L'EFF s'en prend à la "prison de cristal" d'Apple et Microsoft

Braveheart 66
L’EFF (Electronic Frontier Foundation) a publié un long message dédié à Apple et Microsoft. Au programme, les univers fermés qu’ils représentent et les améliorations qu’ils pourraient mettre en place pour que les utilisateurs se sentent libres. Bien que la firme de Redmond soit visée essentiellement sur les changements débarquant avec Windows 8, c’est surtout celle de Cupertino qui essuie le gros des critiques.

ipad app store

Apple, parfait exemple de la prison de cristal

L’EFF rebondit directement sur un appel lancé il y a deux semaines par Steve Wozniak, co-fondateur d’Apple, qui invitait la société à s’ouvrir à certaines catégories d’utilisateurs, notamment ceux qui aiment bidouiller. La fondation confirme que les produits Apple ont des qualités, mais qu’ils sont englués dans une « hideuse liste de restrictions ». L’EFF ne considère plus simplement Apple comme un simple vendeur d’appareils mobiles puisque la firme « a changé la manière dont nous percevons l’informatique mobile avec l’iPhone ». Une manière en somme d’induire une certaine forme de responsabilité, alimentée par les ventes insolentes qu’enregistre la société.

Principale cible de l’EFF : l’App Store. Certes la boutique fournit un moyen simple d’installer des applications, qu’elles soient gratuites ou payantes. Certes elle fournit toutes les mises à jour de manière centralisée. Mais elle est à la source de ce que la fondation nomme la « prison de cristal » : un environnement très agréable mais dont les règles sont dictées de manière tyrannique.

C’est ainsi qu’Apple peut refuser les applications qui ne lui plaisent pas. L’EFF cite en exemple l’application WikiLeaks ou un eBook sur le Kama Sutra. Une Javel numérique qui, si elle est diluée légèrement avec les années, reste omniprésente. Car contrairement à Android, Apple ne propose aucune source alternative pour installer des applications. La boutique tierce Cydia existe bien, mais elle est réservée à ceux qui jailbreakent leur iPhone ou iPad.

Et de rappeler que le cas des applications sous licence GPL reste problématique. La faute encore une fois à Apple qui modifie les binaires, ce qui réclame l’approbation de tous les auteurs. La fondation rappelle d’ailleurs le cas de l’application mobile VLC qui fut retirée de la boutique suite à un désaccord entre les développeurs. Pour l’EFF, la raison principale de cette protection renforcée réside dans les bénéfices générés par les applications puisque Apple garde 30 % des recettes générées. Si l’iPhone était vendu ouvert aux boutiques tierces, le chiffre d’affaires s’en ressentirait.

Et ce qui existe dans iOS pourrait se répéter dans Mac OS X selon l’EFF avec l’arrivée de GateKeeper. Cette nouvelle protection, incluse dans Mountain Lion, n’autorise par défaut que les applications provenant de l’App Store et les applications signées. Pour le second cas, les développeurs doivent être enregistrés dans le programme des développeurs à 99 dollars par an. Mais la fondation estime que la fenêtre de sécurité affichée par GateKeeper laisse trop à penser que le meilleur réglage est de n’autoriser que les applications de l’App Store.

Windows 8 : la situation dérape pour l’EFF

La fondation s’en prend également à Microsoft, mais de moindres proportions. Windows 8 requiert ainsi des constructeurs, s’ils souhaitent apposer la certification sur leurs machines, d’activer le Secure Boot. Ce dernier, qui fait partie des spécifications de l’UEFI, n’autorise ce dernier qu’à démarrer sur des bootloaders signés. Pour les ordinateurs, Microsoft demande que les constructeurs laissent toujours le choix de pouvoir le désactiver, afin que les utilisateurs installent d’autres systèmes d’exploitation.

Mais Windows RT ne bénéficiera pas du même traitement sur les tablettes ARM. Le Secure Boot y sera obligatoire et Microsoft ne souhaite pas qu’il soit possible d’installer autre chose que Windows 8. Microsoft reprend le modèle de l’iPad, ce qui représente pour l’EFF un futur dangereux.

Un projet de loi

L’EFF aimerait qu’un projet de loi soit mis en place pour que les utilisateurs bénéficient de quatre droits bien précis:
  1. Les utilisateurs ne devraient pas être limités aux seules applications d’une boutique particulière
  2. Si l’utilisateur le souhaite, il devrait pouvoir obtenir les droits administrateurs/root afin de modifier le système mobile comme il l’entend
  3. La possibilité d’installer le système d’exploitation qu’ils souhaitent
  4. Des garanties matérielles clairement indépendantes des garanties logicielles
Maintenant, le combat de l’EFF ne doit pas faire oublier que des sociétés telles qu’Apple et Microsoft se battront férocement contre ce genre de modification de leurs tactiques commerciales.

Le lien fort unissant le matériel et le logiciel permet aux firmes de maitriser fermement leurs produits et d’offrir certains avantages en termes de simplicité : il est très tentant de vouloir rendre un appareil aussi simple qu’un produit électroménager. Reste évidemment toute la frange des utilisateurs qui voudraient aller plus loin et qui n’ont que peu de choix, sinon essentiellement Android.
Publiée le 31/05/2012 à 16:55 - Source : EFF
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

Soutenez nos journalistes

Le travail et l'indépendance de la rédaction dépendent avant tout du soutien de nos lecteurs.

Abonnez-vous
À partir de 0,99 €

Publicité