Le tueur norvégien affirme s'être entraîné sur Modern Warfare

Le vieux débat de l'oeuf et la poule 185
Le 22 juillet dernier, un drame bouleverse la Norvège. Anders Behring Breivik, âgé de 33 ans, tue 8 personnes à l’aide de bombes puis, profitant de la diversion, en tue 69 autres sur l’île d’Utøya. Ultranationaliste, investi selon lui d’une « mission sacrée », il souhaitait faire prendre conscience au gouvernement norvégien de la dérive de la société. Mais plutôt que de société, c’est de sa propre dérive dont il est question dans le procès qui s’est ouvert. Et les jeux vidéo y tiennent une place toute particulière.

Call of Duty : Modern Warfare 3

L’un des points sur lesquels la justice norvégienne voulait interroger précisément Breivik était le degré de compétence qu’il affichait avec les armes. Selon The Guardian, qui rapporte les réponses du tueur, Breivik a déclaré s’être entrainé sur le jeu « Call of Duty : Modern Warfare ». Il y utilisait un appareil de ciblage holographique grâce auquel, selon lui, il était possible de « développer l’acquisition de cibles ». Comprendre : s’entrainer à viser.

Breivik a été invité à s’expliquer en quoi le jeu l’avait aidé, ce qui a donné lieu à un exposé méthodique : « Il consiste en plusieurs centaines de tâches différentes, et certaines de ces tâches peuvent être comparées à une attaque réelle. C’est pourquoi il est utilisé par de nombreuses armées à travers le monde. Il est très bon pour acquérir une expérience relative aux systèmes de visée ». Il n’est pas certain que les développeurs aient eu cet objectif lors de la création du jeu.

Mais Breivik continue : « Si vous êtes habitué à la visée holographique, elle est conçue de telle manière que vous pourriez la donner à votre grand-mère et en faire une super tireuse d’élite. Elle est conçue pour être utilisée par n’importe qui. En réalité, elle ne demande que très peu d’entraînement pour être utilisée de manière optimale. Bien sûr, s’entraîner sur un simulateur aide vraiment ».

Mais la suite de l’audience prend un tournant inattendu tandis que le passé de l’accusé est passé en revue. Anders Behring Breivik a en effet pris une année sabbatique entre les étés 2006 et 2007 pour la consacrer entièrement à… World of Warcraft. Investissant jusqu’à 16 heures par jour de son temps, il s’est décrit lui-même comme un joueur « hardcore ».

Breivik va pourtant prendre la défense du jeu : « Certains aiment jouer au golf, d’autres aiment naviguer, moi j’ai joué à WoW. Cela n’avait rien à voir avec le 22 juillet. Ce n’est pas un monde qui vous absorbe complètement. Ce n’est qu’un simple hobby ». Une assertion étrange quand les trois quarts de la journée sont dévorés par un « simple hobby ». Mais il a ajouté : « WoW n’est qu’un jeu de fantasy qui n’est absolument pas violent. Ce n’est que de la fantasy. C’est un jeu de stratégie. Vous coopérez avec de nombreux autres joueurs pour venir à bout des défis. C’est un jeu très social. La moitié du temps où vous êtes connecté est de la communication avec les autres joueurs. Il serait faux de considérer ce jeu comme antisocial. »

Il a toutefois indiqué que ses amis et sa famille avaient été choqués d’apprendre, à l’été 2006, qu’il allait consacrer tout son temps aux jeux vidéo. Des jeux vidéo qui vont se retrouver une nouvelle fois sur le devant de la scène comme vecteurs potentiels de violence.
Publiée le 19/04/2012 à 19:01 - Source : The Guardian
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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