Un cadre de la MPAA débauché par une association de défense de l’internet

L'employé du mois 31
Internet Society, association américaine de défense de l’internet, a annoncé avoir embauché Paul Brigner, un ancien cadre de la MPAA. Après avoir travaillé au service de l’industrie du cinéma américain, l’intéressé opère une surprenante volte-face, qu’il justifie par une opposition personnelle à l’égard des projets de loi SOPA/PIPA.

paul brigner mpaa 
Crédits: MPAA

C’est par un communiqué que l’Internet Society a indiqué avoir nommé Paul Brigner « Directeur de son bureau régional Amérique du Nord ». La directrice générale de l’association Walda Roseman a ainsi déclaré que l’association était « ravie » que ce dernier les rejoigne. Michael Nelson, l’un des responsables de l’Internet Society à Washington a quant à lui vanté l’expérience de Brigner, qui « connaît la technologie (...) et dispose de connexions à la fois avec les FAI et les industries de contenus ». Il apparaît en effet qu’avant d’être embauché par la MPAA en janvier 2011 en tant que responsable du département technologique, Brigner a travaillé pendant « environ 10 ans » pour le FAI Verizon.

De nombreuses voix ont toutefois critiqué cette nomination, dans la mesure où les intérêts qu’avait portés Paul Brigner pour l’industrie du cinéma s’avéraient incompatibles avec ses nouvelles fonctions. Dans plusieurs billets publiés sur le blog de la MPAA, il avait effectivement soutenu les projets de loi SOPA/PIPA, alors que l’Internet Society y était opposée. Il affirmait alors que le rejet de PIPA conduirait à ce que l’internet « se désintègre dans un Far West sans foi ni loi ». Ce billet datant de juillet 2011 était d’ailleurs destiné à signifier l’opposition de la MPAA à l’encontre d’un document publié conjointement par l’Internet Society et le Center for Democracy and Technology au sujet de PIPA.


Face à ces remous, Paul Brigner a souhaité s’expliquer dans une déclaration publiée le 27 mars par CNET. Il s’est tout d’abord défendu d’avoir porté lui même les idées contenues dans les projets qu’il était en charge de promouvoir : « mon rôle principal était de travailler avec la communauté, je ne faisais pas partie du comité de direction ».

Brigner a ensuite évoqué ses motivations : « je crois fermement que nous ne devrions pas légiférer pour protéger le copyright, comme pour SOPA/PIPA ». « Plus j’ai été informé sur la réalité de ces questions, plus j’ai réalisé qu’une solution technique décidée par la loi n’était pas compatible avec la prospérité d’Internet ». Reconnaissant ainsi que son avis avait évolué au cours des douze derniers mois, il a poursuivi : « je suis convaincu que la seule façon d'avancer pour régler ces problèmes de violation de copyright est d’arriver à des accords volontaires entre les industries technologiques et celles du contenu. Toute tentative de légiférer entravant la liberté d'expression ou bridant l'Internet est de toute manière une erreur difficile à réparer ».

Malgré cette défection et les difficultés législatives des projets SOPA/PIPA, CNET nous informe voilà quelques jours que la MPAA continue son travail de lobbying auprès des autorités américaines. Le responsable de l’association Christopher Dodd se serait ainsi « déclaré "confiant" que le président Obama fasse usage de "ses bonnes relations avec chacune des communautés" - que sont la Silicon Valley et Hollywood, pour faire avancer SOPA ».
Par Xavier Berne Publiée le 12/04/2012 à 11:42
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