HTML5 : le W3C et le WHATWG se séparent à cause de divergences insolubles

C'était presque trop simple... 56

Le W3C, pour World Wide Web Consortium, est un organisme de standardisation ayant joué un rôle prépondérant dans l’évolution du web dans son sens large. L’organisme est chargé d’analyser les nouvelles technologies pour en créer des standards auxquels les développeurs peuvent se référer. Le W3C collabore depuis des années avec un groupe de travail, le WHATWG. Mais ce dernier a décidé de faire cavalier seul.

  whatwg

Deux conceptions différentes

Le WHATWG, pour « Web Hypertext Application Technology Working Group » est une entité séparée du W3C. Elle a été créée en réaction aux lenteurs du Consortium dont le processus de standardisation est parfois jugé comme manquant de nervosité. Le W3C réunit un grand nombre d’acteurs et doit accorder l’ensemble des participants. Le WHATWG, de son côté, a été fondé en 2004 par Opera, Apple et Mozilla.

 

Le HTML5, tel qu’il est travaillé par le W3C, est à la base un regroupement de propositions du WHATWG. Cependant, la gestion du W3C a progressivement provoqué des tensions, le Consortium ayant choisi de séparer le « pack » HTML5 en sous-spécifications, notamment pour l’API canvas 2D, les évènements côté serveurs et ainsi de suite. De son côté, le WHATWG est revenu à une spécification unique qu’elle nomme « HTML Living Standard » : un ensemble insécable de technologies liées.

 

Le WHATWG a du coup décidé de faire cavalier seul. Dans un mail explicatif, Ian Hickson, membre du WHATWG (et accessoirement l’auteur des tests Acid2 et Acid3), explique que les objectifs des deux entités s’écartaient trop l’un de l’autre. Le fonctionnement du W3C repose sur un modèle de versions préliminaires. De son côté, le WHATWG travaille sur la définition même du HTML et des technologies attenantes, et corrige les bugs au fur et à mesure qu’ils sont détectés.

 

Il existe en fait surtout une conception très différente de comment une standardisation doit être menée. Le WHATWG se concentre essentiellement sur la technique tandis que le W3C considère d’autres aspects. En octobre 2010, Daniel Glazman, travaillant sur le CSS au W3C, expliquait à ZDnet : « Le W3C suit un processus assez (trop ?) rigoureux, mais l'expérience des 16 ans d'existence du W3C a montré pourquoi c'est nécessaire ; de son côté, le WHATWG fonce en ne se préoccupant quasiment de rien si ce n'est de la technique ».

La bonne marche du HTML5 pourrait être perturbée

Devant un tel « fork », doit-on craindre que le HTML5 évolue réellement dans des directions différentes ? Rien n’est sûr.

 

Le WHATWG, dont fait également partie Google, va clairement avancer plus vite que le W3C. Les éditeurs de navigateur vont se référer au travail fait par le groupe, mais il ne s’agit pas pour autant de se détourner du W3C. Les deux travaux auront un certain degré de complémentarité. Il est simplement dommage que le manque d’accord sur les questions d’organisation mène à la création de deux versions différentes d’un même standard.

 

La séparation est d’autant plus regrettable que le HTML5 avait déjà ses propres difficultés. En effet, il ne faut pas oublier que la norme n’en est pas encore officiellement une : il s’agit d’un brouillon. Bien que l’on en soit à plusieurs versions, tous les aspects n’ont pas encore été finalisés. Le support réalisé par les navigateurs est donc forcément temporaire, les points finalisés étant mis à jour progressivement.

 

En outre, le HTML5 a fort à faire dans le domaine mobile. Le moteur de rendu Webkit y règne pratiquement en maître. Présent dans iOS et Android (Safari, Chrome, etc.), il concentre l’attention des développeurs qui deviennent parfois plus sensibles à ses évolutions qu’à celles des organismes de standardisation. La mission du HTML5 est donc bien loin d’être terminée et la séparation du W3C et du WHATWG pourrait, au moins pendant un temps, créer des perturbations supplémentaires.

Publiée le 23/07/2012 à 16:33 - Source : Ian Hickson
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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