L’Éthiopie tente de contrôler le web avec un filtrage par DPI

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Depuis quelques semaines, L’Éthiopie a mis en place un filtrage par Deep Packet Inspection (DPI), ces mesures techniques qui permettent de mieux contrôler le Web en inspectant les paquets de données. Un tour de vis supplémentaire opéré par l’unique FAI du pays, Ethio-Telecom, dirigé par France Télécom, comme le soulèvent nos confrères de La Croix.

ethiopie map 

Le 31 mai, les auteurs du blog The Tor Project se sont alarmés d’une chute du trafic Internet Éthiopien, ayant débuté quinze jours plus tôt. Ils ont également observé que le réseau Tor, qui leur permet de naviguer plus anonymement sur le Web, a cessé de fonctionner une semaine auparavant. Pour eux, ce dysfonctionnement est similaire à celui observé dans des pays comme la Chine ou l’Iran, et provient de la mise en place de DPI par le FAI national, Ethio-Telecom.

thor project ethiopie 

Comme l’expliquait en 2010 The Internets, ces DPI consistent en un « blocage des paquets IP selon une liste de critères définis par le FAI », lesquels peuvent par exemple concerner une URL. Ainsi, l’opérateur Internet peut décider préalablement d’un traitement particulier de certaines demandes, opérant dès lors un « blocage par inspection de contenu ». Grâce aux DPI, il est possible de couper l’accès à un site en particulier, ce qui permet à Wikipédia de préciser que ces mesures techniques servent « notamment à la censure sur Internet ou dans le cadre de dispositifs de protection de la propriété intellectuelle ».

Des mesures confirmées par le FAI Éthiopien

Le président-directeur général d’Ethio-Telecom, Jean-Michel Latute, a confirmé à nos confrères de La Croix la mise en place de ces mesures techniques. D’après eux, cet employé serait également « détaché de France Télécom », société qui contrôlerait depuis « presque deux ans » le FAI Éthiopien. « Ça a été une décision ‘des ministères’, a-t-il déclaré. On n’a rien à voir là-dedans ».

De plus, cette décision ne semble pas lui avoir posé de problème éthique, puisqu’il a décrit l’instrument comme étant « très utile ». « On utilisera une partie de ce service pour contrôler notre bande passante. Ça nous aidera à éviter que des clients abusent, en téléchargeant pleins de films, par exemple ». Pourtant, d’après l’OpenNet Initiative, l’Éthiopie dispose du « second plus faible taux de pénétration de l’internet de l’Afrique sub-Saharienne ». Le débit y serait également relativement faible, permettant difficilement de croire que le téléchargement de films y soit une pratique très répandue.

ethio telecom 

15 ans de prison pour un appel sur Skype

L’association Reporters Sans Frontières (RSF) s’est alarmée de ces mesures, qui pourraient être « la première étape dans la mise en place par le gouvernement Éthiopien d’un système de filtrage perfectionné permettant à terme d’intercepter les emails, les messages postés sur les réseaux sociaux et les appels téléphoniques via Skype par exemple ». RSF rappelle d’ailleurs que l’Éthiopie a adopté le 24 mai dernier une interdiction des appels en VoIP, désormais punis de 15 ans de prison. Une décision prise pour des motifs de « sûreté nationale » et pour limiter l'impact de ce service sur les communications nationales, sous le monopole de l'État.

D’après l’OpenNet Initiative, le pouvoir en place a amorcé depuis quelques années plusieurs opérations visant à limiter les contestations politiques sur Internet. « À la mi-2006, le gouvernement a coupé l'accès du pays à des publications gérées en ligne par des dissidents politiques, ainsi que tous les blogs hébergés sur blogspot.com ». C’est au cours de la même année que l’utilisation d'Internet dans les cybercafés a été conditionné à un enregistrement de l'utilisateur (nom complet, adresse, numéro de carte d'identité,...). L’Éthiopie fut d’ailleurs considérée comme une « ennemie d’Internet » en mars 2008 par RSF.
Par Xavier Berne Publiée le 11/06/2012 à 11:06
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