Free Mobile : Arnaud Montebourg retourne sa veste et fustige l'ARCEP

De quoi en craquer les coutures 150
Arnaud Montebourg, le nouveau ministre du redressement productif, sait adapter son discours à sa fonction. Interrogé par Challenges, le ministre a tiré à boulets rouges sur l’ARCEP pour avoir favorisé la concurrence et ainsi détruit des emplois. L’arrivée de Free Mobile est ici directement visée. En janvier dernier, Arnaud Montebourg avait pourtant loué les nouveaux forfaits de Free Mobile, qui avaient fait « plus pour le pouvoir d’achat des Français que Nicolas Sarkozy en 5 ans ».

tweet montebourg free
Les temps ont semble-t-il changé depuis le 10 janvier dernier, jour du lancement de Free Mobile.

Pouvoir d'achat versus Emploi ?

Désormais, le pouvoir d’achat des Français semble bien secondaire pour le ministre. L’emploi est désormais son cheval de bataille, ce qui change son point de vue et donc son discours. Pour Arnaud Montebourg, l’arrivée de Free Mobile a déjà un impact négatif sur l’emploi dans le secteur télécom.

« Mon objectif est que cette hémorragie s’arrête » a-t-il ainsi affirmé, sans pour autant expliquer les méthodes qui seront mises en place. Ceci alors que le ministre ne peut retirer sa licence à Free Mobile ou encore le forcer à remonter ses tarifs afin de faire retrouver des marges ultra confortables au marché.

L'ARCEP, coupable de tous les maux

Seule « solution » avancée par Arnaud Montebourg, modifier le rôle de l’ARCEP. Pour le ministre, l’Autorité de régulation des télécoms « s’intéresse exclusivement à la concurrence sans limite », tout en délaissant le volet de l’emploi. Un discours connu et déjà utilisé par les syndicats CFE-CGC et UNSA d’Orange, ainsi que par l’ancien triumvirat Orange, SFR et Bouygues Télécom, qui annonçait en 2010 et 2011 l'apocalypse et des pertes d’emplois par dizaines de milliers si Free Mobile venait à envahir le marché.

« Comment donc avons-nous trouvé le génie de mener la concurrence du marché à un tel point qu’il s’autodétruit ? » s’interroge le ministre auprès de notre confrère Challenges. Un « génie » qui a pourtant permis à Xavier Niel de faire « plus pour le pouvoir d’achat des Français que Nicolas Sarkozy en 5 ans »…

Selon Montebourg, « la concurrence doit trouver sa limite dans la préservation de l’emploi », et le gouvernement prendra ses responsabilités vis-à-vis de l’ARCEP, sans pour autant, là encore, préciser ce qu’il en sera concrètement. Le ministre, outre les multiples créations d’emplois générés par Free Mobile, semble aussi oublier que les économies réalisées par les Français ont forcément un impact positif sur d’autres secteurs économiques du pays.

Free Center Rouen
Les créations d'emplois de Free seront-elles insuffisantes ?

Montebourg manipulé par les lobbies des télécoms ?

Pour le blogueur Autheuil, habitué des coulisses parlementaires, cette interview de Montebourg « sent à plein nez les éléments de langage d'Orange, SFR et Bouygues télécom, qui n'ont toujours pas digéré (psychologiquement et financièrement) l'arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile ».

Dès lors qu’il est impossible de s’attaquer à Free Mobile directement, la cible toute désignée est donc l’ARCEP, coupable d’avoir ouvert les vannes à Free et donc responsable des futures destructions d’emplois dans le secteur. « Ce qui est affligeant, c'est que Montebourg reprend, sans recul et sans intelligence, les éléments de langage du lobby des opérateurs historiques » s’étonne le blogueur. Le problème d’Arnaud Montebourg est qu’il doit absolument présenter un bilan positif. Le pouvoir d’achat n’est ainsi plus son souci, a contrario du marché de l’emploi. Et les lobbies du marché ont déjà fait leur part de travail.

