Interdiction des routeurs chinois : ZTE et Huawei répondent au rapport Bockel

Cyberdéfense et riposte graduée 38

Le 19 juillet dernier, le sénateur Jean-Marie Bockel présentait un rapport sur les enjeux de la cyberdéfense, proposant alors vertement l’interdiction des routeurs chinois. Deux entreprises visées par les critiques du parlementaire viennent de lui répondre par une interview au Point.

rapport bockel

 

Dans son rapport intitulé « La cyberdéfense : un enjeu mondial, une priorité nationale », Jean-Marie Bockel préconise des mesures drastiques pour améliorer la protection de la France contre les cyberattaques. L’intéressé voudrait notamment « interdire sur le territoire national et à l’échelle européenne le déploiement et l’utilisation de « routeurs » ou d’autres équipements de coeur de réseaux qui présentent un risque pour la sécurité nationale, en particulier les « routeurs » et certains équipements d’origine chinoise ». Craignant qu’un pays producteur place des dispositifs de surveillance ou d’interception dans ces maillons forts, le sénateur a alors pointé du doigt deux sociétés chinoises, Huawei et ZTE (voir notre article : Rapport Cyberdéfense : et si on interdisait les routeurs chinois en France ?).

 

Lin Cheng, patron de la division Europe de ZTE, et François Quentin, patron de Huawei en France, viennent de réagir au rapport de Jean-Marie Bockel auprès de nos confrères du Point. Pour le représentant de Huawei, ce texte se base sur des « suspicions non fondées » : « Nous garantissons que nos produits ne comportent rien qui ne soit pas précisé dans leurs caractéristiques », évacue François Quentin. Quant à Lin Cheng (ZTE), il « ne [voit] pas en quoi supprimer des routeurs chinois changerait la donne », dans la mesure où, d’après lui, « même si l'on prend le cas d'une attaque visiblement venue de Chine ces derniers mois, elle a eu lieu via des routeurs Cisco », soit du matériel américain. L’intéressé ajoute enfin : « les équipementiers européens contrôlent 40 % du marché chinois, alors que nous ne représentons que 1,5 % du marché européen. Si l'on suit la logique du sénateur Bockel, c'est plutôt au gouvernement chinois d'avoir peur ».

Au fond, des enjeux économiques

Au sujet de la pertinence de la proposition de Jean-Marie Bockel, les représentants des deux sociétés se sont montrés circonspects. « Ce genre de mesure manquerait de fondement scientifique. Nous sommes une entreprise et nous ne représentons pas le gouvernement chinois » a expliqué au Point Lin Cheng. François Quentin a quant à lui soulevé d’éventuelles manœuvres émanant de « certaines personnes auditionnées », et notamment « celles qui ont des intérêts financiers ». « Une telle mesure ressemblerait à ce qu'Airbus a pu affronter aux États-Unis : combien de décennies leur a-t-il fallu pour vendre des avions là-bas ? » questionne-t-il.

 

Enfin, les deux représentants ont exprimé des critiques de fond vis-à-vis du rapport Bockel, qui oublierait selon eux de nombreux points importants, liés notamment au contexte actuel de forte mondialisation. « Nos matériels sont construits à partir de composants fabriqués aux US, avec des logiciels développés dans le monde entier : théoriquement, ça ne semble pas très facile qu'on puisse implémenter des mouchards comme ça sans que ça se sache. De plus, pour avoir un réseau absolument sécurisé, il n'y a qu'une seule solution : couper physiquement le réseau d'Internet », a expliqué Lin Cheng. François Quentin a également rappelé l'importance économique d'Huawei au niveau européen, indiquant que cette société était encore « un investisseur important en Europe, avec 7 000 emplois (...) dans presque tous les pays de l'Union européenne ».

Publiée le 31/07/2012 à 15:49
Publicité