa navigation internet. Une fonction pratique pour tous ceux qui ne veulent pas que leurs données de surf soient utilisées à des fins publicitaires. Microsoft a récemment annoncé sa volonté d’activer par défaut le DNT sur Internet Explorer 10, ce qui avait provoqué des inquiétudes. L’éditeur a choisi de persister et de signer.

Bloquer le tracking publicitaire

La fonction DoNotTrack fonctionne en émettant à travers l’en-tête HTTP un signal interprété ensuite par les sites web. La bonne volonté de l'éditeur du site entre en piste : il doit tenir compte en théorie de cet en-tête et donc couper le tracking, autrement dit le suivi de l’utilisateur à travers différentes méthodes comme les cookies. Un standard est d’ailleurs en cours de formation au W3C pour que le DNT soit uniforme. Seulement voilà : ce standard stipule que le DNT doit être obligatoirement un choix volontaire de l’utilisateur.

 

ie10 dnt

 

C’est ce qui coince avec l’activation par défaut du DNT dans Internet Explorer 10. En mai dernier, le Wall Street Journal avait ainsi rapporté la colère des annonceurs publicitaires. Selon eux, une dévaluation des espaces publicitaires était à craindre si le DNT se devait se répandre via un comportement par défaut. Or, Internet Explorer 10 aura nécessairement une part de marché importante puisqu’il sera livré avec Windows 8 et proposé pour Windows 7.

 

Mais l’activation par défaut pourrait avoir un autre effet pervers. Même si le standard n’est encore qu’à l’état de brouillon il stipule clairement que l’activation doit être volontaire. Si elle ne l’est pas, un site peut tout simplement choisir d’ignore l’en-tête et procéder au tracking. La crainte serait donc que tous les utilisateurs d’IE10 soient trackés. Les éditeurs se défendraient facilement avec un simple « Ce navigateur n’est pas conforme au standard ». Une inquiétude partagée entre autres par Mozilla.

La démarche de Microsoft

La solution choisie par Microsoft est très directe. Lors du premier lancement d’Internet Explorer 10, l’utilisateur fera face à un assistant pour régler quelques paramètres habituels. S’il choisit la configuration « Express », le DNT sera activé par défaut. S’il choisit la personnalisation, il pourra le désactiver.

 

La défense de Microsoft à ce sujet est de dire que même si c’est un comportement par défaut avec la voie Express, l’utilisateur est quand même averti par différentes informations. La question serait plutôt de savoir quelle serait la proportion des utilisateurs à réellement lire les informations d’une fenêtre avant de cliquer sur suivant. Surtout quand un choix leur promet que cette vilaine fenêtre sera fermée de manière « express ».

 

Microsoft indique qu’elle place au premier plan les utilisateurs avec cette décision. Et en dépit de la bataille qui pourrait s’engager avec le W3C dans ce domaine, la firme dispose de certains soutiens. Comme l’indique Ars Technica, Robert Madelin, directeur général de la cellule Société de l’Information et Média de la Commission européenne, avait écrit au W3C fin juin pour expliquer que l’Europe ne souhaitait pas que les navigateurs activant par défaut le DNT soient lésés. Et non seulement le marché pourrait être affecté, mais il encourageait les autres navigateurs à faire de même : activer le DNT tout en prévenant l’utilisateur.


Cette vue est partagée par plusieurs sénateurs du Congrès américain, mais par pas le commissaire J. Thomas Rosch de la Federal Trade Commission, qui estime que le choix est opéré de force par Microsoft, et non pas l'utilisateur.

 

Reste que Microsoft a l’air décidé à rester sur ses positions. Le fait que ce soit Internet Explorer et sa part de marché toujours très conséquente va peut-être obliger les autres acteurs à renégocier la manière dont doit fonctionner le DoNotTrack. D’ailleurs, une nouvelle réunion du groupe de travail au W3C doit avoir lieu. Il est possible au final que l’ensemble des acteurs se range au point de vue de Microsoft, surtout si les annonceurs ne peuvent plus faire la différence entre des en-têtes activés par défaut ou choisis volontairement.

Publiée le 08/08/2012 à 17:48 - Source : Microsoft
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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