Rapatrier les centres d'appel en France

Rappelons qu’en début de semaine, ce même Arnaud Montebourg est monté au créneau afin que les opérateurs rapatrient l’intégralité de leurs centres d’appels en France. Un choix politique et économique qui pourrait être accepté par certains opérateurs, dont France Télécom (Orange), mais pas à n’importe quelles conditions.

« Nous sommes prêts à le mettre en oeuvre [ndlr : ce projet] (...) en gardant à l'esprit qu'il est indispensable pour pouvoir continuer à proposer le même service 24 heures sur 24 avec des salariés français », a ainsi déclaré à Reuters Gervais Pellissier, le directeur général délégué du groupe France Télécom.

Aujourd’hui, tous les opérateurs télécoms français disposent de centres d’appel en France. Les proportions entre la France et l’étranger varient cependant selon les opérateurs. Les téléconseillers internes de Bouygues Télécom sont ainsi tous situés en France, même si la société loue les services de certains prestataires. SFR, Orange et Free comptent de nombreux téléconseillers en France, mais ils font aussi appel aux services de sociétés comme Téléperformance, dont la présence en Afrique du Nord n’est plus à démontrer.

Le problème des centres d'appel déjà abordé en 2010

Notons aussi que Laurent Wauquiez, le secrétaire d’État à l’Emploi de l’ancien gouvernement, s’était déjà intéressé aux problèmes des centres d’appel et aux délocalisations importantes dans ce secteur. « Pour relancer l'emploi en France, le secrétaire d'Etat souhaite favoriser la relocalisation en France des centres d'appel » résumait ainsi La Tribune en 2010. Arnaud Montebourg ne fait donc que reprendre un sujet déjà abordé il y a deux ans.

Free recrute
Source : Free.fr.

Des pertes d'emploi difficiles à définir

Enfin, lors de son interview, Challenges a avancé le nombre de 50 000 emplois qui pourraient disparaître suite à l’arrivée de Free Mobile. Ce nombre a pour source des analystes et n’a jamais été confirmé, ni par l’ARCEP ni même par les opérateurs. D’autant plus quand on sait que l’effectif total de Bouygues Télécom est inférieur à 10 000 salariés, et celui de SFR est à peine supérieur.

Si Orange compte certes environ 100 000 employés en France et qu’il faut évidemment prendre en compte les milliers de salariés travaillant pour les prestataires des opérateurs télécoms, ce nombre de 50 000 emplois perdus est loin d’être une réalité à l’heure actuelle. L’ARCEP a ainsi avancé la possible perte de 5000 à 10 000 emplois d’ici 2014, principalement lié aux départs à la retraite. D’autres, comme Force Ouvrière, ont estimé ces pertes à 30 000 emplois.

La baisse des investissements compensera le recul des marges

Justement interrogé sur ce problème de « trop de concurrence » au dépend de l’emploi lors du 11ème forum des télécoms et du Net organisé par Les Échos cette semaine, Jean-Ludovic Silicani, le patron de l’ARCEP, à tenu à s’expliquer. « Dans les télécoms, 15 ans après l’ouverture du marché, la production a doublé en volume, et les prix ont baissé de 15 %, et l'emploi total dans l'économie numérique est passé de 300 000 à près d'un million » a tout d’abord répondu le président de l’ARCEP.

Qui plus est, la concurrence n’est pas le seul point qui intéresse l’ARCEP. « La couverture du territoire, par exemple, est un impératif qui nous a été fixé par la loi et, dans la 4G, nous nous sommes battus pour que ce critère soit prioritaire pour l’attribution des licences ». Pour en revenir à l’emploi, la baisse prévue des investissements de 7,9 milliards l’an passé à 6 milliards d’euros cette année devrait de toute façon permettre aux opérateurs de limiter les dégâts en matière de marges et donc d’emploi a estimé Jean-Ludovic Silicani.
Publiée le 15/06/2012 à 17:34
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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