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Hadopi : l'ex-salarié viré par TF1 explique pourquoi il fait appel

Liberté d'opinion et correspondance privée

C’était attendu. Jérôme Bourreau-Guggenheim, cet ancien salarié de TF1 viré après avoir critiqué Hadopi, fait appel. Il s’en explique dans une tribune publiée sur Ecrans.fr. Un jugement en demi-teinte puisque le conseil de prud’hommes de Boulogne l’a réduit à un simple conflit employeur-salarié.

JBG salarié TF1 conseil de prud'hommes

TF1 s’était débarrassé de ce salarié après avoir pris connaissance de son courrier critiquant Hadopi et ses aberrations techniques, juridiques et économiques. Sauf que ce message avait suivi un drôle de chemin : JBG l’avait adressé depuis sa boîte mail personnelle à la députée UMP Françoise de Panafieu, en lui demandant, par une formule, de « porter [sa] voix et celle de milliers de citoyens ». La députée l’avait ensuite transmis au ministère de la Culture afin d’obtenir quelques éléments d’argumentation. Là, un proche de Christine Albanel l’avait renvoyé à la direction de la chaîne pour dénoncer l’attitude de ce salarié.

Le conseil de prud’hommes de Boulogne a considéré que son licenciement était sans motif réel et sérieux. Le mail « est une critique à titre personnel (et non au nom de la société TF1) du projet de loi Hadopi dans ses modalités (et non quant au principe de lutte contre le piratage), exempt de propos « injurieux ou excessifs ».

Toutefois, dans son action, JBG critiquait avant tout l’atteinte à ses libertés fondamentales, ses opinions politiques et la violation du secret des correspondances. Mais les juges ont estimé qu’il n’y avait aucune faute de la chaîne.

Opinions politiques

Pour les juges, l’opinion politique est « un ensemble d’idées exprimant un engagement militant quant à la manière de gouverner un état et d’organiser les pouvoirs ». Or, « des opinions émises dans le mail, il n’est pas possible de déterminer l’orientation des idées politiques de leur auteur » dira le conseil de prud’hommes. Autre chose : « le mail adressé à une députée pour lui demander de « porter sa voix » et ne comportant aucune indication quant à sa confidentialité ne peut être considéré comme une correspondance privée ». De plus, les juges argueront que le courrier a été spontanément remis par un tiers qui l’avait obtenu du destinataire initial.

C’est justement sur ce terrain que veut agir JBG. « Sous prétexte que ce projet de loi a suscité des opinions divergentes au sein des partis politiques, le conseil de prud’hommes, épousant la thèse lénifiante de TF1, en tire argument que ce n’était pas un thème politique, que le courriel ne l’était pas davantage et que les « arguments pertinents » ne présentaient pas un caractère politique, mais technique. Est-il nécessaire de rappeler qu’à ce sujet, l’affaire a connu un volet politique à multiples rebondissements et une vive polémique à l’Assemblée nationale au sein de laquelle les représentants de la nation se dirent choqués du sort qui fut le mien ? ». Pour l’ex-salarié de TF1, le point de départ est bien d’ordre politique, quoi qu’on en dise.

Une corresponsance par définition publique

Même critique quant à la non-confidentialité du courrier : « une correspondance est-elle finalement publique par nature ? L’entreprise est-elle devenue une zone de suspension de nos droits ordinaires ? Doit-on se méfier de nos élus et ne s’adresser à eux qu’anonymement ? Écrire à son député, participer à la vie de la cité, n’est-il pas en soi le droit par devoir et par nature de tout citoyen ? Et de surcroît dans un état de droit, une République démocratique héritière des préoccupations des Lumières au nom des droits de l’homme ? » JBG veut donc faire appel, car sans poursuivre ce dossier jusqu’au bout, « aucun employé n’aurait plus la possibilité de s’exprimer sur les enjeux de société - en son nom propre, en dehors du cadre de son travail - sans l’accord explicite de son employeur. »
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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Publiée le 22/06/2012 à 09:43

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