Ubuntu, Windows... Les députés à leurre du choix ?

Le leurre et l'argent du leurre 282
Les députés fraichement élus devront choisir entre une solution propriétaire (Windows) ou libre (Ubuntu). Nous avons pu nous procurer une partie de « l’abrégé de vos facilités informatiques », document distribué aux parlementaires pour les accompagner dans la mise en oeuvre de leur poste informatique et avant tout, dans le choix de la solution à installer.

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Morguefile

Le livret, de plusieurs dizaines de pages, précise que le poste est mis à disposition pour toute la durée de la législature dans le bureau de chaque député à l’Assemblée nationale. « Sur demande de votre part, un second poste identique peut être installé pour votre ou vos collaborateurs dans les locaux de l’Assemblée nationale ». L’outil dispose d’une mémoire de 8 Go, un disque dur de 1 To et un écran de 22 pouces. Nous savons déjà qu’il s’agit de machines Dell.

A l’heure du choix, chaque député devra choisir à sa convenance entre Windows 7 ou bien Linux Kubuntu 12. « Le « poste Windows » est fourni avec la suite bureautique Office 2010 (Word, Excel, PowerPoint, Outlook), ainsi qu’avec la suite LibreOffice (Writer, Calc, Impress, Base et Draw). Il vous sera possible de choisir une suite bureautique par défaut ». Si le choix est celui de Linux, alors le poste « est fourni avec la seule suite bureautique LibreOffice. Dans ce cas, la licence Office 2010 ne sera pas activée lors de l’installation du poste. La messagerie sera seulement accessible en mode web. »

Exchange

Autant dire que le parlementaire sera davantage enclin à regarder la solution propriétaire : s'il opte pour Windows et son fidèle Pack Office 2010, il pourra profiter d’Outlook. Sur Kubuntu, nul logiciel client de courrier mais une simple messagerie en ligne. Au niveau de l’Assemblée nationale, c’est en fait Microsoft Exchange qui gère les emails, d’où ce choix. « Le déploiement et le paramétrage de ces postes, conformément à vos instructions, se dérouleront sur rendez-vous à compter du 20 juin et jusqu’au 27 juillet » prévient la note.

Cette situation interpelle. Interrogé la semaine dernière, Frédéric Couchet (APRIL) demandait aux « groupes politiques qui soutiennent l’univers du libre à ne pas céder au choix du confort afin de rester en conformité avec leur idée ». Egalement questionné, le député Philippe Briand - qui avait organisé en tant que questeur le retour de Windows - fustige les problèmes rencontrés avec la distribution Unbuntu (Linagora) : « Les secrétaires avaient par exemple des problèmes pour gérer la prise de rendez-vous. Nous avons pourtant essayé d’autres solutions, acheté des logiciels complémentaires… Finalement, le système gratuit coûte cher, car il exige beaucoup d’adaptabilité pour le rendre compatible avec le système marchand. ». Quant à la problématique de l’indépendance technologique ou de la sécurité sous les solutions propriétaires, il minimise le risque : « le député peut toujours garder sa solution libre s’il le souhaite. Chaque député a son propre ordinateur, sous sa responsabilité. De toute façon, l’Assemblée nationale est très sécurisée et si le système informatique a subi des attaques, aucune information n’est jamais sortie. »
Publiée le 27/06/2012 à 11:51
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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