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Édito : Internet et les jeux vidéo, de bons boucs émissaires

Toujours là pour sauver la mise de certains

Les boucs émissaires sont diablement pratiques. Ils permettent de faire endosser à un individu, une société ou encore un évènement particulier une responsabilité d'une action en réalité prévue de longue date et souvent collective. Ce bouc émissaire a pour avantage de tomber au bon moment. C'est par exemple le cas de Free Mobile, parfait bouc émissaire pour les opérateurs concurrents, que ce soit pour réduire leurs effectifs ou encore diminuer certains investissements. Mais bien d'autres exemples existent dans l'univers numérique.

Je me suis cassé un ongle ? La faute à Internet.

Très utilisé par les politiciens pour faire voter des lois liberticides, le bouc émissaire compte de nombreux sobriquets selon les circonstances (terroriste, pédophile, Jérôme Kerviel, les 35 heures, l'étranger, UMP, PS, riche, pauvre, Europe, Chine, président, syndicat, musulman, M Pokora, etc.). Au niveau high-tech, les noms varient selon les secteurs. On remarque ainsi que ces dernières années, Internet est un bouc émissaire parfait pour bien des entreprises, politiciens et associations.

 

Les journaux se vendent moins ? La faute à Internet, mais pas aux journalistes. Les disques et DVD se vendent moins ? La faute à Internet, mais pas aux producteurs. Les libraires ferment ? La faute à Amazon, mais pas aux libraires. Les audiences TV chutent ? La faute à Internet, mais pas aux directeurs des programmes. Les réseaux sont trop lents ? La faute aux sites internet, mais pas aux FAI. Ma moitié m'a quitté ? La faute à Facebook, mais certainement pas à moi-même. Les caisses sont vides ? Piochons chez les FAI et les sites internet, c'est facile. On souhaite imposer une loi surveillant tout le monde sans raison valable ? Invoquons la pédopornographie sur Internet... ou les terroristes qui s'informent sur Internet. Etc, etc.

 

Internet, c'est fabuleux. Grâce au réseau des réseaux, la remise en question est à la limite de l'inutile pour bien des secteurs économiques. Quand on a un problème, c'est toujours la faute des autres. Et l'autre, ici, en l'occurrence, c'est Internet. Sauf que si la technique peut fonctionner une ou deux fois, à force de multiplication, la couleuvre passe plus difficilement. On peut tromper 1 fois 1000 personnes, mais pas 1000 fois 1 personne (ou 1000 personnes)... En fait, si, on peut, mais certainement pas les spécialistes. 

 

Internet phagocyte donc bien des maux de la planète, tout comme la Chine ou les États-Unis au niveau international. Si le Net n'est évidemment pas parfait et qu'il ne faut pas sombrer dans la défense aveugle du réseau, il est tout de même évident que le réflexe de pointer du doigt Internet est une facilité trop flagrante aujourd'hui. Une simple recherche mêlant « Internet » et « bouc émissaire » ramène aux termes « anti-terrorisme », « lâchetées journalistiques », « hypersexualisation des jeunes filles », « données personnelles », « presse », etc.

Avant même Internet, les jeux vidéo

Le réseau n'est cependant pas le seul à subir cette situation de bouc émissaire de fait. Les jeux vidéo font ainsi assez régulièrement l'objet de cause de bien des maux. L'affaire Mohamed Merah a ainsi rapidement attiré le bouc émissaire parfait pour expliquer les tueries massives : les jeux vidéo. Cela a commencé par un tweet malheureux de la nageuse Laure Manaudou, qui en réaction aux tueries de Toulouse affirma « Supprimez ces jeux vidéos à la c... Et ça ira déjà mieux ! », sans plus d'explication. Suite aux nombreuses réactions, la nageuse quitta Twitter pour finalement revenir quelques jours plus tard (en savoir plus).

 

Plus récemment, lors de l'émission « On n'est pas couché », les jeux vidéo sont revenus sur le devant de la scène, toujours dans le cadre de l'affaire Merah. Comme toujours, il n'y a jamais de réelle réflexion sur l'impact des jeux vidéo sur les esprits faibles. On se contente d'énoncer que « peut-être », les jeux pourraient pousser certains individus à commettre des actes complètement fous. Sans aller plus loin, sans véritables arguments, et bien entendu, sans preuve. Simplement des suspicions.

 

Natachy Polony pose la question de l'influence des jeux vidéo sur certains individus. 

Ceux qui en parlent le plus s'y connaissent le moins

À l'instar d'Internet, il n'est pas question ici de faire de l'angélisme et de laisser croire que les jeux vidéo sont sans défaut et ne créent aucun problème. La dépendance aux jeux vidéo est une réalité, et les esprits faibles peuvent être manipulés par les jeux vidéo, tout comme ils peuvent l'être par la télévision, les films, les livres, les religions, les sectes, la musique, une personne, un groupe, etc. Sauf que les jeux vidéo ne nourrissent pas directement les journalistes qui passent à la télévision, à la radio ou rédigent des lignes pour des journaux. S'attaquer aux jeux vidéo plutôt qu'à son propre média est donc bien plus facile...

 

Toujours concernant les jeux vidéo, et pour rester dans les faits récents, rappelons aussi les tueries de Norvège l'an passé, où l'on pouvait penser les jeux bien éloignés. Et pourtant, ils ont bien été pointés du doigt par certains spécialistes, du fait de la liste des jeux utilisés par Anders Breivik, dont Modern Warfare 2.


Il s'agit ici d'exemples très récents, mais les jeux vidéo servent de boucs émissaires depuis de très nombreuses années. Dans les années 90, malgré un réalisme sans comparaison avec l'époque actuelle, les jeux vidéo étaient déjà décriés, notamment les jeux de combat de type Mortal Kombat. Une époque où les mangas, Dragon Ball et Saint Seiya en tête, étaient eux aussi les boucs émissaires des plus aisés.


Outre certains sites ou services internet (P2P, Google, Facebook, etc.), ou encore les jeux vidéo, d'autres boucs émissaires sont régulièrement utilisés à tort ou à travers ces dernières années. C'est notamment le cas des ondes des réseaux mobiles, ou même de Free Mobile depuis quelques mois.

Un bon bouc émissaire est un bouc émissaire vivant et qui ne se défend pas

On le voit bien, pour que le bouc émissaire soit jugé comme « parfait », il faut en premier lieu que son image auprès du grand public soit bien façonnée et qu'elle ne change pas, quand bien même des évolutions aient eu lieu entre temps. Tant que cette perception du grand public reste présente, alors ce bouc émissaire a des chances de vivre des années voire des dizaines d'années, pour ne pas dire des siècles pour certains. De fait, automatiquement où un bouc émissaire est parfaitement identifié, il s'auto-alimente ainsi de lui-même dès lors que chaque réflexion sur le sujet « confirme » en quelque sorte son rôle néfaste, peu importe que les réflexions soient réalisées par des néophytes. C'est bien pourquoi Internet et les jeux vidéo ont un grand avenir en tant que boucs émissaires de la prochaine décennie, le nombre de néophytes étant particulièrement élevé...

Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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Publiée le 14/07/2012 à 09:00

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