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Hadopi : le courrier fantôme de Nicolas Dupont-Aignan à l'ALPA

ALPA d'chance

Début mars, l’ALPA a envoyé une lettre aux candidats pour les interroger sur le futur de la politique de lutte contre le piratage en ligne. PC INpact publiait la réponse rédigée par Nicolas Sarkozy où celui-ci promet, en substance : une traque tous azimuts contre les échanges en ligne non autorisés, un éventuel renforcement législatif d’Hadopi et l’importation en France du le volontarisme américain qui a mis à genoux Megaupload.

La lettre de Nicolas Sarkozy, dévoilée hier dans nos colonnes :

Nicolas Sarkozy ALPANicolas Sarkozy ALPA

Cette missive a été renvoyée à des sociétaires de l’ALPA, l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle, accompagnée d’un petit mot de son président :

ALPA

Problème… contrairement à ce qu’affirme Nicolas Seydoux, président de l’ALPA ou la SACD, un autre candidat a aussi répondu au fameux questionnaire, par mail cette fois. C’est Jean-Baptiste Raphanaud, délégué de Nicolas Dupont-Aignan pour les libertés et l'économie numérique qui nous l’apprend : « Nicolas Sarkozy n'est pas le seul à avoir répondu à l'ALPA. Certes, les autres réponses ne conviennent peut-être pas à l'ALPA mais je tiens à vous dire que Nicolas Dupont-Aignan y a répondu le 26 mars 2012 ».

Dans sa réponse, le candidat de Debout la République répète ses propositions en faveur de l’abrogation d’Hadopi et la fin de « cette stérile et artificielle chasse aux « pirates » ». Il l'assure : « Les Français – vous le verrez – sont prêts à payer pour des services de qualité dont ils reconnaîtront la valeur ajoutée ». Il milite encore pour la libéralisation des échanges pair-à-pair ou pour une révision de la chronologie des médias... Bref, à peu près l’exact opposé de ce que préconise l’ALPA, qui a dû se souvenir douloureusement que ce candidat est un fervent militant pro licence globale.

Voilà donc le courrier perdu, adressé à l'ALPA ([email protected](*))

« Monsieur le Président,

Vous m’avez fait parvenir le 6 mars une lettre dans laquelle vous exprimez vos interrogations quant à ma volonté d’abroger la loi HADOPI. Je tiens à vous répondre car il ne faut pas se méprendre sur mes intentions.

Je considère que le chemin pris par les promoteurs de la HADOPI ne nous conduit pas vers une solution viable pour répondre à l’enjeu de la rémunération des artistes à une époque où il n’a jamais été aussi facile d’échanger des œuvres.

Pourquoi ?

D’abord parce que je pense que la révolution numérique et l’émergence d’Internet est une chance pour l’humanité. Le bouleversement que nous vivons est au moins aussi important que celui induit par la maîtrise de l’imprimerie. En ce sens, la liberté d’expression sur internet et la neutralité des réseaux doivent être préservées à tout prix. Internet doit être protégé de ceux qui veulent y imposer leurs règles : les Etats comme les groupes d'intérêt.

La loi HADOPI s’inscrit dans une démarche à l’efficacité limitée qui poussera les pouvoirs publics à aller toujours plus loin dans la surveillance des connexions avec un arsenal technologique très lourd et dangereux pour nos libertés fondamentales. Je ne l’accepte pas. Je n’ignore pas non plus les pratiques douteuses, voire illégales, des prestataires de la HADOPI qui ont recours à des fichiers piégés dont les seules victimes sont les internautes qui téléchargent occasionnellement.

Ensuite, il me semble évident que l’échange libre des œuvres sur Internet est une opportunité sans précédent pour les artistes et que toute mesure visant à restreindre ces échanges repoussera les internautes toujours plus loin dans la marginalité, vers des modèles qui ne profiteront à personne. Megaupload en est la meilleure illustration et vous avez raison de dénoncer l’existence de ce genre de service qui représente à mes yeux la pire des solutions : les internautes payent et les artistes ne perçoivent rien. Mais le problème que pose le comportement de certains profiteurs ne se règle pas par la surveillance généralisée des échanges numériques. Ce sont les flux financiers générés par ces activités qu’il faut tracer et stopper.

En fait, Internet n’est pas le problème, c’est la solution. Car la réalité est que la politique frileuse de restriction des échanges freine le développement d’une vraie économie numérique portée par une offre légale attractive pour les internautes. Des services comme Spotify, Grooveshark ou le français Deezer qui offrent un accès sans égal aux œuvres musicales doivent faire face à la réticence des majors et ne peuvent pas toujours offrir le niveau de service espéré par des internautes souhaitant souscrire à une offre payante.

Le vrai débat est : comment rendre attractives les offres payantes ?

Pour le cinéma en particulier, il n’est pas normal qu’il soit aujourd’hui si difficile d’accéder aux œuvres cinématographiques. La vente de DVD est une pratique passéiste qui n’est pas en phase avec l’évolution des usages. Nous disposons d’un patrimoine d’une richesse exceptionnelle qui est aujourd’hui inaccessible, légalement ou non d’ailleurs. Le vrai problème ne réside donc pas dans la demande – les Français n’ont jamais été aussi friands de cinéma – mais dans l’offre.

Plutôt que de continuer dans cette stérile et artificielle chasse aux « pirates », les acteurs que vous représentez devraient plutôt exiger de nouvelles mesures permettant de renforcer l’efficacité de la chronologie des médias et de créer un cadre économique favorable au développement de services permettant aux internautes et aux téléspectateurs d’accéder aux œuvres avec un bien plus grand confort que par P2P. Et les Français – vous le verrez – sont prêts à payer pour des services de qualité dont ils reconnaîtront la valeur ajoutée. Ce que certains sont en passe de réussir avec la musique, il est possible de le faire avec le cinéma, j’en suis convaincu.

Par la présente, j’espère vous avoir fait comprendre que ma proposition d’abroger la HADOPI et de libéraliser les échanges de pairs à pairs sans but lucratif sur Internet a pour but de favoriser l’émergence d’une vraie nouvelle économie de la culture. Comme vous, j’ai le souci d’offrir un cadre légal aux artistes permettant la mise en place d’un mode de rétribution efficace et pérenne. Plutôt que d’y résister, j’invite tous les acteurs du monde du cinéma à s’approprier pleinement la révolution numérique. A défaut de quoi, celle-ci s'opérera sans eux, voire contre eux.
Vous remerciant de votre intérêt et espérant avoir répondu à vos interrogations, je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de toute ma considération.

Nicolas DUPONT-AIGNAN

Candidat à la présidence de la République
Député de l’Essonne – Maire d’Yerres
(*) adresse mentionnée en pied de page du courrier de l'ALPA. On remarquera qu'une vilaine malédiction frappe les emails de l'association comme l'a constatée Reflets.

Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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Publiée le 20/04/2012 à 09:57

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