Serval, le maillage sous Android pour communiquer sans carte SIM

La mesh est dite 44
Les communications entre les appareils mobiles passent en grande majorité par les connexions cellulaires. Cela est vrai même pour les échanges de données entre plusieurs smartphones par exemple. Une application se propose de changer la donne en permettant aux mobiles de communiquer directement entre eux, même quand ils n’ont pas de carte SIM.

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Rebondir de téléphone en téléphone

L’application se nomme Serval. Elle a été développée par le chercheur australien Paul Gardner-Stephen avec l’aide de plusieurs étudiants de l’INSA (Institut national de sciences appliquées) de Lyon. Serval vise Android et réclame obligatoirement un téléphone rooté, autrement dit sur lequel les droits administrateurs ont été débloqués. L’objectif ? Permettre la reconnaissance entre eux de plusieurs téléphones pour qu’ils communiquent directement en passant par le Wi-Fi.

Le point fort de Serval est qu’il peut fonctionner sur des téléphones qui n’ont pas de cartes SIM. On peut par exemple imaginer une structure de plusieurs dizaines d’appareils autonomes et pouvant communiquer entre eux. L’absence de cartes SIM annule bien la connexion GSM, mais les utilisateurs peuvent tout de même s’appeler et s’envoyer des données tant qu’ils sont proches ou reliés à un même réseau Wi-Fi.

Paul Gardner-Stephen, cité par Le Monde, explique : « Aujourd'hui encore, si les mobiles ne peuvent pas se parler directement au niveau local, c'est parce qu'ils sont verrouillés par les opérateurs, qui obligent les usagers à passer par leurs relais et donc par leurs systèmes de facturation ». Du coup, la création de ces maillages (mesh) pourrait nettement remettre en cause le modèle actuel, « hérité du téléphone filaire - techniquement caduc mais commercialement très profitable », dans plusieurs cas de figures.

Résister

Le Monde cite d’ailleurs un exemple très simple : les grande villes. La densité de la population pourrait créer un maillage très resserré de points d’accès. Les utilisateurs pourraient alors communiquer vocalement ou par échanges de données, et ce sans le moindre contrôle des opérateurs. Chaque smartphone servirait de relais pour les autres à travers le Wi-Fi, sans que l’utilisateur n’ait rien à faire. Cette notion de relai peut prendre des formes très diverses comme le montre cette vidéo (d'autres vidéo) :

De nombreuses autres vidéos sont disponibles sur YouTube

Il y a en outre une conséquence particulière à l’infrastructure en maillage : la résistance. Il sera très difficile par exemple pour un gouvernement de faire taire la totalité des téléphones utilisant Serval. Autre cas pratique : une catastrophe naturelle. Même si des relais ont été détruits, une communication pourrait passer de téléphone en téléphone jusqu’à parvenir à un point Wi-Fi relié à Internet. Serval permettant de garder le même numéro, il pourrait donc aider dans les situations d’urgence à garder le contact.

Serval est un projet en constante évolution et entièrement open source. Mais il s’agit pour l’instant d’une application très jeune, comme en témoigne son numéro de version : 0.07. Les perspectives d’évolution sont du coup très nombreuses. Ainsi, Serval se contente actuellement du Wi-Fi, mais l’utilisation des antennes GSM est bien prévue. Une fonctionnalité qui selon le Monde pourrait bien créer des problèmes juridiques en Europe. Autre prévision : un mode super relai qui permettra à certains téléphones d'agir comme des antennes même pour les téléphones qui ne sont pas équipés de Serval.

Paul Gardner-Stephen ne vise cependant pas en priorité les marchés déjà bien établis. Il veut s’adresser d’abord aux pays en voie de développement et à toutes les zones dans le monde où aucun opérateur n’est présent. Le potentiel est du coup particulièrement grand. Le Monde indique d’ailleurs que des constructeurs chinois s’intéressent au projet, ce dernier ayant par ailleurs reçu un prix lors d’un concours de logiciels innovants en novembre dernier à Séoul.

Ceux qui veulent s’essayer à Serval pourront le récupérer depuis Google Play sur Android (version 2.1 minimale). L’application est gratuite et, pour rappel, réclame un téléphone rooté. Serval est donc plutôt à réserver pour l’instant aux utilisateurs avertis car le rootage peut avoir des répercussions en termes de sécurité. Ceux qui souhaitent en savoir davantage pourront également consulter le site officiel.
Publiée le 24/04/2012 à 12:13 - Source : Le Monde
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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