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LCEN : « Une décision réellement enthousiasmante » (Nicolas Poirier)

L'esprit d'Hitler vs l'esprit des lois

Nicolas Poirier, juriste d’Overblog nous a fait part de ses commentaires sur l'ordonnance de référé rendue par le TGI de Paris ce 12 juin 2012. Dans cette décision, la réalisatrice du film La Rafle réclamait d'Overblog, en tant qu'hébergeur, le retrait d'un article du site Selenie.fr. Cet article demandait à la réalisatrice de bien vouloir « fermer sa g...». Rose Bosch qualifiait en effet ceux qui n'éprouvent aucune émotion face à son film de « pisse froid rejoignant Hitler en esprit ».

selenie

Le commentaire de Nicolas Poirier (Overblog, hébergeur de Selenie.fr), qui nous a transmis hier cette décision  :

« Par cette décision, le TGI de Paris, sans s'arrêter aux seules règles relatives à la prescription qui de toute façon, ne pouvaient qu'aboutir au rejet des demandes de Madame Bosch, a pris le temps de justifier que l'article du blogueur en lui-même, bien que comportant des termes pouvant être qualifiés de "péjoratifs" pour rester nuancé, restait justifié au vu du contexte dans lequel il s'insérait, à savoir que cet article venait en réaction à des propos particulièrement condamnables, sinon prétentieux, tenus par Madame Bosch.

Ainsi, alors que Madame Bosch a réalisé un film sur l’une des périodes les plus sombres de l’histoire Française, période caractérisée par un régime autoritaire de collaboration avec un pays occupant, et se faisant le bras armé de la poursuite des idéaux de totale intolérance (entre autres) de l’Allemagne nazie, cette personne a comparé ceux qui ne ressentiraient aucune émotion devant son film à des « pisse froid rejoignant Hitler en esprit », sans vouloir ne serait-ce que reconnaître que son film, bien que traitant d’un sujet fondamentalement grave, pouvait tout simplement ne pas susciter d’émotion au spectateur non pas parce que ces derniers seraient des adeptes de l’idéologie nazie, mais simplement parce que la réalisation de son film relèverait d’un travail médiocre, ce que la critique a souvent laissé entendre s’agissant de ce film.

Ce faisant, Madame Bosch comparant sans la moindre nuance toute personne dubitative sur la qualité de son film à un adepte de l’idéologie nauséabonde du 3e Reich, commettait un excès d’autant plus impardonnable qu’elle le faisait pour défendre son film traitant précisément de l’exemple le plus atroce qu’ait produit l’intolérance dans l’histoire du monde. Par conséquent, l’article de l’éditeur du blog http://www.selenie.fr/article-rose-bosch-devrait-fermer-g-82372688.html ne pouvait que sembler justifié à relever avec un excès pourtant plus modéré que celui commis par Madame Bosch l’aspect ubuesque de cette déclaration de Madame Bosch.

Cette décision est réellement enthousiasmante, car elle vient autoriser un blogueur à critiquer en termes circonstanciés (attention, des injures sans équivoque auraient entraîné une décision radicalement différente), mais pouvant être clairement négatifs les propos d'un tiers, en sachant qu'un Tribunal justifierait en suivant le raisonnement du TGI de Paris ses propos. C'est un vrai progrès pour la liberté d'expression, car les mises en demeure et assignations ont aujourd'hui trop tendance à être brandies dès lors qu'une personne lit sur internet quelque chose qui ne lui plaît pas, quand bien même la critique serait fondée.

Enfin, cette affaire vient rappeler à ceux qui croiraient encore que les hébergeurs sont "irresponsables" qu'ils ne le sont pas. Lorsqu'un hébergeur prend le vrai engagement de défendre les contenus des internautes qui lui font confiance, il risque une assignation et la réclamation de dommages-intérêts chiffrés en dizaine de milliers d'euros. Et lorsqu'il gagne, il en reste malgré tout pour ses frais !
»
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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Publiée le 13/06/2012 à 09:29

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