Édito : l’informatique et Internet laissent-ils une place aux convictions ?

Tout est une question de volonté 125
Certains boycottent des marques de vêtements pour leur façon de les produire. D’autres choisissent soigneusement leur nourriture en fonction de leur provenance. Plus ou moins développé dans certains secteurs, le choix de conviction est quasi nul en informatique et sur Internet. Est-ce un simple problème de choix, de méconnaissance ou de volonté ?

libre et open source

Militer, c'est possible, même si parfois complexe

Aujourd’hui, éviter une marque informatique pour son matériel vis-à-vis du lieu de production ou n'importe quelle autre raison est bien complexe. Il existe certes des irréductibles qui bidouillent leur propre matériel, néanmoins, à ce jour, acheter du matériel informatique made in China, Taiwan ou Thaïlande est quasi incontournable. Il reste alors deux façons de « militer » (peu importe les raisons et les causes) : en choisissant ses logiciels/OS et ses services sur Internet.

Par exemple, certains évitent soigneusement certains éditeurs d'OS bien connus ou même des marques dans leur ensemble, tandis que d’autres n’hésitent pas à contacter le constructeur du PC qu’ils viennent d’acheter afin de se faire rembourser les diverses licences imposées. Les « convictions » en un certain idéal existent bel et bien en informatique, et ses représentants les plus importants sont souvent visibles dans le monde du libre et de l’open-source.

Néanmoins, ce type de comportement demeure rare et est bien peu suivi, d'autant qu'il n'est pas facilité par les géants du marché qui multiplient les barrières pour geler les initiatives. Qui plus est, outre le manque d’information de la population, boycotter sciemment les grands OS (par exemple) nécessite un minimum d’implication et de temps. Rajoutons que la quasi absence d’offres de PC déjà dotés d’une suite Linux (entre autres) est une sacrée épine dans le pied de l’OS. Et aussitôt tel OS aurait l’idée incroyable d’avoir du succès, Microsoft n’hésiterait pas à employer les grands moyens afin d’annihiler "l’ennemi". L’exemple des Eee PC d’ASUS, d’abord vendus exclusivement sous Gnu/Linux puis rapidement remplacé par Windows XP, est symptomatique…

Rompre le train-train quotidien

Outre les logiciels, nous avons donc aussi les services Internet. À l’instar des applications et des systèmes d’exploitation, boycotter certains sites et services internet est parfois complexe et demande un minimum d'efforts voire de sacrifices, notamment afin de changer ses habitudes. Il n’est en effet pas simple d’éviter du jour au lendemain Google par exemple, même si des alternatives plus ou moins performantes existent.

La pire des situations se situe néanmoins au niveau des moyens de communication et des réseaux sociaux. Comment quitter Skype, Windows Live Messenger ou Facebook quand tous nos contacts y sont présents ? Cela demanderait une migration collective bien hypothétique, ou tout simplement de sacrifier ses contacts en espérant une migration future de leur part, qui pourrait ne jamais arriver.

Le choix facilite le boycott

Il existe néanmoins des cas moins complexes et plus personnels, comme le choix du navigateur ou encore du service de courriel. La problématique du choix est d’ailleurs évidente : que ce soit pour les navigateurs ou les services de messagerie, il existe une certaine concurrence chez les acteurs importants ou les alternatives méconnues. Une concurrence nettement plus touffue que dans d’autres secteurs où elle est bien moins accessible.

Pourtant, si dans certains marchés, le choix existe réellement, l’acte militant semble loin d’être important. Mais allons plus loin : même si le choix était absent ou particulièrement complexe, faire des sacrifices pour ses convictions est-il si difficile ? Afin de montrer sa désapprobation à un système ou à des actions jugées anormales, boycotter un moteur de recherche, un service de paiement en ligne ou un réseau social est tout à fait possible. Mais qui le fait ? Se pose-t-on même déjà la question ?

De nombreux boulets au pied

Ce débat rejoint en partie celui lié à la dépendance. À force d’utiliser un moteur de recherche, un système d’exploitation, un service de messagerie ou un réseau social, nous en devenons leurs esclaves, incapables d’arracher des chaines au départ invisibles ou indolores, mais qui au fur et à mesure prennent du poids et deviennent embarrassantes.

Aujourd’hui, même une personne bien renseignée des abus et des politiques d’une société évoluant dans l’informatique ou internet hésite malgré tout à passer le pas. De nombreux boulets l’y retiennent, les contraintes sont importantes, et seule une forte volonté et une réelle détermination peuvent permettre d’abandonner sciemment un logiciel ou un service.

N’hésitez pas à réagir et à publier vos différentes alternatives.
Publiée le 21/04/2012 à 09:00
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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