Édito : les oubliés du Net

Ou les exclus, c'est selon 45
Sans frontière, universel et libre (a priori), Internet est pour beaucoup la démonstration d’une utopie devenue réalité. Aujourd’hui, même les noms de domaine dépassent le cadre de l’alphabet romain, permettant à de nombreux dialectes du globe d’être représentés. Pourtant, Internet est encore bien loin de représenter tout le monde.

Cette vidéo date de plusieurs années. La technologie a cependant peu évolué depuis.

L'accessibilité. Quelle accessibilité ?

Ils représentent une part non négligeable de la population mondiale, et pourtant, à l’instar des débats politiques, ils sont totalement absents ou presque des discussions. Nous parlons ici des handicapés. Pour certains d’entre eux, Internet (et le Web bien sûr) est certainement une invention majeure à leurs yeux.

Les sourds et muets peuvent ainsi communiquer plus facilement avec tout le monde, et la plupart de leurs interlocuteurs peuvent même ignorer leur handicap. Pour d’autres types d’handicapés, notamment physiques, Internet permet d’accéder à divers services auparavant bien complexes pour ne pas dire impossibles à accéder. Que ce soit des cybermarchands ou des services administratifs, si les valides apprécient le choix, la rapidité et la disponibilité, que dire des handicapés.

Néanmoins, aujourd’hui, la plupart des sites ne sont pas programmés pour tous les handicapés, et en particulier les aveugles et les malvoyants (PCINpact y compris). Totalement exclus du Net, les aveugles ont pourtant de nombreux intérêts à utiliser Internet, que ce soit pour s’informer, faire des recherches, discuter, régler des affaires administratives, etc. Comme n’importe qui en somme.

Des techniques existent pourtant afin de rendre son site accessible aux aveugles et aux malvoyants. Par exemple, un boitier braille (barrette) permet de transcrire ce qu’il y a écrit à l’écran. Rajoutez un logiciel de synthèse de parole (type Jaws), qui lui transforme le texte en parole, et vous pouvez déjà exploiter de nombreux sites internet. Tout du moins s’il n’y a pas de bâton dans leurs roues, sans mauvais jeu de mots.

Même les sites « accessibles » ne le sont pas toujours parfaitement…

Des efforts pour les aveugles, mais aussi d’autres types d’handicaps, doivent donc absolument être réalisés si l’on ne veut pas exclure d’Internet une partie non négligeable de la population. Les besoins sont certes différents selon les handicaps. Certains haïssent les images, d’autres pas, et les textes avec des paragraphes parfaitement définis sont assez appréciés. Il faut s’adapter, cela demande un certain travail, et plusieurs modifications aux pages web peuvent être obligatoires. Le Site du Zéro a créé à ce sujet un tutoriel assez intéressant il y a quelques années.

Interdit aux moins de 18 ans

Foncièrement adulte, Internet n’est pas un lieu où les petits peuvent se rendre seuls. Des contenus violents, pornographiques ou injurieux sont à portée de clics, et si diverses protections existent, elles restent néanmoins faillibles. En somme, Internet n’est pas fait pour les enfants. Il existe bien sûr des portails pour enfants, des jeux pour enfants, des versions enfants de certains sites (type Dailymotion Kids), etc. et la protection n°1 reste finalement la présence de l’adulte. Mais diverses améliorations pourraient être appliquées afin d’aller dans le bon sens.

Afin de protéger les enfants et à la fois ne pas virer vers une censure ou auto-censure dangereuse, l’une des solutions les plus simples serait de forcer les sites clairement pour adultes (porno, violent, etc.) à utiliser exclusivement certains noms de domaine. Ainsi, de Youporn.com aujourd’hui, nous passerions à Youporn.xxx. Et un parent pourrait alors bloquer tout accès à un .xxx sur la session de son enfant, et le tour serait alors joué.

Toujours dans le but de protéger sans interdire, il serait intéressant de développer un système de liste blanche « officielle », catégorisée par âge si possible. Un navigateur n’afficherait alors que les sites de cette liste blanche. Cela demanderait néanmoins un travail colossal, sans compter les diverses polémiques et argumentaires quant aux choix des sites qui seront présents sur la liste blanche.

Les pays peu connectés n'existent pas

Peut-être ne l’avez-vous jamais remarqué, mais chercher des informations sur un pays peu développé et/ou peu connecté, ou à très faible population, est comme chercher une actualité informatique antérieure aux années 90 : cela relève du parcours du combattant. Cela s’explique aisément : les gens parlent de ce qu’ils connaissent, et généralement, ils parlent d’eux-mêmes. Un pays peu connecté voit donc sa présence sur le web tout aussi minorée. Et ce n’est pas sans créer un certain problème.

Par exemple, chercher une actualité politique sur pays d’Afrique mineur, une biographie d’un artiste d’un petit pays asiatique, ou des informations sur une entreprise sud-américaine est on ne peut plus complexe, ceci même en utilisant la langue locale du pays recherché.

L’exemple le plus flagrant peut être pris sur Wikipédia en français. Alors que la catégorie chanson française comprend 54 sous-catégories et 394 pages, la catégorie équivalente au Québec est déjà moins étoffée (14 sous-catégories et 27 pages), mais surtout, les pages africaines sont désespérément vides. La partie du Nigéria compte ainsi 3 sous-catégories et 2 petites pages, la partie du Cameroun n’est pas mieux lotie avec 2 sous-catégories et 5 pages, et celle du Maroc, avec 7 sous-catégories et 15 pages peut paraître chanceuse. Et pourtant, qui peut croire que ces pays ont une culture musicale si faible ? Personne.

Ce manque d’informations sur Wikipédia reflète parfaitement l’intégralité du Web. Certains pays progressent certes petit à petit, mais sans présence importante d’internautes, seuls des sites amateurs, aux mises à jour variables, peuvent exister et assurer le minimum. Nous sommes néanmoins très loin du monde auquel nous pouvons aspirer, où toutes les informations sont accessibles sur la Toile, peu importe la langue, le pays et le sujet. Il y a encore un long chemin à parcourir.

Rajoutons pour finir que si cet internet idéal est loin d'être atteint chez nous, que dire des pays où Internet est fermé, où l'ouverture sur l'étranger est quasi nulle et où de nombreux sujets locaux sont censurés. Inversement, Internet est pour certains habitants du globe le seul média où sont disponibles certains types d'informations, du fait de la censure oeuvrant sur les autres médias locaux. Pour ces pays, Internet n'est pas parfait, mais les avantages pour la population sont innombrables.
Publiée le 28/04/2012 à 10:00
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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