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Exclusif : le rapport accablant des salariés de la Hadopi

Crise socio-politique, rue de Texel

Les représentants du personnel de la Hadopi ont réalisé en début d’année une enquête interne auprès d’une quarantaine des 77 salariés de la Rue de Texel. Nous avons pu nous procurer l’intégralité de ce document par une source proche qui nous indique qu’ « au-delà des débats sur le bien-fondé ou non de la loi Hadopi, il y a une crise socio-politique entre les directeurs et les agents ». (Télécharger le rapport sur RapidGator, DepositFile ou Turbobit, 50 Mo).

hadopi rapport

 

Quelques points marquants glanés au fil de cette enquête : 45,5 % des agents évaluent leur charge de travail comme excessive. Plus de 6 agents sur 10 jugent « qu’ils ne disposent pas de temps nécessaire pour exécuter correctement leur travail ». Et ils sont plus de 4 sur 10 à constater qu’ « au vu des efforts fournis, ils ne reçoivent pas tout le respect et l’estime mérités ». Malaise.

Tâches répétitives, fonctionnement injuste...

Salaires pas satisfaisants (50%), instructions trop floues et mauvaises informations (58%), près de 6 agents sur 10 (56,8%) considèrent les règles de fonctionnement de la Hadopi comme injustes. Sont visées, l’organisation du travail, la répartition du pouvoir ou encore la gestion des ressources humaines. 50% estiment effectuer des tâches répétitives. Ils sont plus de 40 % à déclarer travailler en moyenne au moins 9 heures par jour.

 

Mais les contraintes professionnelles ne sont pas le seul point noir. Si la quasi-totalité des salariés considère que leurs collègues sont amicaux et que le climat dans l’équipe est plutôt bon, la vision globale sur les conditions de travail n’est pas au beau fixe. Problème de concentration ou de confidentialité, nuisance sonore ou ambiance thermique (froid, chaleur, ventilation). Pire. 41% déclarent avoir été confrontés au cours des derniers mois à des agressions verbales, menaces ou chantages, essentiellement d’un responsable (64,5%) ou d’un collègue (29,5%). Les violences ou intimidations physiques sont rares (4,5%).

Des résultats contrastés, non accablants, pour la Hadopi

Contactée, la Hadopi relativise : « ce rapport s’inscrivait dans la mise en route du dialogue social. Une délibération préalable du collège a créé les Instances Représentatives du Personnel. Et les IRP font des enquêtes pour prendre le pouls ». Rapport accablant ? « Pas d’accord avec ce terme ! Ce sont des résultats contrastés. Les IRP nous élaborent actuellement des propositions avec les agents. Côté direction, il y a dans le même temps une accélération des mesures attendues en matière de ressources humaines, comme la mise en place d’une mutuelle, de prestations sociales ou de chantier plus lourd comme la révision du cadre de gestion et de rémunération. Cette révision devrait être terminée en fin d’année. »

 

Si l'on en croit la Hadopi, cette mise à jour est bien avancée : « Il y a pas mal de mesures assez lourdes de correction qui au doigt mouillé sont aujourd’hui avancées à 50%. Le plus lourd concerne ce cadre de gestion et de rémunération qui fixe les conditions de rémunérations, d’avancement et de salaires. Il y a des heures de travail avec le syndicat (CGT Culture), la direction et les institutions représentatives du personnel ».

 

La Hadopi nous l'assure encore : révélée par Strategies.fr (qui diffusait les premiers éléments de ce rapport dès le 6 juillet), la mise à pied récente de la directrice des relations humaines est décorrélée de ce rapport « contrasté ». « Il y a 6 mois de délai entre l’un et l’autre, il n’y a pas de rapport de cause à effet. Et cette mise à pied est une mesure conservatoire, non disciplinaire ».

« Volonté de briller auprès du secrétaire général »

Il reste que dans un verbatim, anonymisé et joint dans les dernières pages de cette enquête, des salariés évoquent leur vision interne de la Hadopi. Extraits choisis : « Comme tout un chacun, crainte de l’avenir, surtout suite aux propos méprisants tenus par un membre du Collège ». « La charge de travail au sein de ma direction et de l’Hadopi en général est particulièrement harassante et caractérisée par beaucoup d’incohérences, car les différentes demandes de mon/ma directeur(trice) ne sont dictées que par l’urgence et la volonté de « briller » auprès du Secrétaire général ». « Je ne me sens clairement pas reconnu(e) ni dans mon travail ni dans la plus-value que mon travail apporte à la direction et à l’ensemble de l’Hadopi ». Des salariés dénoncent « des contraintes professionnelles qui, de façon insidieuse, s’accumulent jour après jour, réunion aux heures de déjeuner, réunion qui déborde après 18 heures. »

 

« Je travaille en moyenne 9 à 10 heures par jour et mon/ma directeur(trice) me fait comprendre par des remarques perfides que mon investissement est insuffisant », avance ce salarié qui se plaint des effets sur sa santé (perte de cheveux, trouble du sommeil, etc.). D’autres font état de trouble de l’anxiété et de fatigue.

 

Un salarié révèle par ailleurs « il m’est arrivé d’être agressé(e) verbalement par des personnes de l’extérieur, anti-Hadopi ». L’avenir de la Haute autorité inquiète aussi ces personnes : « je constate que le poste que j’occupe me correspond et me convient, mon insatisfaction provient du manque de visibilité quant à l’avenir proche de l’Hadopi et les missions qui lui sont assignées, ce qui impacte mon travail au quotidien et ne me permet pas d’envisager mon poste à long terme ».

Situation de crise claire et nette à la tête de la Hadopi

L’ambiance délétère n’est pas seulement constatée chez les salariés. Elle divise aussi la tête de la Hadopi. Le Monde indique que depuis début juillet, une ambiance de petits meurtres entre amis plane dans les couloirs de la Hadopi. « La Haute Autorité est en proie à de très fortes tensions internes. Les débats se sont tendus au sein de son collège, composé de neuf membres, dont plusieurs contestent ouvertement le principe, les méthodes et l'activité de l'instance de régulation. " Nous sommes dans une situation de crise claire et nette ", estime un de ses membres ». L’autorité de Marie-Françoise Marais est encore et toujours remise en cause comme nous l’indiquions dans une précédente actualité. C’est grâce à sa voix prépondérante que la demande de crédits de 12 millions a été débloquée au sein du collège, alors que quatre des neufs membres avaient voté contre, plus une abstention.

Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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Publiée le 17/07/2012 à 12:01

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