Relocaliser les hotlines en France sera compliqué estime Stéphane Richard

Tout un euphémisme 74

Pour sauver des emplois, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif est prêt à tout. La situation des centres d'appel à l'étranger a notamment été abordée ces derniers jours. Le but est ainsi de relocaliser en France des milliers d'emplois actuellement basés en Afrique du Nord, ceci en échange de concessions réalisées par le gouvernement. Mais pour Stéphane Richard, le PDG d'Orange, augmenter les tarifs des hotlines sera loin d'être suffisant.

Reportage datant de 2008 sur la délocalisation de Téléperformance (principal sous-traitant des opérateurs).

Le porfefeuille des consommateurs, les marges des opérateurs

Ce matin, sur les ondes de France Inter, le ministre a expliqué que « pour 10 000 emplois relocalisés sur le territoire, ça coûterait en moyenne par forfait et par mois une vingtaine de centimes de plus pour les consommateurs. Donc est-ce que les consommateurs sont prêts à accepter une légère hausse de prix en contrepartie de la relocalisation d’emplois qui sont en train d’être détruits ? Cette question mérite d’être posée au plan national. »

Pour Arnaud Montebourg, une hausse des tarifs suffirait donc à sauver 10 000 emplois. Le ministre n'a cependant pas regardé les marges des opérateurs, qui ont par exemple permis à Orange de dégager des milliards de bénéfices et de verser tout autant de dividendes l'an passé. Et SFR et Bouygues sont dans une situation similaire, à une échelle plus petite.

S'il est vrai que le chiffre d'affaires des concurrents de Free Mobile devrait reculer de plusieurs pourcents cette année (jusqu'à -10 % pour certains), il reste surprenant que le ministre ne songe qu'à taper sur le porfefeuille des consommateurs alors que les capacités financières des opérateurs sont loin d'être dans le rouge.

Qui plus est, Bercy lui-même soulignait il y a quelques jours que la masse salariale des opérateurs ne représente qu'un très faible pourcentage du chiffre d'affaires des opérateurs : 4,5 % chez SFR, 10 % chez Bouygues Telecom selon Le Monde.

Rapatrier les hotlines : il existe de nombreux freins selon le PDG d'Orange

Malgré cette situation, Arnaud Montebourg compte bien relocaliser des emplois de hotlines en France. Néanmoins, une simple augmentation de tarifs ne devrait pas suffire a expliqué aujourd'hui Stéphane Richard à l'AFP. Le patron de France Télécom a en effet noté trois points cruciaux.

Tout d'abord, les coûts des salariés en Afrique du Nord sont largement inférieurs aux Français. « Ces délocalisations se font pour des raisons économiques, le coût des services en question est deux à trois fois plus bas dans les pays où ces centres ont été localisés ».

Mais ce sont surtout les deux autres points qui posent problème : les horaires et les relations diplomatiques/économiques avec nos voisins africains. En effet, aujourd'hui, de nombreuses hotlines sont accessibles 7 jours sur 7, 24h sur 24, y compris les jours fériés. « Jusqu'à ce jour, il est strictement impossible d'organiser cette disponibilité continue avec les salariés du groupe en France » estime Stéphane Richard.

Quid de nos rapports avec les pays d'Afrique du Nord ?

Le PDG d'Orange rajoute enfin que la France doit « traiter la continuité de sa présence téléphonique » en Afrique du Nord. « Dans ces pays, comme la Tunisie, le Maroc ou le Sénégal, la France a eu une politique d'aide à la création d'emplois et le centre d'appel a été un des "produits" mis en avant » explique-t-il.

En somme, relocaliser ces emplois en France serait une forme de désengagement qui risquerait de créer des conflits diplomatiques importants. « Ce serait un peu compliqué aujourd'hui d'expliquer aux autorités tunisiennes ou marocaines qu'on va rapatrier des centaines de milliers d'emplois demain matin en France. »

Faire un état des lieux

Au final, Stéphane Richard estime donc bien compliquée la relocalisation des emplois des hotlines en France. De simples concessions ne suffiront pas à aider les opérateurs et leurs sous-traitants à changer leur politique actuelle. Nous en saurons au final bien plus en septembre prochain. Le PDG d'Orange souhaite toutefois qu'un « état des lieux objectif de la situation » sur les centres d'appel soit mené par le gouvernement avant de penser à relocaliser les hotlines en France.

Publiée le 18/07/2012 à 17:24 - Source : AFP Les Echos
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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