Édito : le Japon, ce pays technophile en manque de renouvellement

Trop fermé sur lui-même ? 122
Le Japon n’a pas d’équivalent dans le monde. Après avoir fortement progressé au cours du 20ème siècle, sa population stagne voire régresse du fait d’une très faible natalité et d’une immigration limitée. Misant notamment sur le progrès technologique pour assurer sa croissance, le pays subit de plein fouet la concurrence des pays voisins, en particulier la Corée du Sud et Taiwan.

Japon Akihabara Morguefile

Technologiquement, le Japon sort du lot sur deux points bien précis : ses réseaux mobiles et fixes sont très en avance sur la plupart des pays développés du globe, et les Japonais consomment japonais. Les marchés de la téléphonie mobile et des consoles de jeux vidéo en sont le meilleur exemple. Alors que Nokia, Samsung, LG, Apple et Motorola dominent les marchés d’un grand nombre de pays (Chine y compris), au Japon, le top 5 des vendeurs de téléphones est exclusivement local, même si Apple commence à se faire une place. Quant aux consoles, Microsoft n’a jamais réussi à réellement percer et sans le Japon, la 3DS de Nintendo serait proche du bide complet.

Nous ne sommes pas là pour expliquer si ce mode de consommation est une simple histoire de goût, un problème d’adaptation des produits étrangers, ou juste du patriotisme généralisé. C’est un constat et nous le prenons comme tel. Néanmoins, si l’image technologique et robotique du Japon demeure encore importante aux yeux du public, force est de constater que ses produits envahissent beaucoup moins notre quotidien qu’auparavant. L’évolution de Sony en est devenue une sorte de symbole, tant l’image d’innovation de la société dans les années 80 et 90 a totalement changé aujourd’hui.

Certes, certains secteurs clés sont encore dominés par les entreprises nipponnes. Nikon, Canon, Panasonic, Sony, Olympus et Fujifilm captent ainsi une majeure partie du marché des appareils photo numériques. Malgré Microsoft, Nintendo et Sony occupent toujours une part majoritaire du secteur des consoles de maison, et 100 % des consoles portables. Dans le secteur des imprimantes, les Américains HP et Lexmark captent certes une belle part de marché, mais les Nippons Epson, Canon et Brother font plus que se défendre. Et si du côté des constructeurs de disques durs, les Américains Western Digital et Seagate écrasent la concurrence, les sociétés à l’origine des moteurs de disques durs sont principalement japonaises, Nidec en tête.

Dans d’autres marchés technologiques, les Japonais sont désormais plus des challengers voire des faire-valoir qu’autre chose. En voici une liste non exhaustive :

Les PC : aujourd’hui, hormis au Japon bien entendu, les entreprises japonaises ont une présence bien limitée dans le marché des PC montés. Seul Toshiba arrive à sauvegarder une certaine part de marché dans quelques pays. Pour le reste, ce n’est ni Sony ni NEC qui arriveront à bouleverser des sociétés comme HP, Dell, Acer, ASUS, Lenovo et Apple.

Les semi-conducteurs : durant les années 80, plus de la moitié du marché des semi-conducteurs avait pour source des entreprises japonaises. NEC, Toshiba et Hitachi dominaient les débats avec près d’un tiers du marché à eux trois. Aujourd’hui, ce marché appartient désormais aux Américains Intel et Texas Instruments et au Sud-Coréen Samsung. Les Japonais restent présents, notamment Toshiba et Renesas, mais ils sont désormais des challengers.

Les disques durs : trois acteurs importants ont survécu aux fusions-acquisitions de ces dernières années, et si les deux leaders Seagate et Western Digital sont américains, le troisième, Toshiba, devra faire face à une concurrence qui captera selon les périodes entre 70 et 80 % du marché, voire plus…

La mémoire : la période actuelle est là encore un beau symbole. L’Américain Micron, sauf surprise, devrait mettre la main sur le Japonais Elpida, acteur très important du marché de la mémoire, et dernier grand représentant de l'archipel nippon dans ce secteur. Les Sud-Coréens Samsung et Hynix, en compagnie de Micron, capteront ainsi la majorité du marché, loin devant la concurrence. Tout comme dans le secteur des disques durs, Toshiba devra batailler pour exister côté mémoire.

Tablettes : c’est bien simple, dans ce secteur, les Japonais n’ont jamais réussi à percer. Sony a bien tenté un coup avec ses Tablet P et S, mais à en croire les dernières statistiques de ventes, la société nipponne est loin de rattraper Apple, et même Samsung, Amazon, Archos, Acer ou ASUS. Quant à Toshiba, qui s’est toujours intéressé à ce marché, ses parts restent mineures.

Les téléphones : hormis sur le sol japonais, les entreprises du soleil levant sont loin de casser la baraque aujourd’hui, que ce soit dans le marché des smarpthones ou des téléphones bas de gamme. Entre les Sud-Coréens Samsung et LG, les Américains Apple et Motorola, l’Européen Nokia, les Chinois ZTE et Huawei et le Taiwanais HTC, il ne reste guère beaucoup de place à Nec, Sharp, Panasonic et Sony. Hormis ce dernier, les Japonais sont inexistants aujourd’hui à l'international.

Les baladeurs : tout le monde connaît l’histoire, il est inutile d’y passer 107 ans. Le walkman de Sony a tout écrasé, l’iPod d’Apple en a fait de même ensuite, et le Japonais n’a jamais su trouver une parade à l’Américain.

Les télévisions : dominé par les Coréens Samsung et LG, ce secteur compte de nombreux acteurs nippons, en premier lieu Sony, Panasonic, Toshiba, et Sharp. Néanmoins, il y a encore une poignée d’années, le Japonais Sony dominait sans problème ce marché. Financièrement, les télévisions pèsent d’ailleurs lourdement dans les bilans 2011 des firmes japonaises impliquées dans ce secteur.

Les casques et écouteurs : Les Américains Bose, Beats (propriété de HTC), et Shure, ou encore les Allemands Sennheiser et Blaupunkt et le Néerlandais Philips dominent les marchés nord-américain et européen, et si Sony reste un acteur important, il est là encore passé de mode face à d’autres produits appréciés par les jeunes et/ou les professionnels.

Globalement, et donc hors exceptions, les sociétés japonaises ont bien du mal à innover, et quand elles le font, elles ont tout autant de mal à en faire la promotion. Qui plus est, certaines entreprises nippones fabriquent désormais en Chine et non au Japon, ce qui réduit d’autant plus l’attrait des produits japonais sur la concurrence. Le plus inquiétant aujourd’hui est que rien ne semble inverser la tendance. À l’instar de certaines sociétés européennes, les japonaises voient leur part de marché diminuer comme peau de chagrin, ceci quand elles ne sont pas rachetées par la concurrence.

Alignant les résultats financiers catastrophiques, du fait de ventes internationales décevantes et d’un yen fort, les entreprises japonaises ne peuvent plus s’appuyer uniquement sur leur marché local pour rebondir. La concurrence innove, elle est parfois agressive sur les tarifs, et aujourd’hui, à tort ou à raison, les entreprises qui ont la cote sont américaines, coréennes, taiwanaises et bientôt chinoises. Les sociétés japonaises, elles, veulent surfer sur une image haut de gamme loin d’être toujours méritée, et restent donc onéreuses. Mais ont-elles le choix ?
Publiée le 12/05/2012 à 10:00
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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