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Le blocage par défaut des sites pornos refait débat au Royaume-Uni

Vers une police de la pensée ?

Un peu comme l’avait proposé le député français Christian Vanneste, un projet de loi britannique propose de bloquer par défaut l’accès des internautes à tous les sites pornographiques. Les pages en question seraient censurées par les fournisseurs d’accès à Internet, sauf en cas de demande explicite de l’utilisateur. Un blocage général qui pourrait toutefois connaitre de grandes difficultés pratiques.

porno sexe Threesome cc Michael Stoop
Threesome CC-by-2.0 Mycael


Blocage automatique

Le gouvernement britannique propose depuis plus d’un an et demi de bloquer automatiquement l’accès aux sites classés X, afin de prévenir l'accès des enfants aux contenus pornographiques.

Déposé devant la Chambre des Lords par la baronne d'Howe of Ildicote, un nouveau projet nommé l’Online safety bill ordonne aux « fournisseurs d’accès à Internet et [aux] opérateurs de téléphonie mobile de fournir un service qui exclut des images pornographiques ». Pour ce faire, il somme les « fabricants d’appareils électroniques de fournir un moyen de filtrer ce contenu ». Autrement dit, il s’agit d’un filtrage général et a priori des contenus pornographiques.

Le texte prévoit néanmoins que les personnes majeures puissent accéder aux sites pornographiques, après avoir rempli certaines formalités. Les demandeurs devront en effet « aviser leur FAI de leur consentement à souscrire à un service qui inclut des images pornographiques ». Il appartiendra ensuite au FAI de vérifier les éléments de la requête, et plus particulièrement s’agissant de l’âge du demandeur.

Une question de société

La députée conservatrice Claire Perry milite depuis plusieurs années pour ce blocage. Elle a d'ailleurs dirigé une commission d’enquête qui a rendu le 17 avril dernier un rapport sur la protection des enfants sur Internet. D’après elle, « de nombreux enfants ont facilement accès à de la pornographie sur Internet ainsi qu’à d'autres sites montrant une extrême violence ou faisant la promotion de l'auto-mutilation et de l'anorexie ». S’estimant très « préoccupée », Claire Perry conclut qu’ « il est temps que les FAI britanniques (...) assument plus de responsabilités pour protéger les enfants ».

Cependant, pour les FAI qui auraient à gérer ce dispositif, le filtrage n’est pas une bonne solution. D’après Out-Law, ces derniers auraient déclaré à travers la voix de leur porte-parole : « le filtrage par défaut ne fera que réduire (...) la médiation parentale, laissant les parents dans un faux sentiment de sécurité ». Pour l’association des FAI britanniques, c’est aux parents de veiller aux faits et gestes de leurs enfants sur le net, d’autant plus que « de nombreux FAI proposent déjà des solutions comprises dans leur service pour aider à prévenir l’accès à des contenus non désirés », en référence aux filtres parentaux.

Le géant de l’internet Google a également émis plusieurs critiques vis-à-vis du texte. Selon The Telegraph, une analyste des politiques publiques de la firme de Mountain View, Naomi Gummer, aurait déclaré lors d’une conférence que « les parents sont complices de leurs enfants » lorsqu’ils les laissent utiliser des sites comme les réseaux sociaux pour lesquels ils n’ont pas l’âge requis. Pour elle, « il s'agit d’éducation » : « l’idée selon laquelle les lois peuvent protéger de manière adéquate les jeunes est un mythe. La technologie évolue tellement vite que la législation est un outil obsolète pour relever ces défis ».

Une mise en pratique difficile

Même si ce projet apparaît assez simple sur le papier, il pourrait néanmoins poser certaines questions juridiques s’il était adopté. Les contenus pornographiques ne sont effectivement pas interdits, à l’inverse des contenus pédopornographiques par exemple. Cette restriction de l’accès aux contenus X serait une atteinte aux droits et libertés fondamentales, par exemple s’agissant de la liberté d’information et de communication.

De plus, comme le soulignent les FAI britanniques « la question se pose de savoir qui décide de ce qui est pornographique et ce qui ne l'est pas ». En effet, la mise en place d’un tel dispositif supposerait d’établir une « liste noire » des sites devant être censurés. Étant donné la délimitation vague des contenus pouvant être définis comme pornographiques, cela signifie qu’il faudrait qu’une « police de la pensée » détermine quelles pages peuvent être considérées comme interdites aux mineurs et celles qui sont autorisées.

Ces problèmes d’application se prolongeraient dans la mesure où le blocage d’un site suppose la censure de toutes ses pages. On imagine sans mal les effets sur les sites proposant à la fois des contenus "autorisés" et des contenus "pornographiques"...
Publiée le 25/04/2012 à 11:56

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